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La SNCF se concentre sur les toilettes des TGV

L’État-major de la SNCF n’a pas pu résister plus longtemps à la nécessité de satisfaire cette envie. Le 19 mai, l’un de ses membres, Mireille Faugère, la patronne des TGV convoque la presse pour présenter les derniers modèles de WC de ses trains. Tout, on saura tout sur le nouveau design des lieux d’aisance à grande vitesse.

Sujet en dessous de la ceinture qui ne vaut pas une conférence de presse maugréent certains confrères en se pinçant le nez. Erreur ! L’évacuation des fluides usagers de ses passagers mobilise la matière grise d’une partie de la boîte. Depuis des mois, les têtes pensantes de la SNCF sont en effet en selle sur la question. Et dans cet effort de concentration collective, son PDG, l’étonnant Guillaume Pépy s’avère sans doute le plus inspiré. En tout cas pas le moins travaillé par le sujet.

Certains journalistes privilégiés se souviennent encore avec quelle verve Pépy a un jour laissé fuiter « en off » des informations sensibles. « Imaginer les chiottes de demain est une affaire passionnante. Cela pose un tas de question à ceux qui élaborent le cahier des charges du TGV du futur que nous allons commander. Ce sera la commande du siècle. Il nous faut concevoir des WC dont le concept sera encore valable dans les 30 ou 40 prochaines années du XXIème siècle. Comment seront-ils ? Faudra-t-il séparer les toilettes pour les hommes et ceux des femmes ? » C’était l’an passé en marge d’un voyage de presse et Pépy alors numéro deux d’Anne-Marie Idrac, lorgnait le trône occupé par sa future ex-patronne.

La course à la chasse d’eau

Las, une triste nouvelle est tombée récemment, origine d’une grosse frustration qui empêche une concrétisation massive alors que l’inspiration est là. La crise a frappé et la SNCF a renoncé à passer sa commande du siècle. Plutôt qu’une vague géante, elle émettra des appels d’offre espacés dans les temps portants sur des chapelets de quelques rames.

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© Nardo

Il n’empêche, plus que jamais la question des WC à grande vitesse demeure hautement stratégique dans la perspective de l’ouverture des vannes. Les lignes TGV européennes vont être totalement ouvertes à la concurrence. C’est d’ailleurs pour bientôt. Dès 2010, les italiens ont prévu d’arriver en France pour contrer la SNCF avec leurs rames rapides entre Turin et Paris. Et puis la Deutsche Bahn est aussi en embuscade avec ses ICE.

Une sacrée bataille en perspective. Pour attirer les foules, tout le monde va faire valoir ses atours : les prix les plus bas, le train le plus rapide et le plus à l’heure. Mais le fondement de cette guerre commerciale et technique se trouve aussi sous la lunette des commodités. « Celui qui l’emportera sera aussi celui qui aura les WC les plus performants », raconte sans rire un spécialiste du rail.

La chasse à cours d’eau

Qu’on en juge, tous les trois jours environ, la SNCF doit renvoyer ses TGV aux ateliers pour vidanger les toilettes chimiques des contributions apportées par une clientèle féconde. Ce qui finit par coûter cher en productivité. Et si elle ne le fait pas, elle doit condamner les WC et qui dit plusieurs toilettes fermées dans une rame, dit train fermé au trafic commercial. Une sacrée tuile.

C’est pourquoi, comme dans les meilleurs James Bond, la boîte fait phosphorer ses ingénieurs basés dans un centre de recherche près du Mans, pays des rillettes. Leur mission : trouver les technologies - vertes si possible - capables de réduire à néant la matière fécale afin d’espacer le rythme de retour des trains dans les ateliers, au fond à droite. Aux dernières nouvelles, ces génies auraient dégotté les bactéries bouffeuses de crottes. Elles permettront ainsi aux TGV du glorieux service public français de multiplier, et sans risque de débordement, les longs trajets à travers l’Europe, comme par exemple des allers et retours Barcelone-Rotterdam.

Apprendre aux trains à se retenir le plus longtemps possible, c’est aussi ça la conséquence de la politique de libéralisation du rail imposée par Bruxelles.

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