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Le foot, identité universelle
Il y a ceux pour lesquels le foot n’indique rien que la profondeur de la bêtise du peuple. Et d’autres que ce sport, seul ciment entre les hommes, est le moyen de mesurer l’éthique d’une Nation.
Si vous avez une toute petite poignée d’euros en poche, lisez le minuscule bouquin de Jean-Claude Michéa, philosophe qui ne sera à la mode qu’après sa case cimetière, Les Intellectuels, le Peuple et le Ballon rond, édité chez Climats. Admirateur d’Orwell, ce penseur attardé s’entête à accorder de la noblesse au peuple. Michéa tient le foot pour une spiritualité entre les hommes, le rôle que Debray assigne à tous les petits Jésus.
Évoquer que nous avons une âme unique et qui serait ronde, c’est nous éloigner de tous ceux qui vivent du foot comme une tenancière de bordel. Le sport de Puskas, Kopa, Amalfi, Ujlaki, Pelé, Cruyff, Banks, Platini, Ronaldinho, Messsi vaut beaucoup mieux que ses multiples marchands.
Pourquoi des gosses cassent-ils des cabines téléphoniques quand l’Algérie joue contre l’Egypte ? Parce que, comme ne le dirait pas Besson, le foot est l’identité universelle. La preuve : bombarder Gaza ne jette personne sur la Canebière. Au moment où des nostalgiques de Yann Goulet militent pour le rattachement de Nantes à la Bretagne, les mêmes s’étonnent que des mômes de banlieue s’enroulent dans le drapeau vert et blanc les soirs de matchs. La bannière d’ancêtres bien plus proches d’eux que la duchesse Anne ne l’est des bretonnants.
Le foot, pour qui sait le respirer, est une activité symbolique, voire un art à caractère grave. Avant que les stades ne soient encombrés par trop d’acheteurs de 4x4, ils étaient le lieu d’expression de la sagesse populaire. A un goal qui prenait trop de buts on criait du haut de la tribune « Eh ! Viens avec nous. D’ici tu les verras mieux passer ! ».
Du foot, dommage que Levi-Strauss ait claqué la porte avant de nous en expliquer les mythes. Reste Cantona, notre dolmen public qui incarne le jeu et sa philosophie, lui s’exprime : « Domenech est le pire entraineur depuis Louis XVI et Henry a perdu son honneur », celui d’homme en culotte courte. Ils ont injurié le jeu, c’est-à-dire nous tous.



