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POPE STAR
Titre malheureux, dans lefigaro.fr du 20 mai : « Pour toucher les jeunes, Benoit XVI lance pope2you.net ». Alors que toutes les télés ont fait un « sujet » sur la publication d’une enquête copieuse (cinq gros tomes) répertoriant les sévices de tous ordres, et notamment sexuels, imposés dans leurs établissements d’enseignement par des prêtres et des religieuses catholiques, en Irlande… Certes, en ce domaine, la réputation du clergé catholique n’est plus à faire, et on peut comprendre que, vu les conditions des rapports sexuels dans cette tradition, la question du préservatif est bien secondaire : en mettre un serait d’une élégance morale qui n’est pas au menu. Vétilles que tout cela. L’urgence, c’est de « combler le fossé qui s’est creusé entre les jeunes et le Vatican » : donc, comme l’affirme joliment l’article, le Vatican a décidé de « reprendre les choses en mains » pour « booster » sa présence sur Internet, en appelant les jeunes à promouvoir une « culture du respect ». Des mots bien choisis…
Les mains sales
Et voilà, on va encore dire que je bouffe du curé. Je n’ose répondre du tac au tac : et les curés, ils bouffent qui ? Soyons sérieux : quelle autre corporation survivrait à l’évidence de telles abjections ? Pendant deux siècles, on a écouté les soutanes de toutes couleurs qui exigeaient que l’on jette Sade au bûcher. Mais dans les collèges irlandais (et pourquoi seraient-ils seulement irlandais ?) on est allé bien au delà de Sade, qui n’est pas spécialement pédophile. Et avec un sens de la charité qui force l’admiration, puisque ces tortures étaient imposées à des gamins qui, au départ, avaient le malheur d’être orphelins, et présentaient l’avantage d’être absolument sans défense, étant coupés de tout lien affectif avec la société des humains ordinaires. Leur grand malheur, c’est d’être tombés entre les mains de ces « éducateurs » avec lesquels, comme le soulignait avec à propos Sarkozy en léchant le Saint Siège, l’instituteur laïc ne peut rivaliser. En effet, les éducateurs laïcs sont sévèrement punis, lorsqu’ils péchent. Dans l’église catholique, des tripoteurs deviennent cardinaux. Voilà l’effet de la « spiritualité » : elle induit une autorité qui n’est jamais coupable et, se plaçant au dessus de l’ordinaire morale des petits cons qui ne croient en rien, elle n’a même pas besoin de s’excuser. Il lui suffit de distinguer la loi divine, supérieure, des lois humaines, simple bricolage social, pour « diriger les consciences » et distribuer les indulgences à son gré. Qui manque de respect, et envers qui ? Vaut-il mieux croire et fermer les yeux, ou dénoncer un immonde abus de pouvoir permanent qui ne mérite, pour le coup, aucune tolérance ? C’est ça, la « culture du respect » ?
Mais qu’on se rassure, les cathos ne sont pas pires que les autres. Toute religion, on le sait depuis Lucrèce (pas la Borgia, fille d’un pape débauché et sans doute incestueux comme son fils, mais le païen de la Rome antique, philosophe épicurien mis à l’Index), ne bâtit son autorité spirituelle qu’en fermant les yeux sur les crimes qui lui profitent. L’auto-absolution reste, tout de même, une grande spécialité vaticanesque, et l’on a vu Benoit traîner la mule pour désavouer l’excommunication scandaleuse prononcée par son prélat brésilien ou nuancer sa sympathie pour Adolf Wiliamson. L’ennui, c’est que le président de tous les Français (donc, de quarante millions d’incroyants) s’autorise à porter les valises de cette église de plus en plus moralement déficiente, et de plus en plus réactionnaire depuis l’avènement du webmaster de pope2you.net, qui va avoir un succès fou à Dublin.
