Vous êtes ici

Maghreb, les émeutiers privés de télés

Etre très vieux donne des rhumatismes et des rides. Ça laisse aussi des souvenirs. De Mai 68, par exemple. Les jeunes reporters d’alors, abonnés à relater des crimes minables, étaient très étonnés de se retrouver en train de couvrir un événement mondial aux côtés des reporters icônes de la BBC, de CBS ou du New York Times

Les journalistes français ne mesurent pas le sujet à son juste intérêt, mais au nombre de kilomètres qu’il faut faire en avion pour arriver sur le lieu du drame. Ainsi, pour les « grands reporters » et les rédacteurs en chef, Mai n’avait rien de plus que l’odeur d’un fait divers.

Quarante ans plus tard, la loi vaut toujours. Comme si l’Algérie et la Tunisie étaient toujours la France, les télés n’ont pas mobilisé leurs stars, des équivalents de Lolo Ferrari appliqués au domaine du reportage. En gros, les émeutes dans ces deux pays du Maghreb ont été moins bien traitées qu’un retard de train à Chalonnes-sur-Loire.

Pourquoi donc, en dehors du peu de kilomètres qui nous séparent de Tunis, ces hommes de télé sont-ils restés au bar  ? Parce que les patrons de chaînes, tout comme les ministres Besson, Hortefeux et Mitterrand, adorent se distraire à Hammamet ou Carthage, quand ce n’est pas Tozeur. L’eau est bleue, le ciel tendre et la jeunesse jolie.

Dans Ce soir ou jamais, sur France 3, Nicole Guedj, une dame de l’UMP dont on affirme qu’elle fut ministre de quelque chose, a craché le morceau. Ce qui se passe en Tunisie, la bonne cinquantaine de morts, ce n’est pas la même chose que si c’était le méchant Iranien Ahmadinejad qui les avait tués. Là, les balles sont sorties du fusil du si gentil Ben Ali qui, par là même, nous protège des islamistes. Tuer des innocents  ! Voilà une bonne recette contre le port de la barbe. Alors que des cameramen vont s’infiltrer jusqu’en Corée du Nord, ici, en Tunisie, rien, donc rien de ces images qui pourraient nous fausser le jugement.

En Algérie, c’est moins simple. Aucun de nos responsables de l’information ne possède une villa à Sidi-Ferruch, mais obtenir un visa de presse est très difficile. Cela signifie que les grandes télés n’ont même pas de correspondants installés à Alger  ! Il est vrai que ces histoires de Bougnoules, ça casse l’Audimat et la pub pour le couscous ne suffit pas à compenser.

Vous pouvez jeter votre zappette, désormais l’écran de Bakchich sera noir. Ce qui a un avantage  : c’est une couleur qui déplaît à Le Pen.

-----