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The Tree of Life : l’odyssée de Malick

Pour le grand retour de Bakchich, revenons un instant sur le miracle Tree of Life. Le film devait être l’événement de l’édition 2010 de Cannes, mais terminé deux mois après le festival, Terrence Malick l’a gardé bien au chaud sur une étagère pendant presque un an pour Cannes 2011. Imaginez la tête du producteur ! Attendu comme le messie, The Tree of Life a remporté la Palme cette année, mais a divisé la Croisette. Une partie de la critique s’est pincé le nez devant cet objet « new age », « pompier », « prétentieux », « un échec numérique »… D’autres ont parlé de chef-d’œuvre, du 2001 de Malick, mais même ses admirateurs (Libé ou Les Inrocks) semblaient en partie déçus, comme le journaleu des Inrocks qui écrit que le « film ressemble parfois à un clip born-again Christian, à une publicité pour secte new age.  » Etonnant pour une critique dithyrambique…

Un trip sensoriel

Entre le poème et la prière, The Tree of Life est une expérience non-verbale. Terrence Malick dépeint des âmes et parle directement à la vôtre. D’où les incompréhensions, les déceptions, et les mines déconfites des spectateurs qui restent en rade. Un peu comme les premiers spectateurs de 2001 l’odyssée de l’espace lors de la sortie du Kubrick en 1968. On est dans un cinéma immersif, un trip. Malick ne vous offre pas un nouveau film, mais une expérience sensorielle, un voyage tellurique au cœur de votre enfance. Il capte des sensations, des odeurs, des mouvements, des instants que l’on croyait oubliés à jamais, et vous les tatoue sur vos rétines. Un plongeon dans un lac, un jeu d’ombres avec un drap, des doigts qui courent sur le manche d’une guitare, le vol d’un papillon, la fin d’une journée où il faut arrêter de jouer et rentrer pour le dîner, cette mère lumineuse qui embrase toute une pièce, une maison que l’on quitte définitivement…

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En refusant la narration traditionnelle, la chronologie, Malick opère comme un poète ou un peintre impressionniste. Pas de dialogue, pas de psychologie, des fragments de vie, de mémoires, de sentiments. Malick vous cueille d’un direct au cœur, soutenu par la photo numérique divine de son chef opérateur Emmanuel Lubezki (qui devait réussir chaque plan en deux prises maximum) et de la musique de Berlioz, Mahler ou Brahms. Le spectateur n’a pas de repère, Malick raconte la naissance du monde et la mort d’une famille, mixe micro et macro, dépeint l’enfance dans l’Amérique des années 1950 et l’aube de la vie terrestre comme des paradis perdus, réinvente le cinéma et tous les codes de la narration. Quel cinéaste peut se targuer d’une pareille ambition ?

Le film d’une vie

The Tree of Life est le film d’une vie. Terrence Malick commence à travailler dessus après Les Moissons du ciel, dès la fin des années 70. Le film s’intitule alors Q. Plusieurs équipes sillonnent le monde et filment la barrière de corail, l’Etna, les glaces de l’Antarctique, des éclipses solaires, avant que Malick ne laisse tomber. Il disparaît alors, habite à Paris rue de Turbigo, se marie, fait des enfants, met le cinéma entre parenthèse (20 ans quand même) et revient en 1998 avec La Ligne rouge. Il remettra The Tree of Life sur des rails en 2007. Si ce film lui tient tellement à cœur, c’est que ce The Tree of Life est en grande partie autobiographique. La vie de Terrence Malick est un mystère complet, mais on sait néanmoins qu’il a longtemps vécu dans l’ombre d’un père autoritaire, et que son frère – guitariste virtuose – s’est suicidé. Un double traumatisme au cœur même de son film.

Il y a dans The Tree of Life une série de voix-off qui scande l’action, des phrases sublimes qui rythment la naissance de l’humanité et le paradis perdu des 50’s. Parmi ces incantations poétiques, plus belles répliques de l’histoire du cinéma : « Unless you love, your life will flash by ». Et sans Malick, que serait notre vie de cinéphile ?

The Tree of Life de Terrence Malick avec Brad Pitt, Jessica Chastain, Sean Penn, Hunter McCracken.