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Mougeotte, le bleu lui va si bien

La preuve qu’Etienne Mougeotte est un phare, qu’il a fait souche dans notre presse, l’exemplaire, c’est que Nicolas Sarkozy peut compter aujourd’hui sur un tas de Mougeotte. Des types comme lui, pugnaces, prêts à affliger les puissants et à réconforter les misérables. Le nouveau journalisme se mesure à l’étalon Mougeotte.

Il n’y a que les cons qui ne changent pas d’idées, comme le disaient si justement Guy Môquet et Jean Moulin. Personnellement j’ai toujours eu du mal à aimer les girouettes même quand elle ont la forme d’un chat découpé dans une tôle, et qui tourne au vent du toit. Ayant connu Mougeotte sortant de l’UNEF tendance PSU, l’ultra gauche des années 60, j’ai du mal à comprendre comment on peut passer de la défense des travailleurs à celle de ceux qui les exploitent. Pas grave. Il n’y a qu’en temps de guerre que l’on fusille les traitres. En cette antique et délicieuse époque post-68, Jean-Claude Dassier, celui qui dirige aujourd’hui la rédaction de TF1, organisait, lui, des séjours au poil au paradis de Castro afin de jouir du Cuba libre !

Je me demande comment ça se passe… Comment par quelle pirogue, s’opère le passage d’un bord à l’autre. Faudrait interroger Kouchner, Bockel, Besson ou la femme de Max Gallo, les derniers arrivés de l’autre monde. Comment on s’endort de gauche pour se réveiller de droite ? Est-ce que les convictions et les rêves, les utopies sur lesquelles on marche maintenant font une douce moquette ? Est-ce qu’on n’a pas un peu mal à la tête à défaut de souffrir du cœur ? Est-ce qu’on n’a pas un peu honte ?

À droite toute

Disons qu’en ce moment Manuel Valls, l’abolisseur de frontières, me facilite la vie. Ajoutons que, quand on est aussi à gauche que lui, passer à droite peut se faire par étourderie, sans douleur comme une dent de lait arrachée. Bien sûr, il y a le baume. La pommade apaisante de l’argent, de la jolie maison de campagne avec deux blondes, une comme femme l’autre comme maîtresse, les jolies enfants, le gazon de Chevreuse, l’invite de Pinault à Venise et celle de Sarkozy au Fouquet’s.

Face à la douleur du transfuge, toute cette nouvelle richesse agit comme la pompe à morphine sur le cancéreux. Prenez Askolovitch, il a l’air heureux d’avoir, comme FOG, quitté le « Nouvel Obs » pour le « JDD ». Où il annonce cette semaine que ce n’est même plus la peine de voter pour la présidentielle de 2012, que le mieux est de reconduire Sarko par acclamations.

Le problème du transfuge c’est qu’une fois la « rupture » accomplie, il n’y a d’issue que dans la surenchère, celle à flatter les nouveaux maîtres… Regardez tous nos philosophes de l’ancienne ultra gauche en livrée rouge, ils nous vendaient le modèle Mao puis, décidant de changer de rive, ils n’ont eu d’autre choix que de nous faire aimer Bush, faute d’un Franco disponible sur le marché.

La tentation de l’Elysée

Une fois encore faute de GPS (Gestion de la Pensée Sauvage) je m’égare. Et reviens à Etienne, l’ancien fumeur de pipe. Son modèle journalistique est exemplaire : coller à l’actualité. Pour ce faire, quoi de mieux que de participer à la vie du monde en mettant la main aux manettes en compagnie de ceux qui le dirigent. Un jour, par la bonne fortune d’un micro de TF1 resté ouvert, on a pu entendre Etienne cuisiner la petite politique de Léotard [1]. Et c’est fidèle (notez qu’écrivant un papier sur Mougeotte, j’arrive à utiliser le mot « fidèle »), fidèle donc au principe de la mise en scène du vrai, qu’il a été le champion de la téléréalité : « Ile de la tentation » ou tentation de l’Elysée, même combat.

Avec Mougeotte à la tête du Figaro, le propriétaire Serge Dassault, comme Michel-Edouard Leclerc le fait avec ses clients, peut s’adresser directement aux lecteurs du journal, et même leur souhaiter la bonne année. Eric Dupin, un journaliste du quotidien, censuré par Mougeotte pour avoir envisagé que Sarkozy puisse baisser dans les sondages, écrit qu’Etienne « a transformé le Figaro en tract. Et qu’un tract ça ne se vend pas, ça se distribue… » Ce Dupin n’a rien compris, Mougeotte veut seulement un journal qui annonce des bonnes nouvelles pour ses amis et des mauvaises pour les autres. L’actualité est bien assez triste comme ça.

Ce qui me chagrine aujourd’hui, c’est la relation qu’Etienne entretient face à ceux qui ont un jour affronté la justice. Il vient de refuser au service « Culture » du Figaro de publier un papier sur le chef d’orchestre Michel Tabachnik -alors que ce dernier donnait un grand concert à Paris- au motif que celui qui est un des plus grands maestros du monde a été jugé dans le dossier du Temple Solaire… Jugé et deux fois relaxé sans une heure passée en prison. Donc totalement innocent, tout autant que l’huissier ou la boulangère d’Outreau. Mais il semble que, pour Etienne, il est des innocents qui sont plus innocents que d’autres. Et c’est cette dérive, ce glissement progressif vers l’ultra, qui me font peur. Pourvu que Mougeotte ne se mette pas à boycotter Serge Dassault ! Au motif que le propriétaire du Figaro vient d’être condamné pour avoir acheté les votes de certains électeurs ! Ce serait trop injuste, trop cruel.

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