Vous êtes ici
Le sport, ce tyran en short et chaussette
Le sport honni ne se cantonne pas au jogging du matin, quoiqu’il en prenne aussi pour son grade. Le despote est plus grand, plus puissant, le Sport « qui n’a rien à voir avec le jeu ». Le Sport qui gangrène la société mais dont on ne cesse de dire que c’est la société qui l’abîme. Tout y passe : la violence autour des stades, la bassesse des slogans – « Une femme pour la nuit, PSG pour la vie ! », « tu veux mon maillot ? Non, j’préfère ta sœur » – la médecine du sport – qui panse désespérément les plaies de milliers de masochistes–, le fanatisme des spectateurs, le style vestimentaire universel – « la mocheté est l’autre forme de violence que nous inflige le sport », la conquête de l’inutile, l’argent, le dopage, etc… « Pourquoi parcourir un cent mètres en moins de neuf secondes ou huit ou sept ? », interroge Gustave Caroll. « Qui voit le fauve que les coureurs devraient fuir ? (…) Les athlètes savent-ils que rien ne les menace en réalité ? ». Et pourquoi « ces pulsions de suicide, [l’alpinisme, la course, ndlr] doivent-elles être instituées en exemples indiscutables d’un mode de vie sain ? ».
Gustave Caroll est acerbe. Mais n’oublie pas de se documenter : son propos n’est pas exempt d’histoire et de sociologie.
On en apprend de bien bonnes, jusque dans les notes de bas de pages. Par exemple que « faire répandre ses cendres sur la pelouse de son stade préféré, [est] la dernière coutume funéraire en occident », et qu’à Buenos Aires, depuis que « la fédération a autorisé les arbitres à interrompre les matchs en cas de paroles ou de gestes antisémites […] ces manifestations se produisent à l’occasion, lorsque le score est défavorable afin de provoquer l’annulation de la rencontre ».
Gustave Caroll déteste le sport, on l’aura compris. Il reprend avec bonheur « la devise d’un nonagénaire ventru et alcoolique qui expliquait son insolente longévité en crachant le grisou de son cigare : “Jamais de sport” ». Entre l’Euro et les JO, un bouquin impertinent, « à ne pas lire en survêtement ».



