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Super 8 : pas si super


- Vacances de merde !

- T’as raison. Les distributeurs nous inondent de trucs nuls, moches, insultants. Vraiment qui peut prendre son pied en regardant Pirates des Caraïbes 4, Kung Fu Panda 2, Green Lantern, Cars 2, Colombiana ou Captain America  ? Sans parler de Tranformers 3. Qu’un « produit » pareil - mal écrit, mal joué, mal réalisé, sous-tendu par une idéologie réac - puisse récolter des millions de dollars ne laisse présager rien de bon sur l’avenir du cinéma US.

- Et Super 8  ? La presse spécialisée est hystérique.

- Ecoute, à côté de Transformers 3, c’est Citizen Kane. Mais si tu te fies à cette presse de propagande, qui fait des couvertures sur des films qu’elle n’a même pas vus…

- Tu t’égares là. Donc Super 8, intronisé « grand film de l’été 2011 ».

- Ca se regarde, c’est sympathique, mais bon, aussitôt vu, aussitôt oublié… Un pop corn movie, qui laisse néanmoins un mauvais goût dans la bouche.

- Et le pitch ?

J.J. l’amoroso de Spielberg

- Eté 1979 (attention, la date est importante). Une bande de mômes stéréotypés – le gros, la rebelle, le débrouillard, celui-avec-un-appareil-dentaire, autant pour la caractérisation des personnages - profite de l’été pour tourner un film de zombies en Super 8. Une nuit, alors qu’ils tournent près d’une gare, ils filment à une incroyable catastrophe ferroviaire. Du train s’échappe une grosse bébête venue d’ailleurs qui va ravager la ville…

- Ah oui, comme originalité…

- C’est signé du roi de la récup, J.J. Abrams, à l’origine des séries télé Alias et Lost, également réalisateur de Mission : impossible III et du dernier Star Trek.

- Y pire comme filmo, non ?

- Effectivement. Le gars est malin, cinéphage, roué ; j’ai l’impression que ses scripts sont des concepts, des recettes marketing. Il manque quelque chose à J. J. l’Amoroso : une âme. Son cinéma préfabriqué manque sincèrement de personnalité, d’émotion. Je te mets au défi de me raconter Mission : impossible ou Star Trek.

- Dans Mission, Tom fait mumuse en Chine et Star Trek racontait l’origine de Kirk et de Spock. J’ai bon ?

- Voilà, c’est comme ça que J. J. a dû vendre ses films aux producteurs. C’est du cinéma Twitter. Avec de petites répliques comme «  Mon divorce m’a coûté une planète.  »

Attention Super 8 est autobiographique…

- Et Super 8 ?

- J. J. nous fait le coup du petit film perso, celui qui vient du cœur. Le gentil héros, un peu loser, c’est J. J. himself qui bricolait des petits films dès l’âge de huit ans. Attention, Super 8 est AUTOBIOGRAPHIQUE. Mais J. J. est tellement peu doué qu’il n’y a pas une once d’émotion en 1H 52. Avec un film de mômes, faut le faire…

- Bon, et Spielberg ? Super 8 est une production Spielberg et un hommage au maître.

- En effet, il paraît que Spielby a bossé sur le scénario et sur le montage. Mais surtout, le film est une sorte de copier/coller du cinéma de Spielberg, une compil’, un best-of. Est-ce que c’est intéressant ? Pas vraiment ! Ca m’a fait penser à ce truc débile de Christophe Gans, Le Pacte des loups. Grand cinéphile devant l’éternel, Gans recopiait tous ses cinéastes préférés : Bava, Fuller, Leone ou les films de la Shaw Brothers… C’était virtuose, mais crétin, un objet vide et désincarné de cinéphile-psychopathe. Ici, J. J. nous régurgite son « Petit Spiellberg illustré ». Pas un plan qui ne soit pas emprunté à Rencontres du troisième type, Les Dents de la mer, Les Goonies, La Guerre des mondes ou bien sûr E.T. qui est pillé dans les grandes largeurs

- Y a pire…

- Bien sûr. Mais cela ne suffit pas. Ce n’est pas parce que tu recopies un grand réalisateur que ton film se métamorphose en chef-d’œuvre. Spielby possède au moins trois qualités que J. J. n’a pas. Premièrement, il sait que malgré la technologie ou la virtuosité, un film ne fonctionne que s’il est basé sur de vrais personnages, pas de patins stéréotypés. Deuxièmement, entre deux explosions, Sielberg sait faire naître l’émotion : impossible de ne pas avoir le cœur broyé en regardant E. T., Attrape-moi si tu peux ou La Liste de Schindller. Troisièmement, Spielberg est un immense metteur en scène, un génie.

- Euh, tu parles du réalisateur d’Indiana Jones et le crâne de cristal ?

- Regarde le Blu Ray sur ton écran géant et tu vas découvrir…

- Quoi, qu’Harrison Ford a des hémorroïdes ?

Poudre aux yeux pour cinéphile nostalgique

- T’es trop con… Fais l’expérience suivante. Regarde le film, coupe le son et contemple. Ce film, largement décrié, je sais, est un pur fantasme de mise en scène old school. Les mouvements de caméra, les cadrages, la photo, la façon dont il raconte une histoire avec sa caméra, c’est simplement stupéfiant…

- OK, je résume : J. J. aimerait bien être Spielberg et il n’est que J. J.

- Absolument. J’ai eu l’impression qu’il était sincère que lors du générique de fin, quand on découvre enfin le film amateur réalisé par les mômes, de loin le meilleur moment du film. Tout le reste est de la poudre aux yeux, de l’enculage de cinéphile nostalgique.

- Oh là, doucement…

- Quand je pense que J.J. se gargarise partout dans la presse en racontant qu’il n’a jamais eu l’intention de « signer un hommage à Spielberg »… En plus d’être malhonnête, cet expert-comptable nous prend carrément pour des cons.


Super 8 de J. J. Abrams, avec Kyle Chandler, Elle Fanning, Joel Courtney, Gabriel Basso.
En salles le 3 août 2011

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