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"Inglourious Basterds" : Kill Adolf

J’ai des sentiments pour le moins mitigés à l’égard de Quentin Tarantino. En 1992, j’avais été électrifié par Reservoir Dogs, polar sec comme un coup de trique, à la fois moderne et référentiel, véritable coup de maître, malin, stylé et ébouriffant. Deux ans plus tard, je découvrais pantelant Pulp Fiction, planqué à côté de la cabine du projectionniste, lors de la première projo à Cannes. La structure pseudo-alambiquée, la parlotte sur les burgers, la violence, le maniérisme : j’étais sorti consterné et furax du Palais des festivals.

Depuis, Tarantino, roi du copier/coller et du tape à l’œil, me gonfle. Son côté alchimiste du cinéma, je transforme la merde en or, je repompe des images-chocs et des musiques oubliées collectées dans d’obscures séries B voire Z et je les monte façon rock’n’roll me semble d’une terrible vacuité. Notre homme serait ainsi une espèce de DJ postmoderne, compilant, remixant le cinéma de genre comme disent les snobs – le western-spaghetti, le film de blaxploitation ou le chambara (film de sabre pour les néophytes) – pour en faire des condensés de pop culture. Désolé, je préfère l’original et je m’emmerde en écoutant la petite musique de QT, sans compter son utilisation obscène de la violence (c’est cool) qui m’est vraiment insupportable.

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Tarantino aime les acteurs mais pas ses personnages, qui ne sont que des stéréotypes vides, désincarnés. QT ne parle de rien, ne dit rien, se contentant de se masturber avec son amour pour le 7e art à coups de citations plus ou moins réussies pour ados attardés et geeks du troisième type. Néanmoins, il y a deux ans, j’avais été impressionné par Boulevard de la mort car, avec cette histoire de cascadeur psychopathe, racontée deux fois, avec scratchs sur pellicule et jump cuts, j’avais eu l’impression de regarder une installation d’art contemporain en prise directe avec mon inconscient de cinéphile. Et voici qu’arrive aujourd’hui Inglourious Basterds (ou « Saloperds sans glouare », deux fautes dans le titre, « c’est son côté Basquiat », dixit son producteur), après un passage en demi-teinte sur la Croisette, un prix d’interprétation mérité pour Christoph Waltz et rien pour QT, qui, dépité, n’a même pas assisté à la cérémonie de clôture.

Il était une fois un scénario…

« This ain’t your daddy’s World War II movie » (« Ce n’est pas un bon vieux film de guerre à la papa »). Inglourious Basterds était censé devenir le nirvana de la filmo de Tarantino, l’Everest du cinéma que notre homme tente de gravir depuis une dizaine d’années (à l’époque, Tim Roth et Michael Madsen devaient faire partie du gang des Saloperds). Le film est passé par pas mal d’étapes, QT avait même envisagé une série TV, avant de précipiter le tournage l’année dernière pour une sélection à Cannes. En l’état, Inglourious Basterds entrecroise les destinées de Shosanna Dreyfus, une jeune juive dont les parents ont été massacrés par un nazi érudit et quadrilingue, le très méchant colonel Hans Landa ; Aldo Raine et sa bande de soldats juifs qui ont décidé de terroriser le Troisième Reich en scalpant et massacrant les nazis qui tombent sous leurs battes de baseball ; Bridget von Hammersmark, star du cinéma allemand et agent double ; Archie Hicox, cinéphile britannique et soldat de Sa Majesté…

Tout ce petit monde, ou presque, se retrouvera dans une salle de cinéma parisienne, pour tenter de faire frire Hitler, Goering, Goebbels et les autres surhommes du Reich.

