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Retour aux sources néolibérales

Non content de s’être référé à Blum et Jaurès durant la campagne présidentielle, le candidat de Neuilly, Nicolas Sarkozy, a affiché sa proximité avec Tony Blair et sa distance avec Margaret Thatcher, égérie de l’idéologie néolibérale.

Entamant sa longue marche vers la présidence de la République, Jacques Chirac, voulait allier, dès 1976, le « gaullisme » à un « travaillisme à la française », déjà plus présentable que son homologue conservateur (p.289).

Tel le Diable du catéchisme traditionnel, le néolibéralisme a beau être omniprésent, son plus grand succès est sans conteste de brouiller les pistes jusqu’à se faire oublier. Pour y voir plus clair, François Denord a détouré au scalpel les contours d’une doctrine et dissipé de nombreux rideaux de fumée.

Cette idéologie est une réponse à l’intervention de plus en plus importante de l’Etat dans l’économie depuis la fin du XIXe siècle. Face aux multiples crises de l’entre-deux-guerres, « les derniers partisans [du libéralisme hérité de la Révolution française] font figure de donquichottesques paladins attardés à défendre une cause perdue » (p.26), s’exclame un pionnier du néolibéralisme.

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Néo-libéralisme version française

Un réformisme conservateur

Paris, août 1938. C’est le Front populaire qui a répandu, au sein de la bourgeoisie, une peur comparable à celle de l’an mille. Un aréopage international d’intellectuels, de hauts fonctionnaires et de chefs d’entreprises se réunis, dont Jacques Rueff et Raymond Aron.

En dépit des divisions, ils s’accorderont sur un point (p.152 ) : « On ne peut revenir d’une économie dirigée à une économie progressivement libérale que par un interventionnisme en sens contraire (…) » destiné à créer un cadre favorable au marché, à faire sauter les verrous, à suppléer l’initiative privée si besoin et à aider les pauvres.

« L’innovation de ce libéralisme renouvelé, écrit François Denord, fut d’imaginer l’Etat comme l’acteur de son propre dessaisissement (…) : le néolibéralisme est un réformisme conservateur. » (p.305)

L’écrin de la Ve République

Le néolibéralisme débordera des cénacles patronaux avec l’acceptation par les gaullistes d’une construction européenne fondée sur le libre-échange. Georges Pompidou, devenu président, s’en expliquera : « quand on choisi le libéralisme international, il faut opter aussi pour le libéralisme intérieur. » (p.270)

Ensuite, à la faveur de la crise économique des années 1970, Valéry Giscard d’Estaing, en tandem avec Raymond Barre, réintroduit les mécanismes du marché, abandonne l’objectif de plein emploi et affaiblit les politiques sociales, en particulier de logement.

Puis, mai 1981 amène Jacques Chirac à prôner une « double rupture » : « avec les politiques (…) dangereuses [du] gouvernement socialo-communiste. Mais aussi (…) avec l’évolution, plus ou moins subie, des années 1970 qui nous a menée à une forme de socialisation à peine déguisée de l’économie et de la société française. » (p.10)

Double rupture, qui dit mieux ?

Nicolas Sarkozy s’est servi de la vieille posture chiraquienne entre 2002 et 2007. L’un de ses supporters, Pascal Salin déplorait d’ailleurs à l’époque que « la France [soit] plus socialiste en 2004 qu’en 1981 » (p.307).

Pourtant, dès l’élection du nouveau candidat de la « rupture », Denis Kessler, l’ancien intellectuel du Medef, a montré dans quel sens soufflait le vent : « La liste des réformes ? (…) Prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952 (…). Il s’agit [de] défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

Ce qui implique de revenir sur la « Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, (…) le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc. » Un programme qui ne peut être envisagé que parce que le Parti socialiste s’est, lui aussi, converti au néolibéralisme il y a 25 ans.