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Badiou dit I love you

Pris entre les dealers de couples « zéro défaut » et les tenants d’un hédonisme généralisé qui font de la relation amoureuse une figure « zéro risque » de la jouissance, l’amour traverse une mauvaise passe. Dans sa variante sécuritaire électronique (Meetic, etc.), le hasard est banni. Dans sa version libéralo- hédoniste, les aléas de la passion sont exclus. Et Alain Badiou de s’interroger : de quoi l’amour est-il le nom ? Un cache-sexe aux pulsions ? Un élan religieux ? Comme l’a pressenti Platon, l’amour est avant tout la chance d’expérimenter le monde du point de vue de la différence.

Pour l’auteur de L’Hypothèse communiste, expérimenter ce « deux » amoureux, c’est transformer le hasard de la rencontre en destin. Une véritable « expérience métaphysique de l’éternel ». Si l’on se demande quelle mouche a piqué notre penseur le plus exporté pour qu’il se lance dans cet éloge inattendu, celui-ci rappelle cet avertissement platonicien : « Qui ne commence par l’amour ne saura jamais ce que c’est que la philosophie ». Convoquant la Bible, Beckett, Lacan, Vitez et bien d’autres, il fustige les visions libérales qui voudraient faire de l’amour un risque inutile et le propose même comme ultime lieu de résistance à l ’obscénité marchande. « L’amour est à réinventer », écrivait Rimbaud. Réinventer l’amour, c’est réinventer cette réinvention, ajoute Badiou. Comprenne qui aimera.

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