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Calais, ses ferrys, ses jungles, ses CRS

Jʼai choisi de suivre à Calais le quotidien de migrants pendant quelques jours. Africains de lʼest, Palestiniens ou encore Afghans : chaque communauté se regroupe pour vivre dans des jungles ou des squats, toujours dans des conditions déplorables. Mais la misère extrême nʼest pas leur seul calvaire.

Les politiques migratoires européennes et française ont fait de Calais une zone de non-droit. "Pour eux [Les Calaisiens] lʼessentiel est que les clandestins nʼerrent pas dans la ville ou aux abords de lʼagglomération. Pour éviter cela de manière définitive, hors les actions de dissuasion et de répression des forces de lʼordre, je le répète, je ne vois quʼune solution : que les clandestins ne viennent pas à Calais. Quʼils sachent que venir ici ne peut être une solution à leurs problèmes mais risque au contraire dʼaggraver leur drame." a dit Mr Besson le 27 janvier 2009.

Et cʼest par le harcèlement et la violence policière que les autorités comptent y arriver. Mineurs, réfugiés, demandeurs dʼasile : personne nʼest épargné. Ils sont parfois arrêtés plusieurs fois par jour, par la même demi-compagnie de CRS qui travaille ici.

Repas à risque

Les exemples sont nombreux pour montrer lʼabsurdité et les abus de cette politique. Celui des repas est lʼun des plus édifiants.

Avant septembre 2009 et la destruction de la jungle par Mr Besson, les distributions de nourriture, assurées par les associations humanitaires Salam et La Belle Etoile, avaient lieu dans des endroits situés non loin du centre-ville.

Désormais elles prennent place dans un espace grillagé et surmonté de barbelés, donnant au tout un air étrange de prison à ciel ouvert… Très excentré, il a clairement été mis en place pour cacher la population migrante, les rendre invisible tant que possible, mais aussi pour faciliter les contrôles de police. Les CRS et la PAF (Police Aux Frontières) ne se gênent pas pour lancer des opérations d’arrestation aux alentours de lʼaire de repas. Les interpellés se retrouvent alors privés dʼun droit fondamental, celui de manger.

Mercredi soir, cʼétait la première nuit du Ramadan. Jʼaccompagne avec des militants No Border [1] des migrants Pachtoun jusquʼà leur jungle pour y préparer leur repas.

Cʼétait sans compter les neuf passages de camion de CRS, puis lʼintervention par deux cars, une voiture banalisée et un van dʼarrestation (rien que ça !) pour interpeller les sept migrants avec qui nous étions. Ceux-ci ont tous été emmenés au commissariat de Coquelles, ni leurs papiers de demande d’asile ni leur âge (quelques-uns étaient mineurs) nʼont permis de les épargner. Cinq furent relâchés dans les deux heures, lʼun resta en garde à vue 24h et le dernier est encore enfermé au centre de rétention administrative de Coquelles.

Tous viennent dʼun pays où la guerre fait rage, mais l’empathie ne semble pas faire partie des qualités requises pour entrer dans les forces de lʼordre. Comme ils ont pu nous le répéter à loisir, ils ne font soi-disant qu’obéir aux ordres, et en sont fiers (dixit le chef présumé de la bande). Esclaves zélés du gouvernement en place, ils n’hésitent pas à détruire leurs effets personnels (fréquemment les migrants se plaignent de se faire voler leurs couvertures), voire plus…

Migrants et militants victimes de la police

Tout en relativisant, je me suis vite rendu compte que ce traitement nʼétait pas uniquement réservé aux migrants : pas question ici de garder traces de ces violences. Qu’on photographie ou quʼon critique les opérations, les intimidations (voire l’arrestation pour outrage) sont fréquentes, dès lors que lʼon ne se tait pas suffisamment, ou que les photos sont prises de trop près.

Certains jours, on me menace même de détruire mon appareil. Ainsi humiliations et injures sont monnaies courantes pour les personnes qui tentent de sʼinterposer ; de même quand on tente d’en saisir quelques images.

Bienvenue en France, "pays des droits de l’Homme"

Cette répression inhumaine et disproportionnée, les persécution quotidienne, nʼont quʼun but : le chiffre. Il faut faire des arrestations en nombre, quitte à arrêter mineurs, demandeurs dʼasile, réfugiés de guerre et ce, plusieurs fois par jour. Je ris jaune quand je relis les discours de Mr Besson sur la politique migratoire.

A Calais, deux jours suffisent pour comprendre que lʼoffensive sécuritaire du gouvernement, et celle décidée localement, a pris le pas sur les grandes valeurs républicaines, ne laissant place quʼà un racisme prégnant et une violence toujours plus accrue.

Pour voir le reportage en images, cliquez ci-dessous :

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