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Crazy Stupid Love : 40 ans et toujours blaireau


- Dis donc, c’est vraiment une merde Crazy Stupid Love  ?

- T’es dingue ! Et pourquoi ce serait une merde ?

- La critique semble se boucher le nez.

- C’est vrai. Il n’y a que le magazine Première qui aime vraiment et qui en a fait « le Film du mois ».

- Alors ?

- C’est une comédie sentimentale sophistiquée, quelque part entre James L. Brooks, le réalisateur de Tendres passions, Judd Apatow période Funny People, et Woody Allen, si celui-ci daignait poser sa caméra en banlieue. Ce n’est pas vraiment une surprise puisque c’est la seconde réalisation de Glenn Ficarra et John Requa, les auteurs de I love you Philip Morris.

Ma femme a une relation sexuelle

- J’avais adoré cette comédie très gay et (dé)culottée, avec des nuages en forme de bites, où Jim Carrey, bon père de famille, bon mari et bon Chrétien, se tapait tous les mecs qu’il pouvait.

-  Crazy Stupid Love est beaucoup moins subversif, abrasif. Mais tout aussi réussi.

- Le pitch ?

- Steve Carell est le quadra américain moyen, marié à son amour de jeunesse, papa de trois enfants, propriétaire d’une belle maison de banlieue. Lors d’un dîner en amoureux, il voit son petit bonheur voler en morceaux quand sa femme lui annonce qu’elle le quitte car elle a rencontré un autre homme. Muré dans sa douleur, il quitte le domicile conjugal et commence à hanter les bars branchés à la recherche de conquêtes féminines. Avec son look de blaireau, ses baskets New Balance et son habitude de se pleurer à voix haute sur son sort («  Ma femme a une relation sexuelle avec quelqu’un qui n’est pas moi  »), il se prend bien sûr gamelle sur râteau. Jusqu’au jour où il rencontre Ryan Gosling, playboy cynique et arrogant qui va l’initier à l’art délicat de la séduction.

- C’est Hitch, la merdouille avec Will Smith.

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Je baise donc je suis

- Pas du tout, c’est autrement mieux écrit. Ryan Gosling va le relooker, comme dans Pretty Woman, et lui apprendre comment consommer les femmes. Car ici, c’est « Je baise donc je suis  ». Dans n’importe quel autre film US mainstream, Carell retournerait vite dans les draps de bobonne. Ici, il s’envoie en l’air avec Marisa Tomei, puis avec une petite dizaine de jeunes femmes avenantes, sans atermoiement, ni culpabilité. Mine de rien, le film en dit long sur le désespoir du mâle occidental. Ce n’est pas du Houellebecq, mais…

- Néanmoins, je suis sûr qu’il va retrouver sa femme à la fin.

- Bien sûr, car c’est Julianne Moore. Tu pourrais vivre sans Julianne Moore, toi ?

- Non.

- Voilà ! Ce n’est pas un éloge du mariage pour autant. C’est un film sur l’amour dans tous ses états. C’est pour cela qu’il s’intitule Crazy, Stupid, Love (avec les virgules en V.O, sans virgule en VF). En plus des affres de Carell, le film décrit les vertiges de l’amour d’une dizaine de personnages, dont sa femme, son mentor, son fils, sa fille, sa baby-sitter… Quasiment un film choral.

Casting improbable

- D’où le casting…

- …hautement improbable. Absolument ! Déjà, mettre face à face Steve Carell et Ryan Gosling, c’est déjà culotté. Meilleur acteur de sa génération, le Canadien Ryan Gosling n’avait jamais joué la comédie. Ici, il s’est fait un look de bogosse, avec brushing immaculé, plaquettes de chocolat, et fait preuve d’une vista comique plutôt stupéfiante. Dans les seconds rôles, il y a la sublime Julianne Moore, Emma Stone, repérée dans Supergrave et Bienvenue à Zombieland, Marisa Tomei, géniale en ancienne alcoolique hystéro, ou encore Kevin Bacon : le casting de l’année !

- Et c’est drôle ?

- Le film a été écrit par Dan Fogelman, scénariste des deux Cars made in Pixar et de Volt, star malgré lui. C’est très habilement tricoté, avec imbroglios, coups de théâtre, moments d’anthologie et répliques imparables.

- Du genre ?

- Quand Gosling relooke Carell, il lui lance : «  Tu vaux mieux que Gap, tu vaux mieux que Gap. Répète !  »

- Conclusion.

- C’est de loin le meilleur film de Steve Carell, qui s’était un poil égaré depuis Little Miss Sunshine. Un feel good movie, à la fois émouvant et hilarant, véritable comédie humaine bercée par la musique des Talking Heads (This must be the Place, bien sûr) ou d’Andrew Bird. Tu connais beaucoup de films qui se terminent sur Tenuousness, toi ?


Crazy Stupid Love de Glenn Ficarra & John Requa, avec Steve Carell, Ryan Gosling, Julianne Moore, Emma Stone, Marisa Tomei, Kevin Bacon.
En salles le 14 septembre

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