Un film bavard et vide

Inglourious Basterds commence comme un Sergio Leone. Scope magnifique, la musique d’Ennio Morricone retentit et le colonel Hans Landa, dans son costume en cuir tout neuf, débarque dans la fermette vintage du paysan français Perrier Lapadite et de ses filles. Comme le nazi, Tarantino aime faire durer le plaisir et l’interrogatoire virtuose va s’éterniser, M. Lapadite par-ci, M. Lapadite par-là, passer du Français à l’Anglais, de la conversation badine à la menace, avant de se terminer, 20 minutes plus tard, dans le sang. Du film de guerre « ultime » que l’on attendait, remake hardcore des 12 salopards, il n’y aura rien ou presque. Et c’est tant mieux.

Tarantino veut surprendre mais, persuadé de son génie, il s’embarque dans un récit à cinq chapitres - c’est la classe - dont l’arme principale sera le verbe. Les mateurs et amateurs de scènes de baston en seront pour leur frais. QT dilate le temps, retarde au maximum l’action, multipliant les séquences de blabla, de longs tunnels absolument inutiles à la narration et vides de sens. Les protagonistes ne parlent pas de cheeseburger mais de King Kong, de Winnetou ou le plus souvent de rien. Quand je pense que certains critiques emploient le terme maïeutique…

La compil du best of tarantinien

En fait, Tarantino nous sert une sorte de best of pathétique et pas drôle de son cinéma, la compil de la compil : une scène de torture (Brad Pitt enfonce son doigt dans le trou de balle de Diane Kruger), un plan pour fétichiste du pied, décalage entre images et bande-son (avec la scène grotesque où Mélanie Laurent s’habille en robe de soirée rouge sur la pire chanson de David Bowie, « Putting out Fire »), dialogues funky, et bien sûr des citations à la pelle dont Les 12 salopards, mais aussi Lubitsch, Clouzot, Lang, Leone, Léonide Moguy, Umberto Lenzi ou Enzo Castellari, car il ne faut pas oublier que le film est inspiré du nanar Une poignée de salopards, datant de 1978, sorti sous le titre US The Inglorious Bastards.

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"The Inglorious Bastards", le film de 1978 qui a inspiré Tarantino

Incapable de lier les séquences entre elles, QT pédale dans la choucroute, multiplie les séquences inutiles, s’offre quelques séquences de violence crades pour meubler (« Pour nous, c’est comme regarder un film », déclare Pitt) et se perd dans un hommage puéril au septième art, du genre le cinéma peut éradiquer le mal, sauver le monde. C’est celaaa, oui. En fait, QT est largué, dépassé par cette figure marketing qu’il a inventé pour se vendre au grand public, l’über geek, l’aventurier du nanar perdu, et il accouche d’un gros n’importe quoi, une suite de sketchs mongolos montés n’importe comment.

Brad Pitt - excellentissime – joue un plouc du Tennessee avec le flow d’un rappeur et sculpte des croix gammées sur le front des malfaisants, Goebbels se tape des comédiennes hystériques en levrette, méchants et gentils se braquent à plusieurs, dans le plus pur style « Mexican Standoff » comme dans Reservoir Dogs ou Pulp, mais avec les flingues braqués sur les couilles, Adolf Hitler devient tout rouge et pique de grosses colères en hurlant « Nein, nein, nein ». Hommage à Jacques Villeret ? « Brad Pitt fait de la résistance » ? Kolossal rigolad ? Même pas. On pensait que Tarantino allait revisiter Robert Aldrich, il a dû se défoncer sur son canapé en regardant l’intégrale de Gérard Oury et de Robert Lamoureux. Voici donc l’histoire du mec qui s’est rêvé en Stanley Kubrick et qui se réveille en Jean-Marie Poiré. Triste…

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Les réac’ ne sont pas toujours ceux qu’on croit. Point de vue sur la violence gratuite au cinéma qui fait tant rire dans les salles, mais qui dans la réalité provoque larmes et cauchemars.

Cannes comme si j’y étais.

En 1944, Tom Cruise fomente un complot pour assassiner Hitler. Mission vraiment impossible à Berlin.

Si l’histoire nous était conté dans « Germania », deuxième tome de « La Conquête de Mars », mise en image par Gregory Jarry & Otto T. aux éditions FLBLB.