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Un vrai (Bour)don de soi

Il suffit de lire ce bouquin, et aussi La Haine de l’Occident, celui de Jean Ziegler, pour tout comprendre de l ’ injust ice mondialisée. On aurait dit naguère, « des crimes du capitalisme ».

bouquin de jouvence

Je vous vois bouger sur votre chaise : « La barbe du vieux Karl et de ces bouquins généreux et ennuyeux sur une triste misère »… Rien du tout, ces livres ne sont pas écrits par des chaisières, ils ont la jouvence d’un Le Carré. On sait seulement que les salauds ne vont pas mourir à la fin, sinon le forum de Davos serait un cimetière. Peut-être avez-vous vu William Bourdon à la télé, Saint Just au barreau de Paris ? Vous connaissez sa tête d’acteur qui, dans les films américains, défendra toujours le Black dans le couloir de la mort ? C’est à cause d’elle, de sa tête, qu’il écrit des bouquins sur les désespérés. Comme si l’harmonie des traits donnait assez de force pour être généreux.

Là, je m’égare du côté de Vogue Homme. Surtout, Bourdon possède la connaissance du droit international comme Sarkozy ignore celui de la France : parfaitement. Et c’est cet utopiste sans illusions qui veut faire régner le droit sur tout le globe. Mais sa devise reste celle de Scott Fitzgerald, le plus lucide des vivants : « Ce n’est pas parce que les choses sont désespérées qu’il ne faut pas se décider à les changer ». C’est dire que chaque matin, Bourdon hésite entre aller au palais de « justice » ou s’acheter un rocking- chair. Pourtant, un café serré et il fonce au tribunal. Comme toujours. Si je lambine à vous décrire le héros du livre, son auteur, c’est que l’homme est dans le contenu. Et inversement.

Aux côtés de ses amis de l’association Sherpa, Bourdon se bat donc pour une justice sans frontières. Contre Total qui, en Birmanie, balaye au bulldozer des villages entiers. Contre Areva, au Mali, dont les mines d’uranium trouent les poumons des touaregs. Pour illustrer la lutte entre les intérêts des multinationales et ces malchanceux ayant eu la bêtise de naître là où Shell fait des bénéfices, William Bourdon énumère quelques grands massacres perpétrés au nom des bénéfices. Le mercure déversé dans la mer du Japon, le lait pour bébés de Nestlé qui fait dérailler la chaîne alimentaire du Sud, l’Union Carbide qui, sans inconvénients, tue 20 000 hindous à Bhopal, Pfizer accusé d’avoir tué des gosses nigérians lors des essais d’un médicament, en passant par le naufrage de l’Érika. Bref inventaire de la désolation.

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sav du pauvre

Ce livre est si intense, et donne si bien, dans sa froideur, l’émotion qu’on éprouve quand on est témoin de l’horreur, qu’il est difficile à décrire posément. Le motif d’indignation est à toutes les pages. Hortefeux devrait le faire saisir pour trouble à la conscience tranquille. Prenez ces think tanks, ces usines à penser (privées) qui ajustent les lois aux États-Unis : ces associations de malfaiteurs poussent toujours les législateurs à s’adapter aux désirs des multinationales, et la norme Exxon ou Texaco devient le Code civil ou pénal. Prenez les paradis fiscaux, on voit mieux leur rôle quand coulent les pétroliers en Bretagne, mais le reste du business est à l’avenant : allez poursuivre une firme qui a son siège aux Iles Caïman…

Toujours dans son refus du rocking- chair, ce Bourdon qui souffre avec ses « patients », ne se contente pas d’énoncer, de dénoncer. Il tente de réparer, comme un service après-vente non prévu dans le contrat de confiance de la mondiale gouvernance. Sur la saloperie faite au Birmans, Total a négocié des réparations et au Mali, Areva a été contrainte de mettre de la santé dans son minerai. Tandis que certaines ONG deviennent des multinationales, avec parfois les défauts des trusts industriels, ou des États dans les États, partout de nouveaux révoltés se regroupent pour demander justice des crimes politiques ou industriels. Ce qui dans le monde selon Wall Street est souvent la même chose. Mais Adam Smith n’avait pas prévu Fitzgerald.

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