Vous êtes ici
Les motards se rebiffent
Si les discussions durent depuis huit mois, le clash avec les pouvoirs publics est récent, le point de discorde symbolique. La FFMC (Fédération française des motards en colère) demande depuis des lustres que soit reconnue la circulation inter-files en cas d’embouteillage, afin de pouvoir "l’intégrer dans la formation à tous les permis de conduire".
Bonne surprise de la part d’un gouvernement traditionnellement psychorigide, Michèle Merli, porte-parole du bureau de la circulation routière, annonce en 2009 un « test en faveur de la législation de la circulation des motos entre les files de voitures ». Las ! C’est une énième promesse non tenue. Pire, les policiers, survoltés par la politique du « Chiffre » imposée, continuent de verbaliser à la volée les motards remontant les files.
Plus tard, Michèle Merli et Dominique Bussereau (préposé aux Transports) tombent les masques, conseillant aux motards - ébahis - de rouler comme les voitures, ou de prendre le métro. Sur l’esplanade du Château de Vincennes, Jean-Marc Belotti (tribun de la FFMC) tonne dans le mégaphone : "Eh bien on les prend au mot ! "
Un tonnerre mécanique éclate aussitôt. Concert de klaxon, de coups de gaz, des moteurs hurlent, poussés au rupteur, tandis que quelques spectaculaires burn-out font fumigènes. Sur un signal, les milliers de motards quittent Vincennes pour aller rouler placidement sur le périphérique, causant une pagaille monstre, paralysant la circulation pour l’après-midi.
Sorti à porte d’Italie, l’infini cortège de deux-roues progresse vers le ventre de la capitale, passant par Bastille avant de stopper devant l’Hôtel de Ville, rue de Rivoli. Des centaines de casqués dévalent bientôt les marches du métro, poinçonnent leur ticket et bloquent une rame de la ligne 1, histoire de souligner le ridicule des déclarations ministérielles. Vers 18h00, la FFMC ayant rempli son carnet de route aujourd’hui appelle à la dispersion. Celle-ci se déroulera sans incidents. Pour cette fois.
Pour les motards la trêve est finie
Qui sont ces motards et scootards ? Des filles et garçons de tous les âges, de toutes origines, de toutes couleurs politiques. Dénominateur commun : tous savent parfaitement pourquoi ils sont là. Questionnés, il s’avère que leur frustration va au-delà du roulage « interfile ». Alors que dans nos mégalopoles le deux-roues motorisé devient la seule alternative rationnelle face à la congestion du trafic, que répond le gouvernement ? Répression outrancière, campagne de PV, menace de contrôle technique et de gilet jaune obligatoires, prolifération des radars, réseau routier piégeux, tartufferies du bureau de la « sécurité routière »…
Cette « traque aux nuisibles » les plus anciens des motards connaissent. Ils en furent déjà victimes sous Giscard, il y a trente ans. De cette ambiance mortifère est née la FFMC, au terme de manifestations bouillantes dans les rues de Paris. Ces jeunes « braillards casqués », en blouson de cuir, c’était tout un pan de la jeunesse française. Celle qui ringardisa et rejeta durablement Giscard d’Estaing et son musée de têtes de cire.
En 1980, Dominique Bussereau – qui n’est pas un perdreau de l’année - gravitait déjà autour des ministères du gouvernement Giscard. A cette époque Michèle Merli bossait au Conseil Général de la région PACA. L’histoire est un éternel recommencement, mais ces deux-là semblent avoir la mémoire courte.









