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Vive la crise ! (bis)

Les crises et les cycles

Certains économistes préfèrent parler en cycles plutôt qu’en crises, les crises marquant l’épuisement, la fin d’un cycle. Pour simplifier, en théorie économique, on distingue trois cycles. Le plus court dure quelques mois. Le moyen, de dix ans, s’appelle le Juglar. La durée des plus longs est estimée à plusieurs décennies, entre trente et soixante ans. Ce sont des Kondratieff, du nom de l’économiste soviétique les a découverts. Les trente glorieuses seraient un cycle long.

Trois ou quatre théories, souvent complémentaires, expliquent les Kondratieff. Celle de l’école de la régulation est très intéressante. Elle part d’un présupposé historique « à chaque époque son mode de régulation ». Un cycle, ou une époque, se définit par un paradigme. Les trente glorieuses par exemple, se caractérisent – selon R. Boyer, excellent économiste – par le « compromis salarial fordiste ».

Sommes nous à la fin d’un cycle ? Un cycle est une période homogène qui possède les mêmes caractéristiques. Ex : les trente glorieuses, (1947-1973), l’ère de la mondialisation à la fin du XIX siècle. Le dernier cycle s’est terminé avec la stagflation. Ce fut la fin des trente glorieuses. Une nouvelle période a démarré à la fin des années 1970, avec l’arrivée de Paul Volcker comme Président de la Réserve Fédérale des Etats-Unis (FED), avec l’élection de Thatcher en Grande-Bretagne et avec la nomination de Laurent Fabius à Matignon.

Le ressort de cette nouvelle période c’est l’initiative et le goût du risque. Ils remplacent le « compromis » fordiste des trente glorieuses. A cette époque les gains de productivité, liés à l’organisation fordiste, étaient distribués aux salariés pour assurer des débouchés à l’industrie. Les salariés ont vu leur pouvoir d’achat croître dans des proportions très importantes. Commence ensuite le temps de la dérégulation. Les 3 d comme disent les socialistes de l’époque : "dérégulation, desintermédiration….".

L’idée se propage vite, les saltimbanques la mettent en musique. Montand se prend pour Reagan. Serge July écrivait en 1984 « Il faut faire des citoyens assistés des citoyens entreprenants ». L’entreprise est réhabilitée, le profit suit, il rémunère le risque. On frôle le ridicule. Ainsi, dans une émission télé hebdomadaire, Bernard Tapie tente d’expliquer aux Français comment créer une entreprise. En embuscade depuis trente ans, les pédégés et les actionnaires en profitent pour s’accaparer progressivement une plus grande part de la valeur ajoutée. Les privatisations vont bon train dans le monde entier, (en France, la palme revient au gouvernement Jospin). Les dernières en date s’attaquent au socle de l’Etat. Il y a plus de vigiles en France que de forces de l’ordre. Et les Saint-Cyriens se demandent s’il ne faut pas privativatiser l’armée.

Depuis l’individu a remplacé le collectif, exit la notion de partage. Personne ne parle plus de "compromis". Le capital a gagné le rapport de force. Le monde a changé. Qui se souvient encore des étudiants communistes de Polytechnique ? Et les inégalités se sont creusées. Les syndicats ont été malmenés. La charité a regagné des parts de marché sur la solidarité. La notion de classe a même complètement disparu du discours du Parti Communiste.

« L’individualisme entreprenarial dérégulé » a remplacé le « compromis salarial fordiste » qui avait fait la croissance des trente glorieuses.

Aujourd’hui, avec la crise financière mondiale, il semble que le nouveau paradigme « s’épuise ». Les citoyens (riches comme pauvres) attendent plus de collectif. Les Etats commencent à vouloir ré-intervenir dans l’économie, et le capital de confiance de l’initiative individuelle dérégulée a du plomb dans l’aile.

Serions-nous à la fin d’un cycle ? On peut rêver, et pourquoi pas se préparer à faire la fête.