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Scoop : Dieu n'aime pas la femme !

Au « Petit Journal » de Canal+, le 9 mars, une brève superbe : dans le cadre de la Journée de la Femme , l’Ossevatore Romano, journal du Vatican, a publié un article qui faisait une solide mise au point. Selon l’auteur de ce papier évangélique, ce qui a émancipé la femme, ce n’est pas la pilule, ce n’est pas (on s’en doute) le droit à l’interruption volontaire de grossesse. Non, c’est la « lavatrice », en italien : la machine à laver. Zoom sur le texte italien. Puis images bidonnantes de clips montrant des dames stimulées par les vibrations de leur essoreuse…

On savait que l’Eglise catholique et romaine comptait quelques pédophiles, un certain nombre de maffiosi, des négationnistes recyclés et d’inébranlables soutiens des dictatures d’hier et d’avant-hier, mais on ne savait pas que cette usine à gaz portait si haut le soin d’exposer ses blaireaux. Car enfin, il faut être un blaireau, un vrai, un blaireau de compétition, un blaireau cosmique pour affirmer, comme le premier Bigard venu, que la libération de la femme s’est faite par la machine à laver. Et quand on pense que l’ « Osservatore Romano » est la vitrine de l’Eglise catholique et romaine, eh bien, on constate que les blaireaux sont dans la vitrine. Comme quoi, avec la religion, on n’est jamais déçu.

Bien fait pour ton string !

Mais un blaireau peut toujours en cacher un autre. Transportons-nous au Brésil, pays connu pour l’aimable tolérance de ses petites culottes. Là, un évêque rigoureux a pris la délicate initiative d’excommunier une pauvre gamine de neuf ans, violée et engrossée par son beau-père, qu’on avait fait avorter pour toutes les raisons que l’on imagine, et en particulier parce qu’elle risquait, à cet âge, d’y laisser sa peau. Catégorique, le prélat, qui n’a sans doute jamais été violé ni engrossé, mais a lu la Bible, les prophètes et les circulaires de service (« encyclique » signifie littéralement : « circulaire ») de la succursale vaticane de la maison Dieu, Père et Fils et Saint-Esprit. La loi divine, c’est la loi, affirme-t-il avec la superbe assurance des gros cons sentencieux, ceux qui, disait Audiard, osent tout, et c’est même à cela qu’on les reconnaît. Elle prime sur la loi humaine, qui autorise cet avortement, et ne connaît pas d’exception, car si on commence à entrer dans les détails, le viol, l’âge, la vie, la mort, tout ça, on risque de dire que y a des cas où…

En fait, soyons justes, en cherchant bien, on trouverait des esquisses de nuances dans la doctrine, ou, du moins, l’amorce d’une jurisprudence moins barbare. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que l’Eglise officielle n’attrape pas des rhumatismes aux paupières à force de fermer les yeux sur les avortements à circonstances atténuantes (elle réserve ses indulgences à d’autres manipulations). La règle, c’est que femme, violée ou pas, tu garderas le fruit de tes péchés et des péchés des autres, on veut pas savoir, et de toute façon tu accoucheras dans la douleur, surtout si tu habites le tiers ou le quart-monde, parce qu’à Neuilly, depuis belle lurette avant Veil, les madames ont liquidé leurs foetus sans que leur confesseur les excommunient, vu l’abondance de leur contribution au denier du culte.

Elles faisaient même avorter leurs petites bonnes bretonnes, lorsque Monsieur leur avait fait le coup du poireau-vinaigrette entre deux passages de plumeau. C’est dans tous les livres. Le prélat brésilien devrait sortir de sa sacristie, de temps en temps, et varier ses lectures. Que dis-je ? Ne faisons pas les naïfs : le gars sait tout cela. Et il prie tous les jours pour que reviennent sur terre et au pouvoir les vrais amis de la morale divine qu’étaient Gétulio Vargas, les généraux argentins, sa béatitude Pinochet et le nain béni Franco. Et il se remet mal du départ de Bush.

L’orgasme maudit

Finalement, sur ces deux exemples absolument contemporains, on peut se faire une idée assez précise de la position du Pape et de ses prélats sur le destin de la Femme : laver le linge et ne baiser que pour faire des petits. Un croisement idéal entre la mère Denis et la mère tout court. Avec, comme autre solution, le raccourci vers la sainteté : la chasteté. Ne pas baiser du tout, ça règle tous les problèmes. Plus besoin d’ergoter sur la capote, le sida, l’avortement, tous ces machins modernes qui ne remplaceront jamais un hymen en béton, comme la capsule des bouteilles de lait qui garantissent la fraîcheur du produit. Soyez vierges, les meufs, et vous passerez votre puberté en pullman, avant d’être saillies par un géniteur choisi par papa, là, pour le coup, c’est pas seulement la Bible, c’est le Coran qui gère le plan, et on peut sauter d’un monothéisme à l’autre – pardon, justement, on ne peut pas sauter, le mot est malheureux, je le retire. Ah non, j’oubliais que ça aussi, c’est pas bien.

Putes, non, mais soumises, oui

Toujours est-il que les religions se sont données le mot : l’homme peut niquer, la femme doit à la rigueur accepter qu’on la nique si tous les papiers sont en règle. Ou alors, elle a le droit de se faire albanaise pour être plus vite sainte. Mais dès le départ, ce qu’en éducation on appellerait le tronc commun, cette fameuse Création qui fait flipper les blaireaux états-uniens, polonais et aussi, hélas, un peu français, pour la Femme, Eve ou Hawwa(h), c’était mal parti. N’oublions jamais qu’officiellement, pour les chrétiens, c’est elle qui a foutu le souk. Le travail à la sueur de son front, les cors aux pieds, les impôts, le chômage, Sarkozy, c’est sa faute, l’avait qu’à filer doux et pas toucher aux fruits.

Tous les pères de l’Eglise, tous les rabbins savants, tous les prophètes l’ont dit, la Femme, c’est pas étanche, Tertullien la compare à un sac d’ordures et le Dalaï-Lama a dit, il y a quelques années, à peu près la même chose, c’est de la diablerie ambulante et certains lui rabotent le clitoris pour lui couper la tentation de jouir. Normal qu’on lui serre un peu la vis. Heureusement, dans Sa grande bonté, au XXe siècle, Dieu a permis la machine à laver (on se demande pourquoi Il n’y avait pas pensé plus tôt), et c’est parti pour l’émancipation raisonnable. Même chez les taliban (sans -s) on passe les burkas au cycle éco, 30°C pour pas déteindre, avec essorage à 800 tours/minute. Comme quoi, l’émancipation de la femme, c’est planétaire.

Morale

Non, décidément, Dieu n’aime pas les femmes. Heureusement qu’il y a les hommes pour les aimer un peu, beaucoup, passionnément. Enfin, les hommes dignes de ce nom, pas ceux qui excommunient, ensachent, excisent ou vendent leur fille de quinze ans à un cousin, pendant les vacances de Pâques, au bled. Ceux-là, au nom de la religion ou parce que ça les arrange, ils les bousillent. La loi de Dieu, c’est pipeau. La seule chose qui ait aidé les femmes à s’émanciper, ce sont les lois des hommes, mais surtout quand elles sont l’oeuvre des femmes. Messieurs, ne l’oublions jamais !