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Vues de pouvoir, vie de couple

Stéphane Joly explore l’amour dans le couple en réussissant l’exploit d’innover, seul avec son piano et ses passions. Luc Antoni se lance de son côté dans une esquisse du monde, tout simplement, et il en fait le tour avec dix-sept personnages.

Stéphane Joly et Luc Antoni sont des créateurs d’univers où le parti pris du spectacle radical fait un pas de deux avec avec le soucis d’une langue riche et belle, d’un humour délicat et d’un jeu sans fioriture, juste, en cohérence avec le propos. Vous plongez à la source des émotions et nagez dans une source d’idées brillantes, ça fait du bien.

Luc Antoni, « La fête continue »

Dix-sept personnages (grosse performance) pour un monde qui s’écroule dans un fracas de vérités révélant tout l’absurde qui nous entoure. Un général US confondant les Bigoudens avec Ben Laden, envahissant la Bretagne et se rendant compte de son erreur une fois les missiles partis. Rasée la Bretagne ! Mais Sarko est au 14 juillet avec dictateur à qui on ne fait pas la dictée et un général qui gêne et râle pendant que l’économie continue de tourner (de détourner ?) dans la tête d’un abruti de chef de rayon shooté aux objectifs de résultats. L’art emprunte le même chemin pour sombrer avec un intermittent qui n’a plus qu’un rayon : le supermarché, dans lequel les clochards ne peuvent plus aller… mais ?, ce n’est plus la peine ! Ils sont adoptés par les riches (et passent du trottoir au salon) qui se les arrachent et mettent le gouvernement bien en peine : la France se trouve en pénurie de clochards et doit en importer… Les problèmes insondables des riches sans lesquels les psychanalystes ne seraient rien, encore moins le général US qui soudain se met à culpabiliser pour tous les maux de l’Amérique, visage christique, gay ? Le fait est qu’il se marie, et pas avec une femme, mais devant le public qui l’a suivi dans une démarche intérieure allant de l’arrogance des certitudes des hommes dirigeant la nation et dominant le monde, à l’humilité de l’homme qui doute perpétuellement… Bref, de la bêtise à l’intelligence. Grand moment de géopolitique que la psychanalyse du général, tout aussi grand que la leçon d’économie par les faits, dans un parc, seul, sans rayon à remplir, avec des pigeons et une main, invisible la main. Luc Antoni saute d’un personnage à l’autre avec une énergie et une maîtrise confondante. On est tenu en haleine, et c’est dans un grand souffle que l’on dit « oui » !

Stéphan Joly, ou l’élégance, « Appel d’Air »

Seul avec ses arrière-mondes et son piano. Il nous emmène dans cet intime qui effraie ceux qui n’osent aimer et ne rassurent jamais ceux qui le désirent. Ceux qui savent n’y sont jamais à l’aise très longtemps, ils sont trop au courant : la passion amoureuse est un bal à réinventer chaque jour si on veut éviter qu’il ne meurt dans la monotonie ou survive dans l’illusion… Fragile, donc créatif, l’angoissé joue au dur. Elle veut une chanson ? Certes, il est musicien. Elle se construit, la chanson, seule, se frayant un chemin dans un coeur qui ne savait plus s’ouvrir. Le coeur retrouve la voie d’un bonheur qui lui manquait, avec la grâce du premier envol : hésitant, un peu gauche mais majestueux de naturel. C’est une redécouverte. Il nous emmène là où l’homme se construit et se détruit, là où les émotions sont terribles, radicales, ne mentent pas, dans cette zone où il n’y a pas d’échappatoire, et pourtant, tant de petitesses et bassesses peuvent donner à chacun tout autant d’excuses à son échappée dans la médiocrité, et justifier l’horreur : mal aimer. Un grand coeur qui se redécouvre : on aime comme on est, il suffit juste de se souvenir qui nous sommes. Un excellent musicien-chanteur, doublé d’un véritable acteur. De la tendresse entremêlée d’humour et d’une réflexion perturbante et percutante sur le couple.

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