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Braises de banlieue

Décembre 2007 : jets d’œufs.

Décembre 2008 : jets de pierres.

Décembre 2009 : jets de cocktails Molotov.

La puissance du nouveau souffle qui dynamise nos banlieues promues « priorité nationale », se révèle dans la nature des objets que lance l’adolescent contre le collège de son quartier.

En trois ans, le jeune encapuchonné a décuplé ses forces en passant de la cuisine à la chimie, même si cette chimie-là ressemble beaucoup à la cuisine du pauvre : ça tient chaud sur l’instant, mais c’est dur à digérer. Et c’est à coups de petits feux – de poubelles et de joie – que notre jeunesse célèbre sporadiquement la réussite du plan Marshall pour les banlieues, claironné en grandes pompes au lendemain de l’élection présidentielle.

Ces émeutes épisodiques, plus ou moins spontanées, que la police éteint encore sans trop de mal et dont l’administration de l’Éducation Nationale veut étouffer la divulgation, nul ne semble s’en préoccuper tant elles font partie du quotidien, presque de la routine des quartiers pauvres. Peut-on imaginer cinq cocktails Molotov jetés contre les murs d’un lycée parisien en toute discrétion médiatique ?

Mais le réel du centre-ville s’éloigne toujours plus de celui de la banlieue, comme en témoignent les regards effarés des Parisiens qui assistent aux irruptions, nécessairement violentes, des jeunes relégués de la périphérie dans le calme prospère de la capitale. Le lendemain, tout est nettoyé, et la vie reprend son cours jusqu’à la prochaine alerte.

Les chiffres sont publics : un jeune sur quatre des quartiers dits « sensibles » est au chômage ou sans activité, 44% d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, leur probabilité d’accéder à un emploi stable est inférieure aux autres jeunes à niveau de qualification égal, parce qu’ils subissent diverses discriminations.

Parions sans grand risque que la crise économique, dont les effets ne sont pas encore analysés, ne les aura pas épargnés. Mais Fadela Amara, qui a décidément choisi le camp de la trahison et du déshonneur, nous rassure : elle sent des frémissements réels, associés, sans doute, à une stabilité absolue de son tabouret ministériel.

Quand Nicolas Sarkozy bombe le torse et s’enhardit en Seine-Saint-Denis dans une tournée téméraire des commissariats et des salles de vidéo-surveillance ; quand Madame - et sa fondation - va, « presque incognito » mais suivie de journalistes quand même, écouter chanter les petits enfants méritants de Bondy ; quand certains élus étalent au grand jour leur haine des Arabes et autres musulmans ; quand le ministre de l’Immigration lance un débat électoraliste qu’il est incapable de contrôler ; les hommes et les femmes qui vivent et travaillent en banlieue crient que le climat est pourri et que ça ne peut qu’exploser.

La France, préoccupée par l’état de santé de Johnny Hallyday, n’entend pas les Cassandre et refuse de voir que sous les restes des poubelles calcinées rougeoient des braises de plus en plus ardentes.