Vous êtes ici
Le Monde Alzheimer
Ainsi, « Le Monde » notre cher quotidien ami, notre viatique et notre bréviaire, a-t-il atteint l’âge de la retraite ! Ce qui explique ces poussées d’Alzheimer dont il est de temps à autre la victime. La dernière crise s’est manifestée, justement, à l’occasion de la célébration du 65e anniversaire de notre cathédrale, de notre chef-d’œuvre en papier dévoré. Le quotidien du crépuscule a sélectionné les « unes » qui, le pense-t-il, ont marqué l’histoire du monde. Donc du « Monde ». Et croyez moi, l’oubli (pardonné pour les raisons médicales sus citées) est intéressant : pas une « une », pas un mot sur les guerres coloniales. Pour nos enviés confrères du boulevard Blanqui, Dien Bien Phu n’a jamais existé et l’Algérie n’a cessé d’être une terre de concorde, une aire de jeux où l’on s’est toujours amusé à la recherche de la casquette du père Bugeaud.
"Le Monde" change Debord
Alors ? Ce n’était pas intéressant de montrer Mitterrand en train de donner des ordres au bourreau, activant derechef (c’est le cas de le dire), le cordon de la guillotine à terroristes ? Et ses bons amis, Guy Mollet (père fondateur du PS) et Robert Lacoste, ils ne méritaient pas, eux aussi, un petit flash back montrant au boulot les pacificateurs (de gauche) de fellaghas ?
Pour « Le Monde », l’Algérie n’est peut-être pas une guerre, mais rien qu’une opération de police. Comparable à celle qui vient de déloger de la place de la Couture, au Mans, la crème des producteurs de lait en colère.
Ah, j’oubliais, ma mère m’a appris que c’est bien mal de se moquer des malades. Je vais donc prendre la défense de notre phare, celui qui nous éclaire si bien de ses éclats que sont les fulgurants écrits de Fourest ou les reportages si éclairants de BHL (pardon pour les Ouessant ou Jument oubliés). Ainsi, j’exige de nos élites, autant dire de MAM et Rachida, le retrait de la vente d’un livre insupportable, lui qui vient briser en barbare le noyau dur de ce qui constitue nos valeurs, notre identité et méprise nos meilleurs penseurs, nos antibrouillards. « L’ouvrage » porte un titre qui est aussi un aveu : « Guy Debord. Oeuvres ». L’immondice est publiée par Gallimard, un anarchiste connu, qui montre ainsi, drapeau noir ou pas, que pour lui l’argent à toujours l’odeur du jasmin…
Que trouve-t-on à la page 1549 de ce pavé qui fait la honte de l’édition : « Maintenant que certains écrivent dans « Le Monde », par une malheureuse coïncidence ce journal s’écroule. Il a enfin perdu, entend-on dire, le respect de ses lecteurs, que déjà pourtant il ne méritait guère vingt ans plus tôt, mais enfin il avait su faire illusion. Il n’en a plus les moyens. » Au début de la phrase, le sinistre Debord fait allusion à quelques magnifiques écrivains, chassés des éditions « Champ Libre », ayant trouvé refuge au « Monde ».
L’immonde Debord a écrit ses lignes en 1985. Dommage et bien fait qu’il se soit ensuite tiré une balle dans la tête. Car, si l’auteur de « La Société de Spectacle » (autre saloperie) lisait aujourd’hui notre « Monde » tel qu’il est, enfin vivant, pugnace et totalement intransigeant, il n’aurait plus qu’à fermer sa gueule.
L’ai-je bien défendu ?
A lire ou relire sur Bakchich :




