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Luxe et développement durable : vers une aube nouvelle
Sachant que plus un individu est riche, plus son empreinte écologique est importante, il est vital d’aider les plus fortunés à prendre la voie de l’écologie.
Sauf que le monde entier se fout des riches. On les épie, on les envie, mais personne ne leur tend la main. Heureusement, la France, la grande France, organisait à leur intention, les 15, 16 et 17 mai, le premier Salon du Luxe et du Développement durable jamais imaginé. C’était à Paris. Dans l’un des plus beaux fleurons culturels de la capitale : le Palais de Tokyo. Aucun vrai riche, bien sûr. Les jets privés de nos amis fortunés ne passaient pas par Paris ce week-end.
Le Greenwashing, ou l’art de se faire de l’argent en enrobant un produit d’un délicat fumet écolo
Mais on vit flopées de bobos bavant sur les dernières inventions du Greenwashing, ou l’art, pour des entreprises de tout poil, de se faire beaucoup de pépètes en enrobant leurs produits d’un délicat fumet écolo.
Au menu, donc : des crèmes de jour aux diamants, du somptueux design italien en propyléthylène pas très naturel, le premier hors-bord à propulsion solaire du monde, une voiture électrique au prix de base de 84 000 euros HT après bonus écologique, dûment recommandée par David Hallyday, Mathieu Kassovitz et le Prince Albert de Monaco, ou encore de beaux bijoux en or bio - car extrait de manière artisanale ou bien recyclé. Les stands les plus intéressants ? Ceux des voyagistes sur mesure, qui proposent de rencontrer l’Autre, l’indigène du bout du monde, dans toute l’intensité d’un échange devenu enfin humain.
Où sont passés les indigènes
Sauf que nulle trace d’indigène sur les photos d’île déserte ou de brousse qui ornaient les stands. Qu’on se rassure, il y avait mieux : des images de cave à vin, grands crus garantis, prises dans un lodge des Maldives. Mauvaise joueuse, l’ONG WWF France, co-organisatrice du Salon, a tiqué sur la participation des voyagistes, au prétexte que l’avion pollue trop. Minoritaire, elle a dû les accepter.
Les plus sarkozystes d’entre nous frissonnèrent d’aise en découvrant le stand de l’hôtel Fouquet’s Barrière. L’établissement propose des plats bios, et le service de limousines hybrides ou de e-Solex au moteur tout électrique. Mais le premier cinq étoiles venu vous le dira : le développement durable (DD) est une lutte. Vu le tarif qu’il paie, on ne peut rien imposer au client, en droit de recevoir un service tip top, loin de toute contingence écolo. Au stand Kuoni, où les gentils organisateurs feuilletaient les magazines people pour deviner qui a subi un lifting – veille sanitaire qui, ma foi, relève aussi du développement durable – on confirme : le riche grogne s’il n’a pas la télé à écran plasma et la PlayStation dans la chambre dans son paradis nature des antipodes.
Grattez DD
Heureusement le développement durable a l’esprit ouvert. Vous pouvez bouffer du kérosène mais, si vous accordez une obole aux locaux, le gentil DD vous reconnaît comme sien puisque vous vous livrez à une activité socialement responsable. Car le DD trône sur quatre piliers : écologique, économique, social et culturel. Ces deux derniers furent à l’honneur dans la première partie du Salon, consacrée à l’Art. Les larmes nous envahirent devant l’installation de Pascal Bircher. L’artiste avait allongé sur le sol une combinaison d’ouvrier. Le bleu de travail, qui avait appartenu à un ouvrier de chez Renault, était truffé de ballons qui se dégonflaient progressivement. « Cette œuvre, signalait le cartel, rappelle que les enjeux sociaux, notamment liés aux conditions de travail, sont au cœur du développement durable. » L’avenir s’ouvre donc sur un monde meilleur. Et vous êtes bien con de ne pas avoir payé 25 euros pour visiter ce Salon, et 20 autres pour son mini catalogue sur papier recyclé. Le petit peuple ne rêvant que de copier ceux d’en haut, le Salon nous offrait là rien de moins que de découvrir notre imaginaire futur, porteur d’une aube nouvelle.
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