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Les musulmans de France en pleine Qatar...sis
C’est un court article publié sur le site web du Point le 5 février qui a mis le feu aux poudres. Intitulé « Un Crif musulman », il annonce la création d’une organisation regroupant les musulmans laïcs de France et la présente comme une « concurrente du Conseil français du culte musulman (CFCM) ».
Le premier dîner annuel de cette institution doit se tenir le 25 mars. Le Point annonce la venue de Nicolas et Carla Sarkozy et même peut-être de Michelle Obama à qui une « invitation a été adressée » ! Plus sérieusement, Le Point précise que « ce nouveau Conseil a été imaginé par la sous-préfète Malika Benlarbi » co-fondatrice de l’association Convergence Méditerranéenne « avec le soutien d’Henri Guaino », le conseiller spécial du président Sarkozy.
Le CFCM monte sur ses grands chevaux
Furieux que l’État français qui a créé le CFCM en 2003 (alors ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy avait joué un rôle clé dans l’accouchement de cette structure) ose créer une institution « concurrente », le Conseil français du culte musulman monte sur ses grands chevaux. Et au créneau.
Certains de ses membres, ulcérés, font savoir que de surcroît c’est la généreuse ambassade du Qatar à Paris qui finance la sauterie du 25 mars et que ce pays « n’a pas à s’immiscer dans les affaires françaises ». Pour le prudent président du CFCM, Mohamed Moussaoui, « cette annonce dans la presse nous a fait réagir car elle n’a pas été suivie par un démenti. Quelles sont les prérogatives de cette chose ? Nous sommes dans l’attente ».
Pour Henri Guaino, la « chose » en question est « une initiative visant à réunir des associations laïques autour d’un dîner annuel. Pas de créer une institution communautaire. L’Elysée n’était pas partie prenante de ce projet mais moi-même et la cellule diplomatique l’avons soutenu ». Déjà en juin 2006, Nicolas Sarkozy qui était ministre de l’Intérieur et candidat à la présidentielle de 2007 avait déclaré sur le plateau de l’émission « Cultures et Dépendances » de France 3 : « j’ai refusé un CRIF musulman, car cela aurait été du communautarisme ».
Des entreprises qataries prêtes à débourser
Selon la haut-fonctionnaire Malika Benlarbi qui s’attèle, elle aussi, à la définition de la « chose », « l’objectif est de regrouper autour d’un dîner des associations culturelles arabo-musulmanes. Cette initiative, qui est liée à l’Union pour la Méditerranée (UPM), fait suite aux premières Assises de l’enseignement de la langue et de la culture arabe qui se sont tenues à l’Assemblée nationale en octobre 2008. ».
Le blabla du carton d’invitation envoyé par mail par l’ambassade du Qatar pour le dîner du 25 mars abonde dans ce sens : « Ce dîner, le premier à réunir des acteurs du monde politique, économique, associatif, culturel et sportif, offrira aux nombreuses personnalités et représentants du monde arabe et des pays du pourtour méditerranéen, un moment d’échange et de partage tout en s’inscrivant dans la dynamique de coopération entre la Méditerranée et le monde arabe. »
Au sujet du financement qatari, Malika Benlarbi indique que le Qatar qui avait déjà parrainé les Assises d’octobre a « spontanément proposé de financer cet événement culturel » mais qu’il s’agit « d’entreprises privées qataries qui se sont proposées d’être sponsors ».
La cellule diplomatique de l’Élysée revient à la charge
Mais Mohamed Moussaoui, le président du CFCM reste sur ses gardes, même si le dîner du 25 mars a été repoussé à une date non arrêtée : « que ce projet ne soit pas cultuel va de soi. Mais la frontière entre le culturel et le cultuel peut avoir des mélanges des genres. Il faut en savoir plus. » Autour de lui, certains pensent qu’il y a anguille sous roche et que l’Elysée a une idée derrière la tête. « Pourquoi pas créer une nouvelle structure en vue d’attirer le vote musulman lors des prochaines élections, en l’occurrence les européennes de juin 2009 ? »
En tout cas, à l’Elysée, on revient à la charge en ce qui concerne le projet de Malika Benlarbi. Lors d’une réunion du CFCM organisée à Paris le 3 mars, il a été dit que le conseiller diplomatique Boris Boillon a contacté Mohamed Moussaoui pour lui demander si oui ou non le CFCM sera présent à un prochain dîner. Le suspens reste entier puisque le CFCM a fait savoir que « puisque le dîner est annulé, il n’y a rien à répondre »…
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