Vous êtes ici

Aubert, ceux qui m'aiment prendront le fret

Et non, Bakchich n’échappe pas aux « marronniers », ces sujets d’article convenus qui reviennent à chaque saison. Voici donc le « marronnier » de septembre : à la SNCF, la rentrée sera chaude !

Comme d’habitude, les causes d’agitation ne manquent pas dans la maison des cheminots. Retour du déficit (un demi-milliard d’euros perdus au premier semestre) ; arrivée annoncée à Paris en fin d’année du premier TGV exploité par la concurrence – ce sera un train de la SNCF italienne ; et surtout réforme inéluctable de l’activité fret qui a brûlé 3 milliards de cash ces dernières années, dixit Pierre Blayau, le grand patron des marchandises à la SNCF.
Ce qui commence à inquiéter les parlementaires, c’est que ce véritable boulet gaspille tout ce que rapporte le sacro-saint TGV, seule vache à lait de la SNCF. Le client en sait quelque chose étant donné les tarifs salés pratiqués par l’entreprise publique. En tous cas, Pepy panique car, à terme, le développement de son cher TGV pourrait donc être menacé. Mais comment fermer la moitié de l’activité fret – sur 10 euros perdus par la SNCF, 6,5 euros sont causés par les wagons de marchandise – sans énerver les syndicats ? La CGT marquée à la culotte par Sud Rail montre ses muscles et agite la menace de grève.

Nomination en urgence

« Avec la présentation de la réforme du fret prévue fin septembre, cet automne va être tendu, très tendu », s’inquiète-t-on dans l’entourage de Pepy, le PDG de la SNCF, où on joue peut-être à se faire peur. En tous cas, le risque a été suffisamment pris au sérieux à Matignon et à l’Elysée où on commence à s’impatienter, pour qu’un Monsieur dialogue social soit nommé en urgence à la SNCF. C’est fait depuis le 1er septembre, comme on l’a lu dans la presse.

Il s’appelle Jean-Pierre Aubert, 66 ans et pour être exact, ce haut fonctionnaire est plutôt un Monsieur restructurations. «  Aubert en connaît un rayon. Il a travaillé avec Jacques Chérèque, le père François à la reconversion du bassin lorrain après la faillite de la sidérurgie », détaille un homme du sérail. Puis comme dernier président entre 2001 et 2006 du CDR, le Consortium de réalisation, Aubert a fini de liquider l’héritage baroque et calamiteux du Crédit Lyonnais d’Haberer. Bref, que du lourd…

Son dernier job en tant que délégué interministériel a consisté à gérer la restructuration des armées après la fermeture de nombreuses casernes. Est-ce pour cette raison que Guillaume Pepy a adressé à Aubert une lettre de mission rédigée sur un ton un brin martial et sans la moindre formule de politesse ? Rompez !

TGV, vache à lait - JPG - 67.9 ko
TGV, vache à lait
© Oliv’

Champion autoproclamé du dialogue social, le patron de la SNCF a dû implicitement avouer les limites de son propre talent en la matière, tout comme celles du DRH qu’il a nommé, François Noguet. Aubert bombardé « délégué à l’évolution des métiers et de l’emploi » est investi de larges pouvoirs. Et sa mission n’est pas mince : «  formaliser et mettre en œuvre une nouvelle politique active et intégrée de l’emploi et des compétences au niveau du Groupe SNCF ».

On appréciera dans cette bafouille de trois pages au style inénarrable – qu’on peut lire ci-dessous – l’exercice de haute voltige de Pepy : être extrêmement ferme et positif, histoire de ne pas braquer les syndicats s’ils tombent sur cette lettre : « dans un environnement de plus en plus exigeant (…), la mobilisation des compétences individuelles et collectives de tout le personnel du groupe constitue un atout et un enjeu de premier ordre », écrit le patron de la SNCF.

Pour lire la lettre de mission du patron de la SNCF à son nouveau « Monsieur Social », cliquez sur le document ci-dessous :

La lettre de mission de Pépy à son monsieur social - PDF - 208.9 ko
La lettre de mission de Pépy à son monsieur social

Et surtout, rester extrêmement allusif, recourir à tous les euphémismes élaborés par la culture RH (ressources humaines), ne pas utiliser de mots qui fâchent, comme celui de restructuration, et ne jamais nommer le secteur visé : que les patrons qui s’apprêtent à trancher dans leurs effectifs en prennent de la graine et apprécient les trésors de diplomatie déployés par Pepy.

Tout cela a de quoi faire sourire quand on sait qu’absolument aucun licenciement n’est envisagé. Effectivement, le statut d’agent SNCF épargne les cheminots de ne jamais avoir à se présenter au Pôle emploi. Il va donc s’agir pour Aubert de préparer à recaser au sein de la maison-mère quelques milliers de cheminots – on parle d’au moins 4 000 sur environ 15 000 personnes – employés à l’activité fret au prix d’un jeu de chaises musicales général. Certes, ce n’est pas forcément agréable, mais il y aura toujours une place au chaud dans la maison.

Tant de prévenance est louable. Mais ce sont les Molex, les Conti et tous les autres malmenés qui risquent d’être jaloux.

A lire ou relire sur Bakchich.info

Alors que le Grenelle de l’environnement veut promouvoir le train à la place du camion, le transport de marchandises à la SNCF explose ses pertes. La grève est reportée mais le fiasco reste complet.

Après 10 ans de patience, l’éternel numéro deux derrière les présidents de la SNCF vient d’accéder au poste suprême : celui de patron des cheminots.

Dans le cadre des Etats généraux du documentaire à Lussas, Bakchich vous fait découvrir des réalisations indépendantes. Aujourd’hui, le film Cheminots nous plonge au cœur du monde des travailleurs du (…)

Le Fret souffre de Déficits abyssaux ? Les TER ne tiennent que grâce au financement des régions ? Qu’importe, la SNCF a une vache à lait : le TGV

Les cheminots ont voté le 26 mars pour élire leurs représentants syndicaux. Même si l’UNSA lui conteste la deuxième place derrière la CGT, SUD rail bondit de 15 à 17,6% . Pas forcément un drame pour la direction de la (…)