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Ras-les-Cornes, les vaches changent de look

Citadins, citadines, il va falloir réviser tous vos fondamentaux sur les animaux de ferme, revoir tous vos repères sur la Nature immuable et apprendre à vos enfants à dessiner les vaches comme on ne l’a jamais fait au cours des siècles passés ! Les plus observateurs l’ont sans doute déjà noté. Sur l’affiche du dernier Salon de l’agriculture, une vache à l’étrange tête a été choisie comme emblème de l’édition 2009.

“Star“ - c’est le nom du modèle qui a posé - n’est pas une jeune génisse ou un jeune veau dont les appendices caractéristiques n’auraient pas encore poussé au sommet du crâne. Il s’agit bien d’une représentante adulte de la race des Prim’hosthein. Mais sans corne.

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Star, une vache qui manque de corne
(DR)

Véritable usine à lait sur sabots, - jusqu’à 15 000 kilos de lait par an quand une normande ne franchit pas les 10 000 kilos – cette race est la plus répandue des laitières avec 2,5 millions de têtes en France. Lesquelles pour la plupart ne sont donc plus surmontées de coiffes pointues. A la place une “bosse“, curiosité pour les gamins du Salon, que fait ressortir l’absence des attributs de part et d’autre.

Milka aussi rogne les cornes

Bref un vrai bouleversement esthétique autant qu’un changement de civilisation. En réalité, c’est une vraie lame de fond qui a envahi les campagnes depuis maintenant plusieurs années. « Quand je vois une Prim’holstein avec des cornes, je me dis que c’est pas normal. D’ailleurs si vous regardez bien la dernière publicité pour Milka, vous verrez que la vache n’a plus de corne » s’amuse cet éleveur picard aujourd’hui retraité. Aujourd’hui neuf élevages sur dix de Prim’holstein ont des troupeaux de ce nouveau type. En somme, la boîte de fromage de la « Vache qui rit » où une belle vache sourit de toutes ses cornes propage maintenant une image d’Epinal désormais totalement dépassée, sinon mensongère. Presqu’un vieux souvenir d’avant le XXIème siècle…

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Elle est maligne la vache qui rit !
© Emilie Parrod

Cette curiosité physique n’est d’ailleurs pas l’apanage des Prim’holstein. Si on regarde bien dans les travées du Salon et dans les prés de France et de Navarre, chez les autres races laitières comme la Normande ou la Montbéliarde, la plupart ont maintenant ce de je-ne-sais-quoi d’un peu extra-terrestre sinon d’inquiétant que leur confère l’absence de corne. Même l’harmonie de la tarine, espèce savoyarde considérée par les amateurs comme la plus belle vache du monde, commence à être altérée par cette mode. Et chez les races à viande, ( charolaise, limousine, blonde d’Aquitaine etc.), elle gagne aussi depuis quelques années.

Raboter pour mieux protéger les laitiers

Tout fout donc le camp ! Sans doute parce que certains travers de la modernité ont infusé dans les campagnes : esprit sécuritaire et productivité à tout crin expliquent cette mutation. « On écorne les vaches pour que les animaux ne se blessent pas entre eux et ne blessent pas leurs éleveurs » justifie ce représentant de la race Prim’ holstein. Comme si les siècles précédents avaient été marqués par des statistiques de coups et blessures dispensés par bovin qui seraient devenus aujourd’hui intolérables… « En fait, c’est pour le bien des animaux… adaptés aux conditions d’exploitation modernes », se reprend-il.

C’est que chez les laitières, les modes d’élevage ont bien changé. En hiver, mais aussi une partie de l’année, les bêtes restent enfermées dans une étable en mode intensif. En stabulation libre, elles peuvent déambuler à l’intérieur d’un espace réduit qui - les prisonniers connaissent bien ça - les fait parfois tourner en bourrique. Du coup les dominantes, comme les caids jouent de leurs cornes pour se faire respecter quand une autre outre passe ses droits. Mais il y a une autre explication. Pour trouver à manger dans leur étable, les quadrupèdes doivent passer la tête dans un « Cornadis », un anneau qui se referme et les bloque au cou pendant qu’elles s’alimentent. Et évidemment pour réduire la taille et le coût du dispositif et gagner de la place on leur coupe les cornes.

A la recherche du gène corné

La plupart du temps, c’est dans les premiers mois que les cornillons sont brûlés pour être retirés. Chez les adultes, elles sont tout simplement sciées. L’affaire risque de devenir plus compliquée pour les éleveurs car au nom du respect des animaux, Bruxelles va imposer l’anesthésie locale pour les deux manipulations. Car elles reviennent à amputer l’animal d’un organe irrigué par une veine. La contrainte risque de renchérir l’exploitation mais pas forcément de remettre les cornes à l’honneur. Car la parade existe. Pourquoi ne pas inventer la vache qui naît sans ? C’est déjà fait puisque dans chaque race, les organismes de sélections sont parvenus à trouver le gène de la corne et à isoler des spécimens qui naissent sans. D’ailleurs une race, celle de l’Angus, prisée en Amérique du Nord notamment, est réputée pour donner naturellement à force de sélection des animaux à la tête aussi peu cornue que celle des chats ou des chiens.

Évidemment avec cette mode, un juteux filon s’ouvre pour les sociétés qui commercialisent des semences.

Cette évolution ne plaît pas à tous. Certains agriculteurs font de la résistance. Surtout chez les éleveurs de vaches à viande aussi caractéristiques que l’Aubrac ( entre 50 centimètres et 1 mètre de largeur de cornes) ou encore la Salers ( jusqu’à plus d’1,10 mètre d’envergure qui portent leur attribue comme des trophées majestueux. « Une Aubrac sans corne ne serait plus une Aubrac ! s’anime un promoteur de la race. Mais certains en réclament car la mode de la stabulation libre gagne aussi les éleveurs à viande. Et du coup avec la taille des cornes, installer des Cornadis plus larges devient coûteux ».
A quand le gêne de la vache qui ne fait plus de bouse et ne déverse plus des litres de vidange sur les pieds des visiteurs du salon ? Mais au lieu de faire des prouesses qui bouleversent les repères des citadins, les généticiens n’auraient-ils pas mieux à faire. Comme de retirer le gène des cornes aux cocus ?

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