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Là-haut, vers l’infini et au-delà

Le cinéma d’animation 3D est devenu un business à sept zéros. Les records tombent les uns après les autres, le merchandising rapporte des tonnes de dollars et les studios comme Pixar, Blue Sky, Disney, Warner, DreamWorks, EuropaCorp (cherchez l’erreur) se livrent une vraie guerre numérique. Pour séduire les spectateurs de 7 à 777 ans, des scénaristes malins inventent des histoires farfelues avec des voitures vavavoum, des ogres pétomanes, des dinos énervés, des pandas fans de kung-fu ou des robots écolos. C’est plutôt sympa, très bon pour le tiroir-caisse et la plupart du temps, la qualité est au rendez-vous, même si l’on sent maintenant des signes d’essoufflement dus aux cadences infernales et à la multiplication des produits plus toujours très frais.

Un vieux schnock

C’est peu dire que j’ai halluciné quand j’ai découvert la star improbable de Là-haut. Gueule carrée, lunettes triple foyer, un gros pif tout rond : Carl Fredricksen est le sosie de Walter Matthau. Un vieux con, un vieux bougon, un vieux ronchon. Un vieux, quoi ! Si le cinéma n’aime pas les vieillards, le film d’animation les ignore superbement et j’ai peine à me souvenir d’un dessin animé dont le héros serait un croulant. Autant pour le merchandising et les happy meals

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Bref, Carl Fredricksen, 78 ans aux fraises, est un vieux schnock. Exclu du monde moderne, encerclé par les immeubles, il traîne dans sa vieille bicoque décrépie, ressasse ses souvenirs fanés, mâchouille son chagrin (sa femme est morte, le laissant seul, désespérément inapte au bonheur). N’ayant plus rien à attendre de la vie, il décide de réaliser le rêve de sa défunte épouse, soit de partir à la découverte de l’Amérique du sud. Il accroche alors des milliers de ballons multicolores à sa maison en bois, et s’envole dans le ciel, direction vers l’infini et au-delà… Il va faire un voyage épique avec un passager clandestin, Russell, boy-scout bouboule de 8 ans, et découvrir enfin la grande aventure : des paysages de rêve, un oiseau dingo, des chiens qui parlent, un zeppelin en folie, un explorateur psychopathe…

Dans les nuages, l’émotion

Dixième film de Pixar, avec un relief très fin et subtilement géré, Là-haut est le bébé de Pete Docter, réalisateur de Monstres & Cie, scénariste de Toy Story ou Wall E, et de Bob Peterson, scénariste de Nemo et Ratatouille. Délaissant la niaiserie et l’infantilisme de Kung fu panda ou L’Age de glace 3, nos deux pointures de Pixar alternent aventure, fantastique, gags déments à la Tex Avery, scènes d’action ultra-spectaculaires et même un hommage au film de Werner Herzog, Fitzcarraldo, avec notre vieux qui porte sa maison sur son dos à travers la jungle.

Encore plus fort, il me semble que les informaticiens de Pixar sont enfin parvenus à numériser la poésie qui faisait défaut à Ratatouille ou à Wall E. Comme chez Hayao Miyazaki, auquel Là-haut emprunte (vraiment) beaucoup, Docter & Peterson planent au-dessus des nuages, en apesanteur, évoquent des thèmes adultes et forts (critique du capitalisme, ode à la différence et surtout le deuil et son fardeau dont Fredricksen doit s’affranchir) et font souffler sur le film une émotion rare, une vraie poésie mélancolique. Une émotion qui culmine lors de la séquence du début qui, en cinq minutes chrono, résume soixante-dix années de la vie du héros arthritique : son enfance de garçon balourd, sa vie d’homme, sa rencontre et son mariage avec la douce et tendre Ellie, la mort de celle-ci, la solitude et la vieillesse…

C’est bouleversant, encore plus triste que Le Tombeau des lucioles, d’Isao Takahata, le pote de Miyazaki, soit le dessin animé le plus triste de tous les temps. Le film commence à peine, on tente de sécher ses larmes et d’essuyer ses grosses lunettes pour le relief, Là-haut peut décoller… Simplement magique.

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