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Pierre Bergé fait de la sur-enchère

En attendant que les Chinois débarquent à Paris pour récupérer leurs deux statuettes (deux têtes d’animaux en bronze -rat et lapin- dérobées lors du sac du Palais d’été par les troupes franco-britanniques lors de la seconde Guerre de l’Opium en 1860), on observera pour l’heure qu’estimées initialement par Christie’s autour de 200 à 300 millions d’euros les quelques 730 lots sont finalement partis pour un montant total de 373,5 millions.

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Un « bonus » non négligeable, au bas mot, de 150 millions d’euros donc et auquel l’extraordinaire battage médiatique orchestré avant ces enchères n’est peut-être pas totalement étranger.

Quelques 30 0000 personnes allaient ainsi se ruer au Grand Palais pour admirer les inestimables trésors.

Cité par 20 Minutes, Le Journal des arts observait lui, (avant la vente) avec un peu plus de mesure, que, certes, les œuvres proposées pouvaient être considérées comme de « grande qualité, mais pas forcément rares ».

« Bien mieux que prévu ! »

Une revue pour « pisse-froids » sans doute, car le reste de la profession allait faire la belle démonstration que ce qui n’est « pas rare » peut parfaitement se vendre très cher quand même.

« Bien mieux que prévu ! », « succès mondial ! » etc. etc. les médias n’ont pas manqué de superlatifs pour célébrer leur propre performance.

A rapprocher du petit carton qui vient de parvenir dans les rédactions. Soit une invitation pour la soirée de lancement du Sidaction, le 9 mars prochain.

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Une initiative de Pierre Bergé et Line Renaud bien sûr, mais supportée également par quelques précieuses relations dans le paysage audiovisuel.

Et notamment par Nonce Paolini, (TF1), Patrick de Carolis, (France Télévisions), Bertrand Meheut (CANAL +) , Jérôme Clément (Arte), Nicolas de Tavernost (M6), François Guilbeau (directeur général de France 2), Geneviève Giard (directrice générale de France 3), Claude-Yves Robin (directeur général de France 4 et de France 5), Yves Garnier (directeur général de RFO), Christopher Baldelli (président de M6 Thématique), Jean-Claude Dassier (directeur général adjoint de TF1), Alexandre Bompard (président directeur général d’Europe 1), Jean-Paul Cluzel (président-directeur général de Radio France), Frédéric Schlesinger (directeur de France Inter), Patrick Roger (directeur de France Info) Christiane Chadal (directrice du réseau France Bleu), Axel Duroux (président du directoire de RTL ), Jean-Paul Cluzel (président-directeur général de Radio France), Frédéric Schlesinger (directeur de France Inter), Patrick Roger (directeur de France Info), Christiane Chadal (directrice du réseau France Bleu), Axel Duroux (président du directoire de RTL).

En espérant n’avoir oublié personne !

Un patriote chinois à Paris

Ah si, on vient d’apprendre que le mystérieux acheteur anonyme des deux statuettes en bronzes du Palais d’été s’est révélé. Cai Mingchao, est chinois, collectionneur et patriote. Ainsi, il annonce qu’il n’a aucune intention de régler les 31,4 millions d’euros réclamés par Christie’s. Dans un communiqué il indique : « Je crois que n’importe quel Chinois se serait levé à ce moment précis… J’essaie de tout faire pour faire face à mes responsabilités" laissant entendre qu’il ne saurait être question de payer pour des objets, que comme le gouvernement chinois, il estime qu’ils ont été volés. »

La vente du siècle n’est donc pas terminée et devrait s’achever devant les tribunaux. A cette occasion, les Chinois pourront faire citer Victor Hugo à la barre des témoins. Evoquant le pillage du Palais d’été dans un courrier en date du 25 novembre 1861 adressé au capitaine Butler [1], l’auteur des Misérables, écrit : « Vous me demandez mon avis, monsieur, sur l’expédition de Chine. Vous trouvez cette expédition honorable et belle, et vous êtes assez bon pour attacher quelque prix à mon sentiment ; selon vous, l’expédition de Chine, faite sous le double pavillon de la reine Victoria et de l’empereur Napoléon, est une gloire à partager entre la France et l’Angleterre, et vous désirez savoir quelle est la quantité d’approbation que je crois pouvoir donner à cette victoire anglaise et française.
 »

Victor Hugo et les deux bandits

Hugo de poursuivre : « ll y avait, dans un coin du monde, une merveille du monde ; cette merveille s’appelait le Palais d’été.(…) les artistes, les poètes, les philosophes, connaissaient le Palais d’été ; Voltaire en parle. On disait : le Parthénon en Grèce, les Pyramides en Egypte, le Colisée à Rome, Notre-Dame à Paris, le Palais d’été en Orient. Si on ne le voyait pas, on le rêvait. C’était une sorte d’effrayant chef-d’œuvre inconnu entrevu au loin dans on ne sait quel crépuscule, comme une silhouette de la civilisation d’Asie sur l’horizon de la civilisation d’Europe.

Un jour, deux bandits sont entrés dans le Palais d’été. L’un a pillé, l’autre a incendié.(…) Tous les trésors de toutes nos cathédrales réunies n’égaleraient pas ce splendide et formidable musée de l’orient. Il n’y avait pas seulement là des chefs-d’œuvre d’art, il y avait un entassement d’orfèvreries. Grand exploit, bonne aubaine. L’un des deux vainqueurs a empli ses poches, ce que voyant, l’autre a empli ses coffres ; et l’on est revenu en Europe, bras dessus, bras dessous, en riant. Telle est l’histoire des deux bandits ».

Et Hugo d’en tirer la conclusion suivante : « Devant l’histoire, l’un des deux bandits s’appellera la France, l’autre s’appellera l’Angleterre. L’empire français a empoché la moitié de cette victoire et il étale aujourd’hui avec une sorte de naïveté de propriétaire, le splendide bric-à-brac du Palais d’été.

J’espère qu’un jour viendra où la France, délivrée et nettoyée, renverra ce butin à la Chine spoliée.

En attendant, il y a un vol et deux voleurs, je le constate.

Telle est, monsieur, la quantité d’approbation que je donne à l’expédition de Chine. »

Transmis à Christies et Pierre Bergé.

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