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L'hôpital du coin est-il si sûr que cela?

C’est bizarre, avez-vous remarqué que lorsqu’ils sont malades, les ministres, industriels, financiers ou intellectuels de pouvoir ne se font jamais ouvrir le ventre au bloc opératoire de Scionzier ou dans celui de Chaudron-en-Mauges.
Il n’y aurait eu que Julien Gracq pour faire un choix comme ça. Mais il est mort. A ceux qui réclament le maintien en activité de l’hôpital près de chez eux je dis vous ne vous aimez pas assez. Et aimez mal ceux que vous croyez aimer.

Vous choisissez l’hôtel, c’est-à-dire une chambre où on peut se rendre en un petit coup d’auto, avec parking facile et géraniums sur les fenêtres contre le bloc. Là, dans la chambre au bout de sa perfusion, il y a grand-mère, papa ou tonton : une vie à laquelle on tient. Mais l’important c’est la facilité d’une visite quotidienne, de ne pas s’éloigner du terroir, des racines. La santé, raison du séjour, c’est la dernière chose à laquelle vous pensez.

Vivant sur de vieilles idées fausses, vous croyez que, comme l’électricité qui coule dans vos fils, la santé est la même pour tous. La Santé, ancienne manière, vous a donné cette idée là : Liberté, Égalité, Sécurité Sociale. Et ça ne marche pas, ça ne marche plus, comme ça. Sinon Mitterrand se serait fait soigner à Jarnac et Chirac ou Hollande à Tulle et Boutef à Ouargla. Ce n’est pas faire injure à ces courageux hôpitaux que de leur dire : tout le monde n’est pas le professeur Barnard et, d’ailleurs, vous n’en avez pas les moyens.

Ce week-end j’ai croisé Camille, un ouvrier en retraite à Montrevault (1 000 habitants). Ses hanches ne le portent plus mais on ne l’opère pas… « Le docteur a dit que je suis trop jeune… ». Contre avis, contre expertise ? Non. Camille doit boiter et souffrir. C’est son destin, le choix incontournable de l’hospitalier de proximité. Celui qui opère près de chez vous, entre les géraniums. Autre témoignage encore chaud, ce cas d’un ami post-opéré auquel un psychiatre, de garde à l’hôpital ce dimanche, a tenté de placer une sonde. Donc hémorragie et transfert dans un service d’urgences.

Les bons médecins, des types formidables sont nombreux, en France et le niveau de soins, qui se dégrade, reste encore bon. Mais, sans être un électeur de Roselyne Bachelot, il faut trancher entre le confort de la proximité et la qualité des soins : un chirurgien qui opère trente fois par an, qui n’assiste à aucun congrès diffuseur de nouvelles techniques, n’est pas le mieux placé pour réussir une intervention difficile. Et militer pour le maintien de l’hôpital près de chez-vous est une position plus égoïste que médicale. Les opérations à surprises ou un peu savantes, les pathologies lourdes, c’est l’affaire des CHU.

Dire tout ça, ce n’est pas dire que le personnel des petites unités est nul ou borné. C’est constater qu’il n’a pas eu de chance en étant là quand la médecine pointue, celle que le consommateur exige aujourd’hui et qui est notée par les magazines, avec l’idéologie du risque zéro par-dessus le marché, s’est développée ailleurs. Qu’elle ne peut plus être dans la sacoche que traîne avec eux les Ambroise Paré des grosses bourgades. En revanche, ces petits hôpitaux peuvent s’occuper des personnes âgées plus ou moins dépendantes, ou devenir des centres post-opératoires.