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Star Trek : la petite Enterprise de J. J.

« Mon divorce m’a coûté une planète. » Depuis des années, les geeks et les branchés tentent de nous persuader que J. J. (pour Jeffrey Jacob) Abrams est quelque chose comme le messie du ciné et de la télé, voire le nouveau Spielberg. Créateur d’Alias et de Lost, réalisateur de Mission : Impossible III, producteur de Cloverfield, Abrams, 42 ans, look de comptable, transforme tout ce qu’il touche en paquets de dollars. C’est en fait l’employé du mois des studios à la ramasse qui doivent réactiver la franchise Mission : impossible, bousillée par Tom « La Sciento, c’est trop cool » Cruise, faire un film de monstres japonais après le caca katastrophik de Roland Emmerich, ou remettre au goût du jour cette vieille baderne de Star Trek et ses persos rigolos en pyjama.

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Star Trek
© DR

Roi du marketing, J. J. est très malin, mais il utilise à chaque fois les mêmes (grosses) ficelles : repartir à zéro, faire jeune, être cool. Pour Star Trek, J. J. revient donc aux sources de la mythologie Star Trek, à savoir à la rencontre originelle entre le capitaine Kirk et Spock, leur jeunesse. Pas vraiment original puisque c’est le « concept » que nous déclinent tous les studios de films de super-héros, notamment le dernier Superman, Iron Man ou le très mou du genou Wolverine.

Les ados de l’espace

Le jeune James Tiberius Kirk est un rebelle, un vrai. Il n’aime pas les ordres, fait de la moto sans casque, drague les gonzesses et se bagarre le samedi soir dans les bars. Bref, c’est un héros américain. Mais c’est surtout un teenager. Et voilà le coup de ripolin de J. J. : faire de tous les personnages de Star Trek des ados de l’espace, tyrannisés par leurs hormones. Cela donne un coup de jeune à la série vieille de 43 ans et surtout, cela permet au public bouffeur de pop corn de s’identifier totalement aux héros. Pour le reste de l’histoire, J. J., épaulé par les deux scénaristes de Transformers - des pointures, donc - lâche ses cadets plein de sève à la poursuite de Nero le Romulien (je vous jure), un malfaisant tatoué qui fait disparaître les planètes en générant des trous noirs. La galaxie serait-elle en danger ? Peut-être, mais un peu moins que le scénario et que l’intelligence du spectateur.

Un teen-movie à 150 millions de dollars

Pour masquer le vide sidéral du script, J. J. fait un teen-movie à 150 millions de dollars, du pur J. J. Au programme, des blagues pas drôles (voir la citation en début d’article, oui, tout là-haut), des gags tout pourris (l’allergie de Kirk et ses mains qui gonflent), des acteurs jeunes et jolis à regarder, mais qui n’ont pas grand chose à jouer (Chris Pine, épatant dans Mi$e à prix, arbore le même air constipé pendant 2h10), des effets spéciaux pas top, pourtant réalisés par ILM, et un coup de théâtre toutes les dix minutes, avec de la musique TRES forte, pour réanimer le spectateur hagard. Pas vraiment fan de la série qu’il trouve « fun, mais sans plus », J. J. pique ses idées à droite et à gauche, pille l’industrie du jeu vidéo et nous ressert des scènes entières de Star Wars, Le Trou noir, Sphère, Alien… Son Star Trek s’apparente à une attraction de fête foraine : c’est coloré, vulgaire, rapide, mais surtout vide et vain. Et oublié dès que l’on descend du manège.

Abrams vs Spielberg

Pour finir, un mot sur la comparaison J. J. Abrams-Steven Spielberg. À 24 ans, Spielberg bouclait Duel en 12 jours pour la télé et trois ans plus tard, il signait Les Dents de la mer, plongée au cœur de nos peurs les plus troubles, sublimée par une mise en scène de génie. J. J. est quant à lui un as du marketing, capable d’enrober une vieille merde et d’en faire un produit d’appel frais et parfumé. Un cinéaste ? C’est celaaaaa, oui.

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