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Red Bull 1 – France 0

L’Afssa, grande prêtresse de la sécurité sanitaire en France, a beau dire non au Red Bull avec taurine, le ministère de l’Economie, lui, dit oui. Un oui accordé sous la menace d’une amende de 300 millions d’euros, Dietrich Mateschitz ayant porté l’affaire devant le tribunal administratif de Paris. Red Bull triomphant arrive donc en France d’ici au mois de juillet. Le vrai Red Bull cette fois.

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Christine Lagarde poursuivi par un taureau rouge
© Nardo

Dietrich Mateschitz, fondateur autrichien de la boisson Red Bull, est décidément très fort. Son Red Bull, le vrai, celui avec de la taurine, est désormais autorisé en France. Avec, à la clé, douze années d’humiliations balayées et, en prime, un joli pied de nez accordé aux autorités françaises. Depuis 1996, Mateschitz et la France s’amusaient à un délicat pas de danse sur le thème du « Je t’aime, moi non plus ». La scène était toujours la même, vibrante d’émotion. A intervalles réguliers, le bon Dietrich demandait, gentiment, de pouvoir vendre son Red Bull. Et, immanquablement, les gardiens de la sécurité sanitaire du pays, tout aussi gentiment, lui répondaient… non.

Le Red Bull entraîne des troubles

Mais attention, un non argumenté. Le principal point d’achoppement, c’est le niveau de concentration de substances comme la taurine et le D-glucuronolactone dans chaque canette, « respectivement cinq et cinq cents fois supérieur aux doses journalières apportées par l’alimentation ». A coups d’études, menées sur des rats, les gardiens du temple de l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) ont ainsi notamment mis en évidence des risques d’« hyperactivité » ou de « comportements bizarres », liés à ce surdosage. Plus grave encore à leurs yeux : en dépit de l’interdiction de commercialisation de la boisson, les Centres antipoison et de toxicovigilance (CAPTV) français ont clairement établi une relation entre la consommation de Red Bull et certains troubles pour le moins étranges observés « chez neuf sujets » : agitation, tachycardie et problèmes digestifs.

C’était donc non, toujours. Red Bull, finalement, en avril dernier, se décide à faire profil bas, et remplace son ingrédient phare, la taurine, par un autre acide aminé, l’arginine. En somme, propose en France un Red Bull « Canada Dry » : le goût, l’odeur, la couleur, et même le nom, mais pas du Red Bull pour autant.

Panique au gouvernement

Sauf que, derrière cette capitulation de façade, se cache en fait un joli plan de vengeance. Officiellement, Red Bull accepte sa défaite. Le groupe autrichien rentre dans le rang, et prépare son arrivée sur le marché français avec son ersatz à l’arginine, sur le mode du « tout le monde est content, faisons la paix camarade ». Officieusement, il en va tout autrement. Une armée d’avocats se met en branle, et le groupe, mécontent de ne pas pouvoir vendre sa boisson normalement, dépose plusieurs plaintes devant le tribunal administratif de Paris, réclamant 300 millions d’euros de dédommagement à l’Etat français.
Au gouvernement, c’est la panique. Par les temps qui courent, cette mauvaise publicité en perspective n’est vraiment pas de bon augure. Et on ne parle même pas des éventuels 300 millions à débourser en cas de condamnation. Alors, puisque gouverner, bien plus que prévoir, c’est surtout ravaler sa fierté, le 16 mai, Christine Lagarde, ci-devant ministre de l’Economie, est envoyée au front pour signer l’acte de reddition de la France.

Dietrich Mateschitz vient d’obtenir l’autorisation de mise sur le marché attendue depuis 1996. La victoire, pour lui, est totale. Sa seule concession est de faire figurer, sur ses canettes de Red Bull, des messages d’avertissements déconseillant la consommation de la boisson par des femmes enceintes et des enfants. Red Bull peut donc sereinement envahir la France, 26ème des 27 pays de l’Union européenne à succomber devant le célèbre « Taureau rouge ». Le dernier village des irréductibles, désormais, c’est du côté du Danemark qu’il faut aller le chercher.