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Armstrong, le big boss enfin rossé

Bush go home ! Enfin ça y est ! Victoire, George Bush a capitulé dans le Tour de France ! Il a fallu attendre l’étape suisse avec son arrivée à Verbier pour voir l’avatar cycliste de l’ex-président américain se prendre la belle baffe qu’on attendait depuis une décennie. Armstrong a craqué.

On ne sait toujours pas ce qui a poussé le Texan symbole de l’Amérique qui fondait ses conquêtes sur des tromperies (les vraies fausses preuves d’armes de destruction massive prétextes pour envahir l’Irak sont du même acabit que les dénégations de dopage) à sortir de sa retraite après son dernier succès de 2005. L’ennui, l’envie d’en découdre, l’arrogance mal placée, le désir d’être accepté par le public français ?
Mais son retour paraissait tellement anachronique, pour tout dire à côté de la plaque. Depuis qu’Armstrong est parti, le monde a changé. Il y a eu une crise mondiale qui a affaibli les USA, et il y a eu un nouveau président américain d’élu.

Difficile de savoir ce que va donner Obama sur la distance. Mais tout est différent. Quand il vient quelques jours en France pour le 6 juin, le président noir et sa famille vont au musée. A Beaubourg, puis au musée des Arts premiers. Ce qui paraît incroyable. Aller au musée, ce n’est pas une activité du tout rentable, ce n’est pas du tout efficace, c’est une perte d’argent. S’intéresser aux autres cultures, aux arts, ça marque un changement d’état d’esprit, de vision du monde, bien moins unilatérale qu’avant. On imagine mal un type qui s’intéresse aux arts bombarder la Mésopotamie.

Le retour de flamme pathétique d’Armstrong

Or l’erreur d’Armstrong, que Sarkozy cite en exemple, c’est d’être totalement à contre-courant, il n’a rien compris à tout ce qui s’est passé, à la roue qui a tourné. Il incarne un retour de flamme totalement pathétique des valeurs des années Bush : même arrogance de l’Américain caucasien au regard bleu acier, même impérialisme jaloux, même paranoïa du type qui exige deux gardes du corps avant et après les étapes, même loi du plus fort appliquée à tous ceux qui dans le peloton ne filent pas comme l’ancien patron l’entend. Et même dictature du bon sentiment pour cacher le joli business de sa fondation contre le cancer. A en croire le dernier livre de Ballester et Walsh (Le sale tour, édité au Seuil), en glissant l’air de rien de livestrong.org à livestrong.com, Armstrong est passé de l’association désintéressée à l’entreprise à but lucratif.

Avec lui pendant 7 ans, on s’est toujours senti un peu comme un pays occupé trois semaines de juillet par an. Car, comme tous les conquérants hostiles, Armstrong n’est pas foutu de causer la langue du pays occupé. On l’a bien vu lorsque Drucker a traversé l’Atlantique pour aller passer la pommade au Ricain. Toute l’interview était en VO, pas un mot de français. Pour un mec qui a résidé quelques années sur la Côte d’Azur, faut le faire.

LeMond au moins parlait français

En fait, il n’ose pas s’exprimer en français, qu’il estime ne pas maîtriser suffisamment, de peur de ne pas tout contrôler. Belle illustration du syndrome de celui qui vise de façon névrotique la maîtrise de toute chose. On aimait bien Greg LeMond, premier Américain à gagner la grande boucle. Quand il parlait français, il truffait ses paroles de mots un peu truculents de charretiers – le meilleur dans le genre c’était l’Irlandais Stephen Roche – ce qui apportait du sang neuf à notre langue. Cette année, la France du Tour doit être pour Armstrong un pays vraiment étranger.

S’il est revenu, c’était pour gagner ou en tout cas porter le maillot jaune, pour les télés US et faire pleurer au pays, trois ans après. Mais comme Bush Jr a voulu imiter Bush Sr et rejouer la guerre du Golfe, forcément ça a raté. L’histoire a fait preuve d’une immense cruauté. Après le contre-la-montre par équipes, le maillot jaune lui a filé entre les pattes pour 22 minuscules centièmes !

On dit que lorsqu’ils se mettent à perdre, les grands champions du Tour deviennent sympathiques aux yeux du public. Mais là, franchement, vu ce que lui et son âme damnée de directeur sportif Johan Bruyneel ont fait subir à Contador, leader de l’équipe avant le retour d’Armstrong, on peut en douter. Toutes ces petites cruautés mentales destinées à ruiner le moral de l’Espagnol, toutes ces petites manipulations pour le faire craquer, toutes ces pressions sont celles qu’utilisent les vieux cons lorsqu’ils ne veulent se résoudre à leur déclin. Illustration : « J’avais dit à Contador qu’aujourd’hui serait une journée compliquée, alors peut-être qu’il se rend compte que je sais comment ça marche, le Tour de France ». Mais tout super héros qu’on soit, on ne peut quand même pas s’amuser à offenser impunément la fierté d’un Espagnol. Quelle belle réponse sur les pentes de Verbier !

Armstrong, un dernier Tour et puis s’en va ?

Bien sûr, il ne faut pas l’accabler. Armstrong a vaincu un cancer d’un testicule alors qu’il était jeune coureur. Mais le plus ironique est que ce cancer assez rare a sans doute était causé par le dopage (c’est encore ce qu’avancent Ballester et Walsh), thèse qu’Armstrong réfute par tous les moyens.

Après tout, Laurent Fignon aussi vient de se choper un cancer et ne vient pas nous emmerder avec des bons sentiments. Il reconnaît même dans son livre qu’il s’est dopé à l’époque où il courrait – c’était avant l’industrialisation de ces pratiques et l’arrivée de l’EPO. Aujourd’hui, entre deux chimios, Fignon commente le Tour à la télé avec un esprit vigoureux et nous fait passer un excellent moment en décrivant la défaite inexorable d’Armstrong.

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