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Université d’Auvergne, les coulisses d’une fac modèle

Elève modèle, la fac d’Auvergne collectionne les bons points. Première à passer sous le régime de l’autonomie, première à créer sa fondation pour lever les fonds d’entreprises privées, elle est aussi en pointe sur le développement à l’international.

Quand la Sorbonne ressort les barricades contre la loi Pécresse, le président de Clermont1, Philippe Dulbecco, se répand à longueur d’interviews sur les bienfaits de la LRU : « Projet consensuel que la grande majorité des acteurs de l’enseignement supérieur appellent de leurs voeux depuis de nombreuses années » prophétisait-il hâtivement en début d’année dans les colonnes du Monde. Enfin, preuve que cette fac a décidément tout bon, le président a été promu au rang de chevalier de l’ordre national du mérite par son grand copain auvergnat, Brice Hortefeux, alors ministre de l’Immigration.

Une fac modèle…de dysfonctionnements

Reste qu’un certain nombre d’éléments dont Bakchich a pu prendre connaissance écornent un peu l’image du « modèle » érigé par le ministère. Publié à l’été 2008, mais étrangement boudé par la presse locale un rapport de la chambre régionale des comptes (téléchargeable à la fin de l’article) contient pourtant quelques perles sur la gestion pour le moins hasardeuse de la fac auvergnate. « la chambre a constaté l’existence symbolique de budgets de gestion », note d’emblée le rapport avant de pointer une série de « dysfonctionnements » propres à sérieusement ternir l’image de la fac.

On y apprend ainsi que certains profs ou administratifs, et certains seulement, touchent des salaires plus que confortables comparés à la rigueur salariale en vigueur à l’université grâce à un système opaque d’heures complémentaires. Ainsi, relève le rapport, le directeur de l’IUP déclare chaque année quelques 300 heures sup’ soit l’équivalent de deux postes et demi d’enseignants et ce, alors qu’il collectionne déjà les fonctions administratives . « Un tel cumul d’activités ne manque de susciter des interrogations sur les conditions dans lesquelles une seule personne peut, réellement et effectivement, assumer une charge de travail aussi importante ». La chambre s’étonne d’autant plus qu’« En tant que directeur de l’IUP il est le seul à attester du service fait ». Voilà qui simplifie les choses.

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© Nardo

Alors que la loi n’en autorisait que trois, le président de l’université s’est - folie des grandeurs ? - entouré de pas moins de douze vice-présidents, un titre assorti, à défaut d’une mission claire, d’une prime annuelle de 6100 euros. Plutôt rare dans la fonction publique. Contacté par Bakchich, le président de l’université a jugé ces sujets « complexes et inutilement polémiques ».

Liasses de billets

Sauf que le plus savoureux n’est pas là et a, en grande partie échappé à la chambre régionale des comptes. La présidente, Françoise Leprêtre, reconnaissait d’ailleurs « n’avoir pas enquêté dans cette direction ». A l’instar de plusieurs autres facs moyennes, l’université d’Auvergne pour pallier l’effondrement de ses effectifs a multiplié depuis quelques années les partenariats avec des facs à l’international. (Lire notre enquête sur le trafic de faux diplômes) Résultat : 3000 étudiants sur les 15000 que compte la fac sont étrangers. L’université d’Auvergne s’est fait une spécialité des diplômes délocalisés en Europe de l’Est où elle a ouvert des antennes en Roumanie, Biélorussie et Ukraine.
Selon plusieurs témoignages, les conditions dans lesquelles les diplômes sont délivrés dans ces antennes sont pour le moins troublantes. Un enseignant raconte avoir vu des étudiants roumains venir s’inscrire avec des liasses de billets. Pour le président de la fac, aucun problème :il s’agit là « simplement d’un problème de non-convertibilité de la monnaie ».

Quelle que soit la monnaie utilisée, un certain nombre d’enseignants soupçonnent qu’une grande partie des sommes apportées par ces étudiants échappent totalement à la comptabilité de la fac.« Il existe tout un système d’associations sur place pour recueillir de l’argent », explique un prof d’économie. Là encore le président de l’université qui a pris ses fonctions en 2007 assure avoir commencé à faire un peu de ménage. Reste que le responsable de ces programmes délocalisés, pas vraiment en disgrâce, s’est récemment fait offrir un magnifique 4X4 en guise de véhicule de fonction par l’université. Dommage que le Bling-Bling soit - un peu - passé de mode en Sarkozie, on aurait pu croire à un nouvel excès de zèle de cette fac décidément modèle.

Pour télécharger le rapport de la chambre régionale des comptes cliquez ci-dessous :

Le rapport de la chambre régionale des comptes - PDF - 438.4 ko
Le rapport de la chambre régionale des comptes

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