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Hillary Clinton, l'encombrant bagage d'Obama

Papier déjà publié le 3 décembre 2008

Personne n’a vraiment été surpris lorsque Barack Obama a dévoilé la composition de son équipe en charge de la sécurité nationale le 1er décembre. Celle-ci s’occupera aussi bien des affaires étrangères que militaires. Les noms des heureux élus circulaient déjà dans les médias depuis un bout de temps. Mais le fait que les néo-conservateurs aient chanté les louanges du futur chef d’Etat devrait inquiéter ceux qui croient que le premier président métis des Etats-Unis représente un vrai « changement ».

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© Khalid

Les néo-conservateurs applaudissent

Au Weekly Standard, la Bible idéologique des néo-conservateurs, on estime que ces hommes et femmes du prochain président signifient « une surprenante continuité dans la politique étrangère du second mandat du Président Bush et (que) dans la nouvelle administration, il n’y a rien qui représente un changement dramatique dans la manière d’agir de Washington. La prévision est qu’Obama maintiendra le cap… ».

Karl Rove, l’éminence grise en politique de George W. Bush, trouve que ces nominations sont « rassurantes », tandis que l’idéologue néo-conservateur Max Boot (un ancien du staff de campagne de John McCain) se dit « sidéré par ces nominations, car la plupart d’entre elles auraient pu provenir d’un McCain président. Elles mettent fin à l’idée d’un calendrier de seize mois pour le retrait d’Irak, aux sommets non assortis de conditions avec des dictateurs et aux autres bêtises issues de la campagne d’Obama. Hillary Clinton et James Steinberg au Département d’Etat seront des voix puissantes du « néolibéralisme » qui, sur de nombreux points, n’est pas très éloigné du « néo-conservatisme ». Et David Brooks, le chroniqueur conservateur du New York Times, de saluer l’équipe d’Obama en charge de la sécurité nationale comme « superbe avec les meilleurs des « insiders » de Washington ». Diable ! Difficile d’être plus élogieux.

Les « clintonistas » représentés en force

Le nombre perturbant de clintonistas (les fidèles du couple Clinton ainsi que les vétérans de l’administration du président Bill) au sein de cette équipe ne représente pas le changement promis par le sénateur de l’Illinois pendant sa campagne électorale. Le futur président est maintenant présenté par ses défenseurs comme symbolisant un retour à une espèce d’« âge d’or de la diplomatie » qui renvoie à la présidence de Bill Clinton. Ils se trompent. Comme l’a souligné le professeur Andrew J. Bacevich, diplômé et ancien membre du corps enseignant de l’Académie militaire de West Point qui dirige aujourd’hui le Centre des relations internationales de l’université de Boston, dans son influent ouvrage Limits of Power : The End of American Exceptionalism publié cette année : « pendant la première année de sa présidence, Clinton a eu un appétit prodigieux pour les bombardements… Son engouement pour le pouvoir aérien s’est surtout exprimé en Irak qu’il a régulièrement bombardé avec des bombes guidées par des lasers et des missiles Cruise. (…) En 1993, Clinton a promu une Pax Americana légère et bien assaisonnée côté pouvoir militaire. Il a envoyé des soldats américains en Somalie, en Haïti et dans les Balkans, tandis que des missiles U.S. dévastaient Serbes, Soudanais, Afghans et Irakiens ».

Plusieurs autres décisions contestables de Bill Clinton ont contribué à isoler l’Amérique de la communauté internationale : pendant sa présidence, il s’est opposé au traité interdisant les mines anti-personnel, a renforcé l’embargo contre Cuba, a soutenu l’occupation du Sahara Occidental par le Maroc tout en appuyant une offensive militaire de la Turquie contre les Kurdes. Il a aussi traîné des pieds pour ratifier les accords de Kyoto. Et on en passe des vertes et des pas mûres.

Hillary Clinton prise en flagrant délit de mensonge

Quant à Hillary Clinton, la nouvelle Secrétaire d’Etat de Barack Obama, son expérience « réelle » en politique étrangère se limite essentiellement à un mensonge au sujet de son atterrissage à l’aéroport de Tuzla, en Bosnie, en 1996. Elle avait alors prétendu dans ses discours qu’elle avait dû courir pour échapper aux tirs de snipers. Faux et archi-faux ! Les vidéos de son arrivée à Tuzla la montrent déambulant lentement, à son aise et accueillie chaleureusement par une petite fille. Comme l’a raconté le Clintonista Greg Craig, l’ancien « directeur au Plan » du Département d’Etat sous Bill Clinton et ancien avocat de Bill, dans un mémorandum distribué en mars dernier par l’équipe de campagne de Barack Obama : « à aucun moment dans l’administration Clinton, elle n’a joué un rôle significatif dans les Affaires étrangères. Elle n’était pas présente lors des réunions du Conseil de la sécurité nationale. Elle n’était pas accréditée pour accéder à des documents secrets. Elle n’avait pas de staff à elle sur les questions de sécurité nationale. Elle n’a pas eu à faire quoi que ce soit d’important avec les gouvernements étrangers. Elle n’a jamais géré une crise en affaires étrangères et il n’y a pas de preuves qu’elle ait jamais participé à des prises de décision lors d’une crise. L’histoire nous dit qu’elle n’a jamais répondu à un coup de téléphone pendant une crise de sécurité nationale, ni à trois heures du matin, ni même à un autre moment de la journée ». Voilà qui a le mérite d’être clair ! Greg Craig vient, lui, d’être nommé avocat en chef de Barack Obama à la Maison-Blanche…