La nausée
Il faut rappeler que la « culture irlandaise » se veut exemplaire de ce que peut le catholicisme : la voix du prêtre, depuis saint Patrick et saint Brendan, est celle qui, dans l’île, s’arroge la plus haute autorité, et constitue, avec le choc des pintes dans les pubs, le bruit de fond de la vie sociale et politique de l’Eire (au nord, ce sont les pasteurs anglicans, qui ne valent pas mieux) . Confits dans l’addiction à cette église toute-puissante, les Irlandais, peuple par ailleurs jovial, se sont taillé de belles réputations : les Monty Python, dans un sketch fameux du Sens de la vie, avaient stigmatisé brillamment leur tendance à se reproduire sans mesure, le péché commençant avec le coïtus interruptus et finissant avec l’avortement, toujours interdit dans ce pays de haute moralité chrétienne. L’on rappellera, pour mémoire, que si elle fait l’amour à sa façon, l’église irlandaise a aussi fait la guerre, en enflammant un terrorisme meurtrier qui permit à l’Europe d’abriter pendant des années une guerre civile, sans en avoir l’air, avec des martyrs qui n’étaient pas des saints. « Tuez-les tous, Dieu reconnaitra les siens », la sympathique sentence de saint Dominique ( parfaitement dans l’orthodoxie vaticane, donc !) n’a pas seulement allumé les bûchers des cathares, elle a fait sauter, en Irlande, des bus d’écoliers, endeuillé des milliers de familles, tué et mutilé à tour de bras, entre deux processions et juste après la messe. De tout cela, le Vatican ne s’est jamais vraiment ému : on se demande pourquoi un pape aurait scrupule à béatifier un Pie XII peu regardant face aux nazis, alors que tous ses prédécesseurs ont regardé la guerre civile irlandaise sans jamais s’inquiéter du sang que leur Eglise avait sur ses mains…
Le diable et le bon dieu
Mais voici que le Papou.net se lance sur la toile. Pour le moment, il y a un message demandant aux jeunes de se faire les « hérauts » de Dieu sur la toile, et sa version anglaise récitée par un prélat lugubre. Pas très bandant. Mais, bientôt, waouh, il va y avoir une application iphone qui vous permettra de suivre, en temps réel, l’actualité vaticane . Vous vous emmerdez à attendre le bus ? Vite, faites glisser votre doigt sur votre bidule (je veux parler de votre iphone, mademoiselle, monsieur), et vous saurez ce que Benoit à mangé à midi, s’il a bien fait popo, s’il médite une bulle précisant les limites éthiques de la consommation de cachou ou les devoirs de mémoire des séminaristes congolais, qui, paraît-il, en ont fait de belles, il y a quelques années, au bon temps des massacres inter-ethniques (qui n’ont officiellement pas plus existé que les turpitudes irlandaises). Avec un peu de pot, vous aurez en-direct-live ses considérations sur la conduite de ses fils et filles de l’Eire et de leurs pasteurs certifiés. Non, je rigole : au mieux, le Saint-Siège, tel un bidet poussif, pondra un gargouillis de repentances molles, en assurant que tout ce purin est une exception malheureuse issue d’un triste concours de circonstances, et patati, et patata, en tout cas cela ne se reproduira pas davantage que ces malentendus fâcheux entre Rome et Nuremberg.
Mais peut-être verrez-vous le Pontife se déchaîner contre une pub représentant Jésus sur un vélo, façon Jarry, ou douze gonzesses à table, façon Cène de Vinci, ou encore une affiche annonçant les divagations de Tom Hanks dans la basilique Saint-Pierre. Oh pardon, je me plante : c’est la RATP qui a censuré, sur l’affiche de ce navet, les mots « CE QUE LE VATICAN NOUS CACHE », pour « ménager la sensibilité » de ses usagers. Voilà une entreprise en parfaite osmose avec l’actualité : avant même qu’on lève le voile sur les cochonneries irlandaises, l’agence de pub de la RATP savait qu’il ne fallait pas, comme on dit, dessiner l’ombre du diable sur ses murs…
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