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« Je ne veux pas payer seul pour les dérives du renseignement économique »
« Bien d’autres avancées, sans doute sont encore nécessaires pour faire de la France ce que les Françaises et les Français attendent qu’elle soit, à savoir une République exemplaire et une démocratie irréprochable ». (morceaux choisis de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy).
Alors ça y était, mon pays allait redevenir un grand pays démocratique, capable de critiquer, de punir même les fautes commises par ses institutions en cas de manquements graves.
Le candidat Sarkozy l’avait promis, le président Sarkozy aurait la volonté de l’exiger.
Ainsi, la DST (Direction de la surveillance du territoire, l’actuelle DCRI) n’allait-elle plus pouvoir balayer mon histoire et le code pénal d’un revers de manche. Ce grand service de police allait devoir répondre de ses actes devant l’exécutif et partager avec moi, petit citoyen, agent privé employé par cette grande institution, des faits de corruption pour lesquels je suis justiciable, récompense suprême pour avoir participé, en relation avec la DST, à la défense des intérêts économiques de l’État de 2003 à 2006.
La justice elle-même allait devoir reconsidérer les responsabilités de chacun des participants dans cette collecte de renseignements privés, analyser de nouveau les étranges missions que m’imposait ce service secret français : tentative de positionnement d’un agent espion au cœur d’une grande société d’intelligence économique, déstabilisation d’un commissaire de police trop proche des Renseignements généraux, rapport constant sur toutes les missions que me confiaient les agences Kroll et Geos, institutionnels privés de l’intelligence…
Mon dossier judiciaire ne regorgeait-il pas de preuves accablantes (écoutes téléphoniques, auditions) permettant clairement de confondre l’administration policière ainsi que les clients finaux de mon recueil d’informations illégales ?
À coup sûr, ce seul dossier allait servir d’exemple au futur président, garant de l’esprit républicain, des droits individuels et de l’équité judiciaire. Nicolas Sarkozy allait donc à coup sûr, engager des punitions à l’encontre de ces sociétés d’intelligence économique qui se rendaient hors-la-loi, avides d’informations contenues dans les divers fichiers des administrations. Il allait en faire voir également à ses propres services de renseignement, qui d’initiative me payaient à l’aide d’infos sorties tout droit de leurs propres fichiers, ou de ceux de la police judiciaire, des opérateurs bancaires ou téléphoniques.
On allait voir ce qu’on allait voir…
Et j’ai vu.
Avec quelle toute puissance, la justice a pu décider de ne pas renvoyer devant le tribunal correctionnel de Versailles, les fonctionnaires de la DST m’ayant commandé dans cette affaire, ceux même qui de la bouche de mon officier traitant considéraient l’intelligence économique que comme de l’intelligence « égotique ». Ceux-là même qui me faisaient effectuer des missions d’espionnage au sein des entreprises, et dont l’illégalité des actes est patente dans le dossier d’instruction.
Ceux-là même qui m’ont donné un nom de code, m’ont assuré de leur protection en m’affirmant que mes agissements étaient légitimes, indissociables de leur mission de protection du patrimoine français. Ceux-là même enfin, qui ne cessaient de me féliciter et de se féliciter auprès du magistrat instructeur de m’avoir donné ces renseignements qui selon leurs propres déclarations n’était d’aucune mesure avec ceux que je leur apportais.
Je peux donc voir aujourd’hui que des liens indestructibles unissent, si le besoin s’en fait sentir l’exécutif et la justice, qui dans cette affaire semble avoir perdue son indépendance.
Je vois que les services de renseignements de mon pays ne sont toujours pas soumis au contrôle parlementaire.
Je continue de voir une totale hypocrisie planer sur le renseignement public et privé.
Je vois ces acteurs du renseignement privé se retrancher derrière de multiples chartes d’éthique, mises en place simplement pour rassurer un pouvoir politique, légitimement suspicieux parfois à leur égard.
Je vois ce même pouvoir politique, comme les précédents d’ailleurs, se laisser docilement convaincre que les seuls responsables sont ces enquêteurs privés, sans foi ni loi, qui osent se prévaloir de connaissances dans le domaine du renseignement d’entreprise.
Je vois alors comment l’exécutif entend se défausser sur ces plus faibles, déterminant de nouvelles contraintes, sans accorder de nouveaux droits. Résultat ? Une grande partie de cette profession n’échappera pas aux anciennes pratiques ; il suffira de payer plus cher les renseignements illégaux.



