Vous êtes ici
Je ne savais pas
« C’est peut être un défaut de régulation, mais on ne doit occulter la question de la responsabilité ». Le propos n’est pas tiré d’un article du Monde Diplomatique ni d’une émission de Daniel Mermet, c’est du Martin Bouygues. Cet appel, limite révolutionnaire, est réservé aux salariés du groupe à travers son journal interne : Le Minorange.
« Responsable » l’étymologie est précise « répondre de… ». Martin Bouygues souhaite donc que les responsables rendent compte de leurs choix, c’est à dire qu’ils soient sanctionnés si leur responsabilité est mise en cause. C’est peut être le bon, voire le seul moyen pour que le monde change. Les responsables sont sensibles à la carotte des stocks options, ils craignent aussi le bâton, et la remise en cause de leurs acquis. S’ils sont renvoyés dans leurs foyers, leurs successeurs demanderont un peu plus de régulation pour éviter la même punition.
Face à cette grogne, les responsables cherchent une défense. Ils l’ont trouvé : l’ignorance. « Je ne savais pas », « J’ignorais ». Préparons nous à ce type de déclarations.
La patronne des patrons, madame la Présidente du MEDEF, montre l’exemple. Elle nie être au courant des agissements scandaleux de l’UIMM.
Pour prouver sa virginité notre Parisot nationale n’hésite pas, elle accuse et elle paie de sa personne. Le 19 janvier dans une audience exceptionnelle à la 17e chambre civile du TGI de Paris, elle poursuivait Daniel Dewavrin, ancien président de l’UIMM, pour diffamation. Le pauvre homme avait affirmé que la Présidente savait.
Dans la salle d’audience, les journalistes se bousculaient. Les mêmes qui soulignaient il y a quelques mois encore l’omniscience des PDG pour justifier leurs salaires, viennent constater la surdité et l’ignorance de leurs cheftaines. Le tout sans se poser une seule question. Les Echos couvrent l’événement. Le Parisien n’y voit que des « Règlements de comptes entre patrons ». Personne ne se demande pourquoi la présidente du Medef met autant d’énergie à nier la responsabilité du patronat. Personne ne se pose la question que tout journaliste devrait se poser : « Pourquoi ? ». Pourquoi elle nie ? Pourquoi vient elle-même se défendre ? Pourquoi toute la France doit savoir que la patronne des patrons ignorait l’existence des retraits d’argent liquide de l’Union des industries métallurgiques et minières (UIMM) ?
La réponse est claire, aujourd’hui Martin Bouygues demande des comptes aux responsables, il sera suivi (j’espère) par d’autres. Les responsables préparent leur défense. Ils ignoraient.



