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Tintin, du numérique pas vraiment ad hoc
J’ai vu la bande-annonce de Tintin. J’y vais ?
Tine-Tine.
Quoi ?
Tine-Tine. C’est un film américain. Tintin s’appelle Tine-Tine.
Et Milou ?
Snowy.
Ah, quand même ! Et les Dupont ?
Thompson et Thomson. Donc, ce n’est pas Tintin, c’est Tine-Tine.
OK, j’ai compris. Mais tu veux dire quoi, que ce n’est plus du Hergé, c’est du Spielberg, c’est ça ?
Dessin bricolé
Non, même pas. Je sais que Spielberg rêvait de réaliser cette adaptation depuis 30 ans, mais je n’ai pas eu non plus l’impression de voir un film de Spielberg.
Pourquoi donc ?
La faute à la « performance capture », cette technique qui permet de numériser les mouvements ou les expressions d’un acteur, puis d’animer un personnage virtuel. Pendant tout le film, j’avais l’impression d’assister à un dessin animé bricolé par des informaticiens de génie, pas par le réalisateur surdoué des Dents de la mer, Rencontres du troisième type ou Il faut sauver le soldat Ryan.
Pourtant, ça marchait dans Avatar.
La ligne claire violée par la 3D
Absolument, car James Cameron confrontait des personnages de synthèse à de vrais acteurs. Beowulf, intégralement tourné en « performance capture », fonctionnait à cause de son univers barbare d’heroic fantasy. Mais ici, le héros de ligne claire, est revisité, animé par des images numériques rutilantes et des effets 3D, est-ce bien raisonnable ?
Tout est donc à jeter ?
Votre visage m’est familier
Non, notamment le scénario qui tricote le fil des intrigues du Crabe aux pinces d’or et du Secret de la Licorne. Il y a de belles idées, des trouvailles épatantes, comme le professeur Sakharine qui devient un descendant de Rackham le Rouge et même une apparition émouvante d’Hergé himself, qui peint le portrait de Tine-Tine et qui lance « Votre visage m’est familier » à la créature de synthèse en lui tendant un vrai dessin 2D d’Hergé. Le générique animé, très beau, comme dans Attrape-moi si tu peux, est également un grand moment.
Et les morceaux de bravoure de la bande-annonce ?
Surenchère
C’est virtuose, plutôt bluffant, mais cela ressemble à n’importe quelle grosse machine hollywoodienne. Il y a notamment une incroyable poursuite, un truc complètement virtuose, mais à l’opposé de l’esprit d’Hergé. Et c’est un peu le problème du film. Là où Hergé misait sur le charme, l’humour, l’art du mouvement et l’intelligence, Spielberg et ses informaticiens jouent la surenchère dans l’action et les explosions. Quasiment du Michael Bay…
Ouah, l’insulte !
Hergé dans le désert
J’ai dit quasiment. Spielberg sait quand même torcher une scène. Mais pendant tout le film, j’avais envie qu’il se pose, qu’il donne un peu de chair à ses créatures numériques, un peu d’âme. Mais non, ce qui l’intéresse, c’est la pyrotechnie, les flingues, la baston… Rien à voir avec Tintin ! C’est peut-être pour cela que ma séquence préférée est celle de la longue marche dans le désert avec Tine-Tine et Haddock, une vraie respiration.
Il va y avoir une suite ?
Oui, elle devrait être tournée par Peter Jackson, le cinéaste du Seigneur des anneaux et de King Kong. Je pense que ce sera aussi impersonnel que le Spielberg. On est dans la superproduction à 200 millions de dollars, avec 100 millions en bonus pour le marketing, et un héros inconnu des Américains. Il faut donc du lourd, du très lourd. Trop lourd.
J’ai l’impression que pour toi, c’était voué à l’échec.
Bien sûr. Si tu as lu les BD d’Hergé étant môme, décortiqué chaque case, laissé ton imagination vagabonder des heures durant sur les centaines de pages, tu as déjà fait le film dans ta tête, des milliers de fois, la poésie en plus. Et c’est autrement plus fort que ce produit de synthèse.
Les Aventures de Tintin : Le Secret de la Licorne,
de Steven Spielberg avec Jamie Bell, Andy Serkis, Nick Frost, Daniel Craig, Simon Pegg, Toby Jones.
En salles le 26 octobre




