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Les low cost, c'est du vol
« Premiers à cliquer, premiers servis », tel est le principe mis en avant par ces sociétés du « pas cher ». Mais l’obtention des tarifs promotionnels, présents sur les sites Internet de ces compagnies relève de la quête du Graal ? Donc prix d’appels quasi introuvables et taxes cachées sont les deux mamelles du low cost pour gonfler la facture.
Rendez-vous donc sur le site de Ryanair, l’un des acteurs historiques. La compagnie irlandaise vous propose de voyager dans toute l’Europe pour le prix de quatre tickets de bus (36 euros) ! Oubliez la grisaille : Venise, Barcelone, Milan, Rome, Porto ou Pise. Ryanair annonce un million de places bradées, pendant trois jours, pour une période de vols qui s’étend jusqu’au 27 mars.
Souris en main, nous avons simulé plusieurs trajets pour un couple avec un bébé. Première remarque : depuis des années, Ryanair, (abus de Guinness ?) s’obstine à faire croire de Paris et Beauvais c’est blanc bonnet et bonnet blanc, alors qu’il vous faudra décoller de l’Oise pour faire un Paris-Barcelone (notez que c’est mieux que de décoller depuis Perpignan). Même chose à l’atterrissage, qui se déroulera sur l’aéroport secondaire de Reus, situé à 100 km de Barcelone !
Patience, ce n’est pas terminé. Des frais « annexes » s’ajoutent subrepticement à votre facture. Outre les taxes d’aéroport, Ryanair n’oublie pas de ponctionner au passage 10 euros par personne et par trajet au titre des frais d’enregistrement, 5 euros également pour les « frais d’administration de paiement » (carte bancaire), y compris si une seule et même transaction sert à payer le trajet de toute la famille ! Bref, nous nous retrouvons avec un aller et retour à… 258,98 euros.
Vous emmenez une poussette ? 10 euros. Trois bagages ? 45 euros. Vous demandez à monter en priorité pour être assis côte à côte ? 9 euros. La facture pour un service banal s’élève maintenant à 322,98 euros, soit neuf fois les 36 euros annoncés sur le site (trois vols à 6 euros multipliés par deux pour l’aller-retour).
Attention, encore faut-il penser à imprimer vos billets. Faute de quoi - c’est la dernière trouvaille de notre irlandais qui, elle, commence à faire des remous- il faudra régler à l’aéroport 40 euros par personne et par trajet (soit 240 euros, si, si).
Changement de destination : les canaux de Venise. Ah !Ah !Ah sole mio. La facture vous arrive comme une tête de gondole dans les dents, 483.76 euros, soit 13 fois les 36 euros annoncés. En modulant les dates, nous avons tout de même trouvé un billet à 55,90 euros. Alors, les billets à 6 euros TTC ? C’est où et pour qui ? En fouillant bien, Bakchich, qui n’est pas un sot, a déniché un aller et retour Oslo avec un départ un jeudi matin de novembre et un retour le mardi soir suivant pour 12 euros.
C’est là que le bât blesse. Quel est, dans le stock de la compagnie low cost, le quota de places à bas coût ? La compagnie n’a pas voulu nous répondre.
Il y a quelques années, en Allemagne, suite à la plainte d’une association de consommateurs, la justice avait placé ce genre de compagnies low cost « sous surveillance publicitaire ». Pour éviter d’être attaquées pour « publicité mensongère », elles devaient vendre, au minimum, 10% de leurs places au plus bas prix. Mais le Tribunal de Hanovre n’a pas pu jouer les gendarmes jusqu’au bout puisque et miracle, l’association a retiré sa plainte ! Sous la contrainte de la commission européenne, Ryanair a adouci ses méthodes agressives, passant de l’illégalité à la déloyauté : les taxes d’aéroport sont désormais affichées plus tôt dans la navigation sur le site et on peut plus facilement se débarrasser de l’assurance annulation, qui était évidemment… toujours précochée. Cependant, une curieuse mention en rouge apparaît encore : « Frais de gestion non inclus (le cas échéant) ». C’est quoi « le cas échéant ? »
Le challenger direct de Ryanair, l’anglais Easyjet est beaucoup plus prudent dans sa communication : sur son site on nous propose un Paris-Berlin « à partir de 23,99 euros ». Pour notre week-end à Venise, les tarifs, bien que transparents, seront loin de nos rêves de lagune : de 577,96 euros à 688,94 euros. Par contre, on atterrit vraiment à l’aéroport de Venise Marco Polo, et si possible pas dans l’eau, et non à Trevise, comme Ryanair, dont la spécialité est d’exploiter les aéroports secondaires, en faisant financer une partie de sa présence avec les subventions régionales.
Malgré tout, nous sommes encore loin des tarifs proposés par Air France : 967,15 euros. Notre magnifique compagnie que le monde nous envie a donc contre-attaqué l’offensive low cost en proposant, chaque jour, 15 000 places au prix bas sur l’ancien réseau d’Air Inter. Mais que veut dire « un tarif bas » chez Air France ?
À bord, tout est payant
« Cette compagnie est certainement la compagnie la plus rentable du monde » analyse un concurrent de Ryanair. A bord, tout est payant et le bouillonnant Michael O’Leary envisageait même récemment de faire payer les toilettes (il a bien envisagé de mettre en vente des places « debout » !). « Ryanair, c’est aussi un choc de culture pour les pilotes qui sont surpris de devoir acheter leur uniforme ou payer leur café et d’apporter leur propre nourriture » nous explique un commandant de bord.
Mais ce qui est moins drôle, c’est que la compagnie irlandaise s’est mis en tête, avec un nouveau logiciel, de calculer des économies sur le carburant, partant du principe qu’un emport minimum allège l’avion et lui fait donc moins consommer. « Cette pratique peut s’avérer dangereuse, s’inquiète notre pilote car nous sommes obligés de nous poser coûte que coûte sur l’aéroport de destination, y compris en cas de mauvaise visibilité ou météo très défavorable ». Résultat, la compagnie s’est fait épingler par l’administration irlandaise après plusieurs remises de gaz très « limites ». Le règlement de la compagnie ne dit pas si les toboggans d’évacuation sont payants.



