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Ponyo sur la falaise : le monde vu par un enfant

J’ai découvert Mon voisin Totoro il y a une vingtaine d’années. Le choc absolu, un dessin animé intemporel, beau, tendre, nostalgique, et la révélation du talent terrassant d’Hayao Miyazaki. Acheté par le StudioCanal, Totoro a mis une dizaine d’années à sortir en France à cause de la mauvaise réputation du manga à l’époque (les imbéciles et les racistes parlaient encore de « japoniaiseries »), avant de percuter les salles dans l’indifférence quasi-générale. Depuis, Miyazaki, distribué par Disney dans le monde entier, est devenu un des chouchous de la critique, du public et a trusté les récompenses, de Venise à Hollywood…

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Dans le même mouvement, j’ai l’impression que ce trésor national japonais a eu la faiblesse d’écouter ceux qui prétendaient qu’il était un génie et que son talent s’est dilué, un peu comme la peinture de son pinceau dans un verre d’eau. Miyazaki a arrêté de dessiner pour les enfants de cinq ans, s’est mis à l’image de synthèse et réalisé des œuvres à messages pour les festivals occidentaux, des films embrouillés, un peu chiants, lourds, comme Le Voyage de Chihiro ou Le Château ambulant. Pour son dixième film, le magnifique Ponyo sur la falaise, Miyazaki revient aux sources de son art. Et signe son meilleur film, le plus généreux, le plus enthousiasmant, le plus léger depuis… Totoro. Chic !

Fillette et tsunami

Sosuke a cinq ans. Il habite avec sa maman infirmière en haut d’une falaise qui surplombe la mer. Un beau matin, alors qu’il joue sur la plage, il sauve une petite fille poisson rouge, Ponyo, prisonnière d’un pot en verre. Sosuke la garde dans un seau, promet de s’occuper d’elle, mais le père de Ponyo, le sorcier Fujimoto la force à revenir avec lui dans les abysses. Ponyo prend alors l’apparence d’une adorable fillette rousse, échappe à son papa autoritaire et part rejoindre Sosuke, tandis le niveau de la mer s’élève dramatiquement et que des vagues gigantesques montent jusqu’à la petite maison sur la falaise…

Une symphonie de tableaux sublimes

Voilà ! Ponyo est une fable, adaptée de La Petite Sirène de Hans Christian Andersen. Elle a la beauté des histoires simples, la pureté d’un conte de notre enfance. En dire plus serait entamer le plaisir qui ne va pas manquer de vous submerger. « Je me suis attaché à créer un univers accessible à un enfant de cinq ans, confie Miyazaki. A cet âge, on ne raisonne pas, mais on ressent instinctivement la vraie nature du monde. » Avec Ponyo, on nage dans le polysensualisme et la beauté. Pour la première fois, Miyazaki explore l’eau et la mer (dont il a plutôt peur et dont il se tient à l’écart), abandonne ses semelles de plomb et ses ordis. Ainsi, les 170 000 planches du film ont été dessinées à la main par le cinéaste, aidé de ses 70 assistants. Avec des couleurs qui évoquent Monet et Renoir, un dessin épuré, Miyazaki brosse une symphonie de tableaux sublimes, déments : l’océan se déchaîne et ressemble à un organisme vivant, avec des yeux dans les vagues (Hokusai puissance mille), des poissons préhistoriques planent sous l’embarcation de Sosuke et Ponyo, des méduses entament un ballet, la déesse des océans qui illumine la nuit noire…

Un maître de l’épure

Si la forme de Ponyo sur la falaise est admirable, le fond est également une pure merveille. A 68 ans, Miyazaki est un maître de l’épure, comme un de ces calligraphes, capables de merveilles d’un seul coup de poignet. Il signe ici son histoire la plus limpide, mais la simplicité du récit se prête à de multiples niveaux de lectures, d’innombrables interprétations et Miyazaki aborde une nouvelle fois ses thèmes de prédilection : l’écologie, la femme comme avenir de l’homme, la séparation, l’amour, l’harmonie perdue entre l’homme et la nature, la mort… En près de 120 minutes d’un émerveillement perpétuel, Miyazaki, soutenu par la musique de son complice Joe Hisashi, parvient à nous faire (re)voir le monde avec les yeux d’un enfant de cinq ans. C’est sublimement beau. En sortant de la projection, je n’avais qu’une envie, remercier Hayao Miyazaki. Et le serrer sur mon cœur.

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