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Dominique Pouchin répond sur Geagea
Bakchich, qu’il m’arrive d’apprécier, aurait-il décidé que le "background", cette vieille lune de la vieille presse (quand elle était exigeante), est un luxe inutile pour les valeureux pionniers de l’information numérique ? La lecture de cet article me le fait craindre… Le "parti pris" revendiqué par l’auteur serait pourtant plus légitime s’il était conforté par un peu plus de connaissances et de rigueur.
Pour sa gouverne, je signalerai d’abord que le parti phalangiste (les "Kataeb")a toujours continué d’exister aux côtés des "Forces Libanaises" qui constituaient sa milice armée. Cette coexistence a même suscité tensions et règlements de comptes au fil des multiples rebondissements du conflit libanais (A la fin
des années soixante-dix, un Karim Pakradouni, dirigeant Kataeb, ne cachait guère ses sympathies pro-syriennes, quand Béchir Gemayel, patron des FL, se lançait dans une alliance ouverte avec Israel…)
UN bon coup de Geagea
Samir Geagea, qui succéda à Béchir à la tête des Forces Libanaises, n’a rien d’un saint. Il a tué et fait tuer… comme tous les autres chefs de toutes les factions libanaises. Mais il est le seul à l’avoir payé de dix ans de prison et s’est ensuite plié à une "repentance" pour les crimes passés que j’ai sans doute la naïveté de juger importante dans le contexte d’un Liban, sinon apaisé, du moins étonnamment reconfiguré.
Fallait-il lui préférer Eli Hobeika, maître d’oeuvre des massacres de Sabra-Chatila, qui lui disputa la direction des Forces Libanaises avant de devenir un agent syrien et de périr dans un attentat, sans doute commandité par ses nouveaux patrons ?
Ah ! les "inspirations mussoliennes" et les "filiations fascistes" du vieux parti phalangiste et de ses excroissances ! Merci pour ce brusque accès de mémoire (sélective). Times they’re changing, Mr Rossignol… Ce rappel-là n’était pas inutile aux prémices de la guerre civile. Mais depuis, beaucoup d’eau et de sang sont passés sous les ponts. Renvoyer aujourd’hui Geagea et son camp à ce lointain passé pour analyser le présent est aussi stupide que de continuer, en Italie, à prendre Gianfranco Fini pour un pur émule du Duce…
Walid Joumblatt, maintenant, "chef féodal des Druzes, qui change de camp avec les aléas du vent"… Oui, dans cet "Orient compliqué" où le Général disait venir avec des idées simples, la structure féodale a la vie aussi rude que ses montagnes (et l’une ne va pas sans les autres) mais les Druzes n’en ont pas le monopole. Etre né Joumblatt faisait de Walid le chef obligé de sa communauté (sans grand plaisir, je peux en témoigner) à la mort de son père, Kamal.
Une girouette ? Les Joumblatt, à la tête de ce qu’on appela la "gauche libanaise" ou, pendant les premières années de la guerre, le camp "palestino-progressiste", ont surtout payé au prix fort les retournements cyniques de la politique syrienne. Kamal l’a payé de sa vie, son fils a longtemps dû faire profil bas vis à vis de Damas mais l’assassinat de Rafic Hariri a tout changé. Walid, dont on peut certes moquer l’inconstance et les propos à l’emporte-pièce, a enfin pu hurler ce qu’il ne pouvait, jusqu’alors, que murmurer en privé…
Orient compliqué et idées simples
Qui, d’un peu attaché au Liban, se plaindra du soulèvement qui vit alors une bonne partie de la population chrétienne rejoindre sunnites et druzes pour chasser les Syriens ? N’est-ce pas - contre le vent, mais aux noms d’intérêts bien compris - le général Aoun, champion de la bravache, qui a soudain "changé de camp" ?
Bon ! Laissons l’histoire… Au fond, je crois que je n’aurais pas pris la peine d’écrire ce qui précède si votre article ne m’avait surtout laissé comme un malaise. Au détour des égarements sans grand intérêt d’un ambassadeur bientôt promis à une nouvelle affectation, vous lâchez quelques scuds (pardon, au Liban, on se contente encore du RPG et, au sud, de roquettes made in Téhéran) sur un camp libanais que vous ne semblez guère porter dans votre coeur. Un camp fort composite il est vrai (mais c’est la nature et le charme du pays qui le veut)mais qui, Dieu merci, ne risque guère de souffrir d’un tir aussi nourri que mal préparé (méconnaissance du terrain, sans doute…) Reste l’essentiel : ce qui n’est pas dit. Dois-je lire, en creux, que vous souhaitez de beaux jours au camp d’en face ? Celui de l’alliance du Hezbollah et de Mr Aoun, béni par les ayatollahs et sanctifié par les fiers laïcs du Baas syrien ? Si tel est le cas, vous n’êtes en effet plus le seul. La real-politik a de dures contraintes, n’est-ce pas, et si le prix à payer pour avoir "la paix" est de ramener les Moukhabarats d’Assad dans les rues de Beyrouth, bah !…
Derrière les ricaneries sur un ambassadeur peu diplomate, peuvent se cacher des intentions moins drôlatiques (que je préfère encore croire éloignées de l’esprit de Bakchich…)
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