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Red Bull offre un pastiche aux Français
Red Bull arrive en France ? La belle affaire. Ce n’est qu’un faux, une vulgaire copie. Le Red Bull, le vrai, celui qui se vend chaque année 3,5 milliards de canettes, a pour ingrédient phare la taurine, la substance excitante qui prodigue le coup de fouet… Or, point de taurine dans la formule française, mais de l’arginine, un autre acide aminé qui, juré, craché, « ne change rien, mais alors rien du tout, ni au goût, ni aux vertus énergisantes de la boisson. » Moins de caféine aussi…
Cela dit, l’Autrichien Dietrich Mateschitz, patron fondateur de Red Bull, n’avait pas vraiment le choix. Virer la taurine, c’était la condition sine qua non pour que cessent les multiples rebuffades adressées au « Taureau rouge » par les autorités françaises. 1996, 2001, 2003, 2006 (deux fois cette année-là !) : autant de demandes d’autorisation de mise sur le marché, autant de refus.
À chaque fois, là où le bât blesse, c’est dans le dosage en taurine : 1000 mg dans une canette quand les doses journalières apportées par l’alimentation dépassent rarement 180 mg par jour. En même temps, pour une boisson se présentant comme énergisante, il faut ce qu’il faut ! Mais, au goût de la très sérieuse Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), grande prêtresse de l’alimentation, c’est pousser le bouchon un peu trop loin.
Les effets excitants de la taurine
D’autant que des études scientifiques ont été menées…
Réquisitionnez par exemple deux bon gros rats. Soumettez-les à un traitement de choc : de la taurine en veux-tu, en voilà. Laissez agir. Revenez un peu plus tard, et observez. Les résultats, détaillés dans l’avis rendu par l’Afssa en date du 5 mai 2003, sont assez édifiants. « Entre 1 h et 2 h après administration, peut-on y lire, quelques animaux présentent une mastication importante de leurs membres, nécessitant la mise en place de protections individuelles pour éviter les automutilations ». Un peu plus loin, il est fait mention « d’une hyperactivité qui pourrait augmenter avec la dose », ainsi que « d’une grande sensibilité au bruit » et de « comportements bizarres ».
Pour autant, l’homme n’est pas un rat (en tout cas pas au sens propre) et aucun cas dramatique n’a été signalé. Même en France où, évidemment, cela fait des années que Red Bull circule, sous le manteau. C’est de là, d’ailleurs, que vient l’aura dont bénéficie la marque. Le plaisir de la transgression. La joie de se transformer en contrebandier, et d’apparaître comme un héros en ramenant, au péril de sa vie, quelques canettes du précieux breuvage.
« Ce qui excite, avec Red Bull, c’est de flirter avec l’interdit », confirme Vincent Grégoire, dénicheur de tendances au sein de l’agence Nelly-Rodi. En acceptant d’enlever la taurine, la boisson rentre dans le rang. Pour moi, les gens de Red Bull viennent de baisser leur culotte devant l’Afssa, tout ça pour aller draguer la bourgeoise, qui aura l’impression de s’encanailler avec un ersatz. » Red Bull, dans cette histoire, risque de perdre son côté sulfureux. Et, par là-même, sa clientèle branchée habituelle. En attendant, pastiche pour tout le monde !




