Vous êtes ici

Tarantino dans le viseur

Je trouve que Quentin Tarantino ressemble à Heaulme, un célèbre serial killer français, un vagabond qui tue pour marquer son territoire comme le chat pisse au coin du mur. Je déteste ce type et tous ceux qui font du cinéma comme lui, avec le sang des autres. Ses proches vont attester que c’est un garçon formidable, un ami charmant, un mari tendre et un père aimant. Et qu’il n’aime pas Bush ce qui est très mode depuis que W. n’est plus à la Maison Blanche. Que je ne suis donc qu’un abruti très réac’…

J’ai oublié l’année, c’était sans doute il y a plus de 20 ans. Je rentrais d’un long reportage au Liban avec pour bagage en tête, un joli tas de cadavres, de corps coupés en deux, de cervelles jaillissantes. Valise posée, j’ai éprouvé le besoin de me détendre. Quoi de mieux qu’un film policier américain ! La notule de Pariscope fait l’éloge de Reservoir Dog de Quentin Tarantino, une production vraiment au poil. Je file aux Champs Elysées pour m’asseoir dans une salle pleine.

Après quelques minutes, je me demande si le pilote de mon avion ne s’est pas trompé d’aiguillage, atterrissant en Tchétchénie plutôt qu’à Paris. Je vois les oreilles coupées au rasoir, les gens que l’on saigne avec calme, que l’on torture. Le pire, à en vomir, c’est la salle qui hurle de rire, les gens qui se tapent sur les cuisses. J’ai pensé-là qu’Hitler avait de l’avenir.

Le sang suinte des écrans pour couler dans les écoles

Je vous entends rire encore sur ma morale de vieux connard. Mais je vous jure que, quand on connait la violence live, celle du sang qui colle, on ne supporte pas les Tarantino et autres. Vous allez me parler de « distanciation » de « second degré », « d’exorcisme ». Me dire que Tarantino montre la société telle qu’elle est, violente. Pipeau. Ces mecs font tout simplement du fric sur des schémas marketés par les industriels de Hollywood. Elie Suleiman, le palestinien oublié du palmarès de Cannes (vous me direz, un palestinien oublié c’est un pléonasme), fait-il des films avec les cadavres de Sabra et Chatila ou de « Plomb Durci » ? Non. A force de compter les morts, il n’a plus assez de doigts et fait des films où c’est le tragique qui fait rire, cet humour qui est la politesse du désespoir.

Si Tarantino est ma tête de gondole, Cronenberg n’est pas mieux, Canal+ vient de diffuser son film sur la mafia russe s’étripant à Londres : une horreur humaine et cinématographique… Mais c’est vrai que l’un ne va pas sans l’autre.

Je vais vous raconter comment vivent ces propagandistes de la violence virtuelle. Dans de belles maisons proches de la mer. Avec des gardes du corps armés de M16 qui font de régulières patrouilles. Si un rastaquouère force le grillage de ces messieurs, pour voler un poireau, on alerte la cohorte des autos hurlantes, à gyrophares, comme au ciné. L’eau de la piscine de ces mecs se chauffe aux dollars produits par la misère du monde. Avez-vous vu Tarantino ou Cronenberg faire un tour en Irak, au Sri Lanka à Gaza ? Pas assez de palaces et trop de cette boue qui salit les bottines en croco ?

Quant aux critiques, ils sont victimes du syndrome de Stockholm et donc amoureux de leurs bourreaux. Saint Télérama lui-même, toute vieille vertu chrétienne bue, nous balance des trois étoiles sur ces mers de sang. Et pour en rajouter dans le genre archi vieux con, je vous pose une question du genre « Les Dossiers de l’Ecran » : à votre avis combien de mômes qui se baladent avec des couteaux de cuisines dans les cartables ont vu des crimes au ciné, genre Reservoir Dog ? Une toile vraiment hilarante.

À lire ou à relire sur Bakchich.info :


Ce mercredi Quentin Tarantino et sa bande d’Inglourious Basterds : Brad Pitt, Diane Kruger, Mélanie Laurent, Christoph Walz, doivent monter les marches à Cannes pour la projection du dernier opus du réalisateur américain. Hommage par PieR (…)

Cannes comme si j’y étais.

Florilège de déclarations absolument passionnantes et de répliques entendues sur la Croisette et dans les films en compétition.