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Polanski, Mitterrand et la polémique du non-dit
Les violentes controverses sur les cas de Roman Polanski et de Frédéric Mitterrand arrangent tout le monde. De quoi débattent nos éditorialistes préférés ? Des relations que le cinéaste et le ministre ont (ou auraient) eu avec des jeunes gens mineurs. Dans les deux cas, il n’est pas question d’enfants, et donc de pédophilie au sens strict de ce terme. Entre plaidoyers pour la créativité des artistes et indignations contre les puissants de ce monde, les (d)ébats ne volent pas très haut. Jusqu’à l’écoeurement..
Le vrai sujet est ailleurs, mais il n’est pas traité. Il a un nom, lugubre, la pédophilie, c’est à dire l’agression sexuelle sur des enfants pré-pubères. Ces délinquants, qui constituent un quart de la population carcérale, n’intéressent personne ou presque. Sauf à l’occasion du procès Outreau, où, par extraordinaire, la Justice a su se remettre en cause et où la presse a suivi, quittant le registre hystérique qui est le sien sur ce sujet.
Pour le reste, pas d’enquête sur l’absence de soins dans les prisons pour ces grands malades. Pas un mot, dans la presse, sur la persécution dont « les pointeurs » font l’objet dans les établisssements pénitentiaires. Rien sur la loterie qui voit un pédophile être condamné à cinq ans ou quinze ans de prison, selon la sensibilité du jury.
Pourquoi ce refus de regarder en face le sujet de la pédophilie ? Beaucoup de journalistes, qui dominent aujourd’hui les médias, sont issus d’une génération post soixante-huitarde, pour qui la pédophilie était sinon acceptée, du moins tolérée.
L’auteur de ces lignes a été journaliste à Libération dans les années 80 lorsque l’actuel chauffeur de Carla Bruni, Franck Demules, qui était un gamin d’une dizaine d’années, partageait la vie du chroniqueur judiciaire du journal, Christian Hennion. Personne, dans la rédaction, n’était choqué. Ni à l’extérieur. Franck Demules a raconté sa vie dans un excellent livre paru au printemps : Un petit tour en enfer (Editions du Moment).
A la permissivité des années post-68, a succédé un immense non-dit. Le terreau propice pour toutes les positions hystériques.
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