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Conan : Connard le barbant
Et cette nouvelle version de Conan ? J’ai vu l’affiche, ça fait très peur quand même.
Par Crom, tu peux avoir peur. On dirait un épisode de Xena la guerrière, tourné pour 3, 50 euros dans une cave, interprété par un catcheur autiste, bidouillé par les informaticiens stagiaires sur 300 et avec une 3D toute pourrie.
Très vendeur. C’est rageant car le matériau d’origine est extraordinaire : les romans de Robert E. Howard, les BD de Roy Thomas ou le film de John Milius, avec Schwarzy.
Il y a un univers, des histoires incroyables, un personnage quasi mythologique et que font les trois scénaristes nullos de ce reboot, à savoir Thomas Dean Donnelly (Sahara, une daube avec Matthew McConaughey), Joshua Oppenheimer (Sahara, également, que de la qualité, donc) et Sean Hood (Halloween : Résurrection) ? Rien ! Dans un prologue d’une laideur épouvantable, avec une 3D qui évoque les visionneuses View-Master des années 60, une voix-off évoque un masque aux pouvoirs extraordinaires, dont les morceaux sont cachés dans tout le royaume. Un grand méchant, coiffé comme un dessous-de-bras, décide de mettre la main sur le masque afin de faire revivre sa sorcière de femme. Il est sur le point d’y arriver et de devenir le maître du monde, mais bientôt il trouve sur sa route Conan, dont il a tué le papa. Ai-je besoin de raconter la suite ?
Heroic Fantasy pour les Nuls
Non merci, ça ira. J’ai l’impression d’avoir déjà vu la chose cent fois…
Il y a néanmoins une idée. La première image de Conan est un plan in utero. On voit donc la tête du fœtus, puis une lame d’acier qui passe à côté du visage et donc transperce le ventre de la mère. Pour sauver le bébé, le papa, Ron Perlman, va faire une petite césarienne à sa femme, sans péridurale, sur le champ de bataille. Une scène barbare, vraiment dans l’esprit de Conan. Pour le reste, les scénaristes régurgitent plan par plan les dix films qu’ils ont vus : Il était une fois dans l’Ouest, Matrix, Les Griffes de la nuit, La Momie, le ciné de Hong Kong, et pompent Le Seigneur des anneaux dans les grandes largeurs. J’ai eu l’impression qu’ils avaient appris par cœur L’Heroïc Fantasy pour les Nuls…
Et alors ?
Ils auraient simplement dû lire les BD des années 70 de la Marvel. Le scénario, comme un porno, ne semble qu’un alibi pour une scène de combat toutes les dix minutes. La direction artistique est repoussante, que ce soit les costumes ou les décors. Devant tant de laideur, j’ai eu la désagréable impression pendant tout le film que ce truc a été fait par des commerçants pingres qui désiraient faire des économies sur tout : acteurs de second plan, scénaristes débutants, techniciens de séries Z, tournage en Bulgarie, effets numériques cheap, 3D fauchée… D’où le côté très télé de l’entreprise.
Et les acteurs ?
Ron Perlman cabotine, tout comme Stephen Lang, le méchant d’Avatar, ou Saïd Taghamoui qui joue un… voleur ! Seule Rose McGowan, avant son affreux lifting, semble s’amuser un peu, en incarnant une sorcière punk-gothique avec des griffes d’acier et des pompes à semelles compensées. Il y a également un tas de figurants tatoués, avec des dents pourries qui font du kung-fu, ce qui reste un poil mystérieux. La plupart du temps, les acteurs en peaux de bête roulent des yeux comme dans un film muet et déclament des répliques débiles comme si c’était du Shakespeare.
Plus fort que Nietzsche
Exemple ?
« I live, I love, I slay, I’m content. » Que l’on pourrait traduire par « Je vis, j’aime, j’extermine, je suis satisfait. » Plus fort que Nietzsche…
J’adore. Une autre, une autre.
« Je ne veux pas ton royaume. Je veux ta tête ! »
Arrête, j’ai la gaule.
Pour faire passer le temps – la plaisanterie dure quand près de deux heures - le réalisateur sort de son ordinateur portable une pieuvre numérique, des momies et des hectolitres d’hémoglobine. Et pour t’empêcher de t’endormir, il pousse à fond les explosions et une musak de supermarché. Quand je pense à la partition de l’original signée Basil Poledouris. Paix à son âme…
Pour conclure ?
Je te conseille plutôt de revoir le Conan signé John Milius, qui vient de sortir en Blu Ray. Milius n’a pas la cote ici, mais c’est un sacré mec, scénariste de Dirty Harry, d’Apocalypse now et réalisateur du film de surf Big Wednesday. Son Conan, même s’il a vieilli, a du souffle, des couilles et certaines scènes - comme celles des gladiateurs ou l’attaque du village de Conan - ont toujours de la gueule.
Conan de Narcus Nipsel avec Jason Momoa, Rachel Nichols, Stephen Lang, Rose McGowan et Ron Perlman.
En salles le 17 août 2011