Quand Hillary soutenait Bush

En ce moment, aux Etats-Unis, on entend de-ci de-là qu’Hillary Clinton représente un « changement » par rapport à la politique étrangère de George W. Bush. Tout le monde sait pourtant qu’elle a soutenu la guerre en Irak lancée par ce même Bush. Qui plus est, comme l’a détaillé le professeur Stephen Zunes, chef du Département d’études du Moyen Orient de l’Université de San Francisco, dans un article en date du 1er décembre et intitulé « Hillary Clinton’s Disdain for International Law » (Le mépris d’Hillary Clinton pour la loi internationale), elle a aussi soutenu Bush « dans ses menaces de guerre contre l’Iran, dans son soutien à la guerre d’Israël au Liban en 2006 et à son offensive militaire en Cisjordanie en 2002, dans ses attaques contre la Cour pénale internationale et dans son soutien aux exportations sans restrictions de bombes à fragmentations et autres munitions utilisées contre les populations civiles ».

Comme l’écrit aussi le professeur Zunes, Hillary « s’est opposée à des limitations des transferts d’armes américaines vers des pays coupables d’abuser systématiquement des droits de l’homme et elle a soutenu l’envoi d’armes et l’entraînement de la police (par des Américains) à des gouvernements répressifs et autocratiques comme l’Egypte, l’Arabie Saoudite, le Maroc, Oman, le Pakistan, la Guinée Equatoriale, l’Azerbaïdjan, le Cameroun, le Kazakhstan et le Tchad, pour n’en citer que quelques-uns. » Hillary soutient également avec fermeté le mur de l’apartheid israélien qui encercle les Palestiniens et divise leurs villages, les coupent de leur travail, de leurs terres agricoles et de leurs écoles.

Lyndon Johnson, le pipi et la tente

Non, Hillary Clinton n’a pas été choisie par Obama pour incarner un « changement » ou le respect des droits de l’homme. Elle a été désignée pour des raisons de politique politicienne. En la nommant Secrétaire d’Etat, Obama n’a fait que suivre le conseil politique du Président Lyndon Johnson, ce Texan connu pour sa vulgarité, qui aimait à dire : « mieux avoir quelqu’un qui reste dans la tente et pisse vers l’extérieur que quelqu’un qui reste en dehors et pisse à l’intérieur ».

A son nouveau poste, Hillary ne peut rien faire pour avancer vers une nouvelle candidature à la présidentielle de 2012 : il lui est interdit de mener des actions politiques pour conquérir la Maison-Blanche, interdit de collecter des fonds, de faire campagne pour d’autres candidats. Elle abandonne en outre sa tribune libre au Sénat qu’elle aurait éventuellement pu utiliser pour critiquer Obama, comme l’ont fait le sénateur Teddy Kennedy contre le Président Jimmy Carter ou le sénateur John McCain contre le Président Bush. En même temps qu’il élimine une concurrente potentielle, Barack Obama réussit un excellent coup en communication.

Robert Gates conserve son poste

Autre décision du prochain président : Barack Obama a décidé de maintenir Bob Gates, l’actuel Secrétaire à la Défense de Bush, à son poste. Formé pendant la Guerre Froide, l’homme a une vision du monde qui s’est arrêtée à cette période et croit aujourd’hui dur comme fer qu’on peut l’emporter en Afghanistan, là même où Alexandre le Grand, l’Empire Britannique et l’Union Soviétique ont échoué.

Obama partage cet avis, encouragé par l’un de ses principaux conseillers de campagne, un autre dinosaure de la Guerre Froide, Zbigniew Brezezinski. Sous Bill Clinton, ce dernier a mené une guerre secrète en Afghanistan six mois avant l’invasion soviétique. L’un des protégés de Brezesinski dans cette guerre se nommait alors Bob Gates. Et pour occuper le poste de « National Security Advisor » (Conseiller à la sécurité nationale) à la Maison Blanche, dans un pays où le contrôle des militaires par les civils est un principe de base, Obama a choisi un général quatre étoiles, James Jones, ancien commandant des Marines et proche conseiller de John McCain qui a fait campagne pour lui. Toutes ces nominations confirment que, comme dans les domaines de l’économie, pour les affaires étrangères et la sécurité, le gouvernement d’Obama est un gouvernement de centre-droite qui ne renie pas les néo-conservateurs.

Lire ou relire sur Bakchich.info :


En bon conservateur libéral qu’il est, George W. Bush ne renierait pas la nouvelle équipe en charge de l’Economie que Barack Obama a constituée.
Le futur ministre de la Justice de Barack Obama est un avocat qui a le mauvais goût de défendre la firme Chiquita Brands… réputée pour ses coups tordus en Amérique du Sud.

De puissants lobbyistes, une banquière ayant mis la clé sous la porte, des spéculateurs, des membres du complexe militaro-industriel… Elle est belle l’équipe de transition de Barack Obama !
Ministres et députés de droite se sont crus obligés de comparer Sarkozy et Obama !
Déja que l’épouvantable Madeleine Albright remonte à la surface, voilà que la Clinton pourrait être Secrétaire d’Etat ! Pour les palestiniens la solution devra-t-elle passer par un nouvel enfer ? En tout cas avec Emanuel, les Palestiniens ont un vrai (…)

Selon NBC, Hillary Clinton pourrait bien devenir la Secrétaire d’État de Barack Obama et ainsi succéder à Condoleeza Rice.