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Du Viagra pour la future loi anti-bande

Le plus agréable est qu’elle nous fait rajeunir, plus que la fontaine de jouvence de Ninon de Lenclos, mieux que botox ou silicone mis en couronne autour des yeux ou des lèvres. Un exemple : à Nice, l’hyper président a annoncé la naissance d’une loi qui va permettre de punir les délinquants agissant « en bande ». Tant pis s’il existe déjà un délit, assez spécifique à notre pays, celui « d’association de malfaiteurs », une loi fourre-tout qui suffirait bien, si nécessaire, à « réprimer et punir » les débordements sauvageons…

Mais revenons au côté « jeune » de la loi. Nous sommes en avril 1970, la « subversion » menace la France : le gauchisme s’est collé sur la langue le couteau tombé des dents du PCF. Révolution dans la révolution : le gouvernement Chaban-Delmas interdit la Gauche Prolétarienne, le mouvement de ceux qui aiment Mao. Entre protester contre cette dissolution « scélérate » et la guerre du Vietnam qui continue de surfer sur son long fleuve, ce ne sont pas les motifs de manifs musclés qui manquent, c’est du temps plein. Bravant le danger René Pleven, une momie bretonne qui joue le rôle de Garde des Sceaux, concocte entre deux phases de sommeil, une loi « anticasseurs » ? Elle a pour but de chopper plus aisément la racaille de ce temps, celle qui en queue des défilés brûle des autos et défonce des vitrines.

Un nouvel article, le 314 du Code pénal, dit, en gros, que tout ce qui traîne sur le pavé d’une manif peut être assimilé à un « casseur », et puni l’animal piégé de trois mois à cinq ans de prison. La nouveauté de ce texte est qu’il introduit, pour la première fois dans l’histoire de notre vieille République, la notion de « délit collectif ». Tout organisateur d’une protestation publique, tout militant pas content, toute personne qui promène son chien au mauvais moment au mauvais endroit, peut aller en taule. Même sans avoir jeté de cailloux ni brisé un verre à moutarde. A l’époque la Corée du Nord nous jalouse une aussi jolie loi.

Ce magnifique texte, exaltant si bien les libertés, va produire un effet inverse. Alain Geismar, Jean-Pierre Le Dantec et Michel Le Bris, tous « maos », se retrouvent en cabane, incriminés par cette nouvelle loi. Et leur procès est une tribune, une occasion offerte de faire de juger la loi elle-même, avec Sartre comme procureur auto proclamé.

Avec autant de plomb durci dans l’aile, la loi « anticasseurs » va roupiller dix ans dans un placard. C’est en juillet 1981, dans la phase « de gauche » de son premier septennat, que Mitterrand supprime ce texte soviéto-franquiste.

Et l’histoire a ainsi démontré, qu’outre générer l’arbitraire, cette loi ne servait qu’à rassurer le bourgeois et c’est la figure dans laquelle nous sommes à nouveau aujourd’hui. Quelle bonne raison, outre électorale, le président a de s’agiter ainsi ? Alain Geismar, et nombre de ses amis comme André Glucksman, ne sont-ils pas devenus les meilleurs amis du pouvoir, au choix celui de Tonton ou celui de Nicolas lui-même !

Avant de voter leur loi Viagra, les députés UMP et Nouveau Centre devraient imaginer que, dans 20 ans, nos capucins de banlieue, loin des bandes, seront peut être, eux aussi, devenus philosophes ou ministres.

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