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L'Ardèche : ses marrons, ses gorges, ses balles perdues...

Au premier rang, à droite, une brochette de moustachus est venue soutenir l’auteur du tir. Dans le reste de la salle, des amis, de la famille du jeune homme de 25 ans et des « usagers de la nature » interpellés par cet accident mortel d’un non-chasseur, une triste première en Ardèche.

Deux thèses s’affrontent au cours de l’audience : le chasseur maintient avoir pratiqué un tir fichant, c’est-à-dire en direction du sol (qui en l’espèce se trouvait être un talus de 4 à 5 m de hauteur), visant un ou plusieurs sangliers. Il suppose que c’est un éclat qui a atteint mortellement le jeune homme, au travers d’impénétrables fourrés. L’épaisseur de la végétation expliquerait qu’il n’ait pas vu arriver le cycliste sur le sentier. Il admet qu’il s’était mal représenté les lieux et n’imaginait pas que le sentier, large de deux mètres environ, fut si proche. C’est pourtant un habitué, qui chasse dans la région depuis trente ans.


Ses avocats soulignent que le sentier est privé, que la battue en cours était signalée (les gendarmes ont cependant estimé que les panneaux, cachés par la végétation, étaient peu visibles). Ils mettent en cause l’expertise balistique, effectuée sans déplacement sur le terrain ni autopsie mais d’après photos et analyse du T-shirt de la victime. Arguties sur la balle – déviée ou pas par le sol, les branches ? – la possibilité d’un ricochet… Ils plaident le concours de circonstances, la fatalité, et non l’erreur humaine ou l’imprudence.


Autre son de cloche. La fédération de chasse, constituée partie civile, met en cause le chasseur, et non les règles. La ligue Roc, anti-chasse, met en cause le chasseur et les règles. La famille soutient qu’une imprudence a été commise par le chasseur : tir non-fichant, absence de visibilité. Pas de fatalité. Simon Dellis, qui roulait avec Fabio Butali ce jour-là, est mis en cause par la défense : il a fait courir sciemment des risques à son ami ! Il ne flanche pas : « quand on pratique des sports de pleine nature, il y a des risques qu’on peut accepter et d’autres qui ne devraient pas exister. »



Le procureur rappelle la solide tradition alcoolique du milieu de la chasse en reconnaissant que, dans ce dossier, l’alcool n’est pas en cause. Il demande le maximum : 5 ans d’interdiction de permis de chasse et de détention d’arme, et deux ans de prison avec sursis. Jugement le 18 juin.


Au final, qui blâmer ? Le chasseur, sans doute. Le tir fichant a été négligé, ou l’on n’en serait pas là. La visibilité manquait. Mais les règles ? La ligue Roc met en cause le laxisme de la législation et les règles non-contraignantes, établies le plus souvent par les chasseurs eux-même : à chaque accident de chasse, il observe le même enchaînement de négligence entraînant l’accident. Les responsabilités se partagent entre le législateur, le chef de battue, et ses différents participants.


Pour y remédier l’Aspas (Association de sauvegarde et de protection des animaux sauvages) réclame, relayée par différentes associations sportives, l’interdiction de la chasse le dimanche sur tout le territoire. Et pétitionne.

Quelques chiffres :

Les accidents de chasse en 2005-2006 (derniers chiffres officiels disponibles) ont fait 24 morts et 145 blessés, dont 61 graves, à peu près dans la moyenne des dix dernières années. La majorité des victimes sont des chasseurs.
Une balle de carabine à gros gibier reste mortelle à 2km de distance. Paradoxalement, ce type de munition est moins dangereux que la désormais proscrite chevrotine, moins puissante, qui ricochait plus facilement et causait plus de blessures, aux dires de la fédération de chasse.

À lire ou à relire sur Bakchich.info :


Le 26 octobre 2008 Fabio Butali était abattu d’une balle à sanglier dans le dos, tirée à 20m. Rassemblement devant le palais de justice de Privas jeudi 5 mars à 12h30 pour réclamer l’arrêt de la chasse le dimanche. DERNIERE MINUTE le procès est reporté à (…)

Le sanglier est-il aux champs ce que le rat est aux villes ? Oui car il se reproduit comme un lapin et dévaste des champs cultivés avec labeur. Combien sont-ils ? Mystère. Pas de chiffres officiels. Mais les chasseurs se régalent et les paysans (…)
Les écolos voudraient faire la loi : c’est bien normal, c’est la vocation d’un parti politique (sauf s’il ramasse des miettes électorales). Mais en Béarn, certains voudraient rendre la justice. Après un premier non-lieu en 2007, le chasseur qui a tiré (…)
C’est la deuxième fois que je lis dans Bakchich un papier un peu gonflé sur le pastoralisme et les loups. Après Séverin Buzinet qui brocardait les dangereux patous (chien de protection des troupeaux) voilà qu’Emile Borne pond un papier à charge contre (…)