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Y a-t-il un cinglé dans l'avion?
Gérard Finneran est un banquier américain de 58 ans, spécialiste de la finance internationale. Il est à bord du vol United Airlines qui relie Buenos Aires à New York. Assis en première classe, il est voisin de l’ancien président du Portugal Mario Alberto Soares. Après quelques coupes de champagne, Gérard Finneran commence à descendre à un rythme infernal les verres de whisky.
Les hôtesses hésitent à freiner sa consommation, le banquier possède une carte de fidélité « Premier Executive ». De toute façon, Gérard Finneran se sert lui-même une bouteille entière de whisky. Complètement ivre, il commence par empêcher les hôtesses et stewards de passer dans l’allée. Puis, il va se soulager… sur les plateaux-repas. Il s’essuie sur les serviettes, frotte ses pieds dans les excréments afin de salir la moquette. Enfin, il se vide une nouvelle bouteille de whisky sur la tête.
Gérard Finneran va finir le vol attaché à son siège. Condamné à deux ans de probation par la justice américaine, le banquier a payé 50 000 dollars de dédommagements à la compagnie aérienne. Celle-ci a été contrainte de rembourser les billets des autres passagers, qui n’ont pas pu manger et ont supporté « une odeur persistante d’excréments ». Mais surtout, depuis cet « incident », une nouvelle maladie est reconnue officiellement, c’est « la rage de l’air ».
Les insultes de Naomi Campbell
Des gens, qui ont l’air normaux, pètent les plombs quand l’avion décolle. Souvent sous l’effet d’un cocktail alcool + médicaments. Mais pas toujours. Dans l’ouvrage Passagers incontrôlables [1], le pilote Jean-Pierre Otelli raconte quelques-unes des histoires les plus croquignolesques survenues dans les cabines. Il évoque le cas de Jean-Luc Delarue, de Samy Naceri ou de Naomi Campbell. Cette dernière, non seulement traite le personnel, et même le commandant de bord, de « trou du cul » et d’« enculés », mais elle les frappe avec son téléphone portable et ses talons aiguilles.
« Ces passagers incontrôlables ne se contentent pas de déranger les hôtesses et leurs voisins. Ils veulent souvent entrer dans le cockpit, notamment quand on leur refuse un nouveau verre d’alcool. Et là, ils mettent carrément en danger tout le monde », souligne Jean-Pierre Otelli. Dans son ouvrage, il cite le cas de passagers qui ont frappé le pilote ou tenté de prendre les commandes de l’appareil… Certains cherchent aussi à ouvrir les sorties de secours en plein vol.
Un Africain, qui apparemment voulait se suicider, a réussi à attraper le manche des mains du pilote. Il a fallu que cinq personnes s’assoient sur lui pour le maîtriser. En fait, l’homme, très malade, se croyait envoûté. Peu après, il tombe dans le coma et… décède. Heureusement, depuis le 11 septembre 2001, il est de plus en plus difficile d’atteindre la cabine de pilotage.
Réclamer des dommages et intérêts
Cette « rage de l’air » est prise très au sérieux par les compagnies aériennes. Non seulement Air France possède une cellule exclusivement dédiée aux passagers « indisciplinés », mais tout le personnel navigant (soit 15 000 personnes) suit des cours de formation pour empêcher les « passagers incontrôlables » de provoquer trop de dégâts.
« Si un individu retient en permanence l’attention du personnel navigant, cela créé un problème dans la mesure où celui-ci ne peut plus s’occuper convenablement des autres passagers », reconnaît-on au service de presse d’Air France à Paris.
En effet, si une bande de supporters avinés hurle pendant tout un vol, provoque des bagarres et casse des bouteilles d’alcool, cela ne dérange pas seulement le personnel de bord, mais aussi tous les autres passagers, qui peuvent réclamer des dommages et intérêts ou le remboursement de leur billet.
Les clients importunés demandent-ils à être indemnisés ? « Cela dépend bien évidemment de l’incident. Un client régulier de la compagnie, qui a subi un vrai dérangement, peut éventuellement bénéficier d’un geste commercial », reconnaît le service de presse d’Air France.
Faut-il établir des listes noires ?
Que peut-on faire contre ces cinglés des airs ? Jean-Pierre Otelli propose plusieurs solutions. D’abord l’établissement de listes noires. Il affirme qu’il n’est pas normal que Samy Naceri, après avoir menacé et insulté une hôtesse de l’air pendant tout un vol entre Paris et Montréal, puisse tranquillement prendre un vol retour sur la même compagnie quelques jours plus tard, et recroiser la même hôtesse. En clair, les « passagers incontrôlables » deviendraient interdits d’avion.
Autre solution : bannir l’alcool dans les appareils. Toutes les compagnies sont-elles prêtes à franchir le pas ? D’autant que les passagers alcooliques ont l’habitude d’acheter des bouteilles dans les boutiques hors taxes des aéroports. Enfin, le pilote propose de lancer des campagnes de sensibilisation et d’équiper les équipages en moyens de défense. Pas des armes à feu, tout de même, mais des systèmes électriques…
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