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Mourir, une idée sans avenir

Le mauvais esprit, fruit de la jalousie et du ressentiment, s’est emparé de la frange la plus méprisable des médias français au soir du 7 mai 2007. Depuis près de cent cinquante semaines, notre Président subit le harcèlement d’une horde de journaleux et autres blogueurs qui s’acharnent à dénaturer les propos élyséens pour en faire des gorges chaudes.

Ainsi de cette observation, ô combien juste et empreinte d’authentique empathie, lancée lors de la cérémonie de vœux présidentiels aux infirmiers perpignanais : « mourir, c’est pas facile ». Une phrase dont les railleurs aussi bêtes que méchants se sont aussitôt gaussés mais dont nos fidèles électeurs ont su apprécier la pertinence. En effet, quoi de plus pénible que cette lente agonie entre les quatre murs des villas méditerranéennes où s’éternisent les derniers jours surmédicalisés de nos augustes aînés pompant indéfiniment, de golf en jacuzzi, les caisses pleines des fonds de pension. Cancer, crise cardiaque, AVC, rien n’y fait : l’ex-dentiste et le vieux multicartes peinent à casser leur pipe sous les tuiles romaines et les lauriers roses et, ça, c’est vraiment pas facile.

Mourir est d’un ennui mortel  : mieux vaut se débarrasser de l’inévitable corvée au plus vite. Heureux donc, les neuf millions d’enfants de moins de cinq ans, qui glissent chaque année dans les bras de la camarde sans avoir connu les affres de l’investissement patrimonial. Heureux les SDF, dont l’espérance de vie n’excède pas quarante ans, qui disparaissent dans les nuits hivernales en ignorant les tourments des aléas boursiers. Heureux l’adolescent poignardé dans la cour du lycée : il ne saura jamais rien de l’éreintant calcul de l’ISF. Rapidement soulagés des souffrances de la vie, ces bienheureux connaissent une mort facile, qui ne s’en féliciterait ?

La catastrophe en Haïti n’a pas seulement délivré en clin d’œil des milliers de miséreux d’une existence médiocre dans l’un des Etats les plus pauvres de la planète. Le séisme a aussi redonné la joie de vivre à nos papy boomers, éternels agonisants de la Côte d’Azur. Emus jusqu’aux larmes devant les si belles images télévisées du petit Moïse sauvé des gravats et de la grand-mère surgissant sous les débris de la cathédrale, les immortels enfants des trente glorieuses ont soudain compris, une main sur le cœur et l’autre au porte-monnaie, que leur si longue vie n’aura pas été vaine, quoi qu’insinuent les médisants.

Luttons, de toutes nos forces, contre l’esprit de dérision qui fait trembler le socle de confiance et sape le moral des ménages : la consommation s’effondre, des pans entiers de notre économie tombent en ruine, des déficits abyssaux se creusent sous les pas des bons français ensevelis sous les décombres de leurs illusions. Au milieu des éboulis de la crise, une main blanche se dresse ; les sauveteurs se battent pour la saisir et tirer de l’hécatombe l’innocente victime. L’homme est gros et gras, le teint frais et la bouche vermeil : c’est un patron du CAC quarante, un vrai miraculé !

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