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Paul Lantiéri cherche la Concorde pour Noël

Disparu depuis près de 4 ans, Paul Lantiéri, le patron du Cercle Concorde réapparait pour les fêtes. Et a même envoyé une lettre à petit papa Duchaîne, le juge en charge du dossier au tribunal de Marseille.

1er décembre 2007. C'est la dernière fois que l'un des protagonistes de l'affaire du Cercle Concorde, cet établissement de jeux parisien soupçonné d'avoir été une lessiveuse pour le grand banditisme corso-marseillais, a eu des nouvelles du patron des lieux, Paul Lantiéri. Le Bonifacien, alors en Suisse, regardait s'agiter les flics autour de son Cercle, ses restaurants aixois, et ses (ex?) amis du Milieu.

Depuis, malgré un mandat d'arrêt international, un juge tenace et semble-t-il grâce à quelques fuites, l'échalas, a disparu. Sans rester pourtant inactif. Subtilité du droit français, ses intérêts dans les restaurants aixois de la Rotonde et des Artistes ont été fort bien défendus par son frère, Jean-Baptiste Lantiéri.

 

La cavale n'empêche pas les affaires

 

Le 3 septembre 2010, un juge des tutelles du tribunal d'Ajaccio, constatant l'absence de M. Paul, a désigné Antoine en tant que représentant légal pour administrer ses biens et autres affaires. Qui se portent apparemment fort bien. Dès le 25 du même mois, Antoine a racheté au nom du frérot les parts du banquier suisse François Rouge dans les restaurants aixois. Prix de la transaction, dont Bakchich a pu parcourir les détails, 672 000 euros. Une somme rondelette sur laquelle les policiers marseillais n'ont, aux dernières nouvelles, pas fini de s'interroger. «Cela parait peu, et on se demande bien d'où il a pu tirer ce fric », glisse une souris de l'Evêché, le commissariat central marseillais. 

Les soupçonneux! Comme si une cavale empêchait de faire des affaires…

Sans doute impatient de prendre pleinement possession des lieux, un an après être devenu propriétaire des deux restaurants de la bonne ville du Roy René, Paul a tenu- via ses avocats- à se signaler au juge Duchaine en septembre dernier. Une discussion qui avait tourné court. « Il a demandé ce qui l’attendait s’il se rendait, le juge lui a répondu simplement : direction la case prison », sourit une source judiciaire.

Mais Paul n'est pas de ces entrepreneurs à abandonner devant le premier obstacle venu. Ne s'est-il pas relancé, sitôt sa boîte de nuit ajaccienne, l'Amnésia, partie en fumée en 2000, dans le business ? Sitôt la réponse du juge connue sur son avenir, le maquisard et ses conseils ont planché... sur le réquisitoire de renvoi du Cerclé, achevé le 13 octobre dernier par le vice-procureur Marc Rivet.

 

Mafia Blues

 

Il aura fallu un gros mois aux avocats de Paul Lantiéri pour pondre 26 pages d'une coquette argumentation, envoyée au juge Duchaîne le 24 novembre dernier... et à quelques avocats des mis en examen que la fuite de Paul a, semble-t-il, exaspéré.

Dans leur prose, Me Daoud et Mercinier s'emploient d'abord à dédouaner leur client de toute volonté de se soustraire à la justice de leur pays. Le garçon souffre en fait de petits soucis psys… causés par la lutte entre lui et la clan Raffali-Fédérici pour le contrôle de son établissement.

 

«Quels  que  soient  les  griefs  qui peuvent  être  faits  à Paul  LANTIERI,  il est un  fait qui  est  incontestable  et que  l'enquête  et l'instruction  ont dû révéler  : Paul LANTIERI  et François  ROUGE  ont été purêment  et  simplement  évincés  du cercle  Concorde  par  Jacques  BUTTAFOGHI  et Jean-François  FEDERICI  en mai  et  juin 2007  et ce,  à la demande  d'Edmond  RAFFALLI.  Cette  éviction  a été extrêmement  brutale  et a été  accompanée  de  menaces  proférées  à l'encontre  de  Paul  LANTIERI  par  Jacques  BUTTAFOGHI. Paul  LANTIERI  a été très affecté  par  cette  situation  qui l'a conduit  à perdre  l'intégralité  des  fonds  qu'il  avait  investis  et à craindre  pour  son  intégrité  physique.  Paul  LANTIERI  a ainsi  été  suiivi  psychologiquement  à partir  de l'été  2007.  ce sont  les  raisons  qui ont conduit  paul  LANTIERI  à fuir lorsqu'ont  débuté  les  opérations  d'interpellatlon  en novembre  2007.» 

 

Voilà pour l'explication de la longue cavale de M. Paul. Pas du tout une fuite, seulement un intermède médical….Ce quiproquo entre lesenquêteurs et lui aplani, Lantiéri peut se lancer dans un long- et prudent- plaidoyer pro domo.

 

Les enquêteurs se trompent de bergerie

 

 

Et le bonhomme de clarifier la nature de ses relations avec les noms cités dans le réquisitoire. Avec les Fédérici, que ce fut Ange-Toussaint ou Jean-François, il n'a jamais été question de relations professionnelles et amicales, décrit l'intéressé sans s'appesantir sur son propre rôle pour exfiltrer et faire soigner ATF, après la tuerie de la Brasserie des Marronniers. Tout juste pense-t-il avoir déjeuné avec eux à la Rotonde, où il est vrai, se presse bien du monde. Politiques, grands flics ou bandits insulaires… Bref, pas de relations avec les bergers de Venzolasca: «Paul  LANTIERI  affirme  haut  et fort qu'il n'a  entretênu  aucune  relation  relative  au  cercle  concorde,  ni avec  Jacques  BUTTAFOGHI,  ni  avec  la  famille  FEDERICI»

 

A propos de Roland Cassone, légende du milieu marseillais, Paul se veut un peu plus bavard. Le «Vieux Monsieur», comme il le désignait dans des écoutes judiciaires, n'a jamais rien eu à voir avec le Cercle Concorde. Et sa présence, lors d'un conclave pour pacifier les relations entre associés de l'établissement, au printemps 2007, n'était que fortuit. Leur relation n'était que pure et désintéressée amitié. D'ailleurs, c'est un autre vieux monsieur qui les avait présentés, Dominique Venturi, un ami de longue date de la famille Lantiéri.

 

Aujourd'hui décédé, Nick, l'ex de la French connection, lui a certe bien prêté un petit pécule de près de 500 000 euros sur un compte logé aux Bahamas, mais cette avance, presque aussitôt remboursée, n'avait pas de lien avec le Cercle Concorde ou même ses restaurants aixois. Qu'on se le dise, feu Venturi n'a pas succombé au démon du jeu.

 

Pas de reddition en vue?

 

«Du  reste,  Paul  LANTIERI  ne  représentait  les  intérêts  de personne», et tant pis pour les kilomètres d'écoutes, les montagnes de documents et de PV accumulés bêtement par la police. Les flics ont fait fausse route. Sur toute la ligne!

 

Car, à croire Paul Lantiéri, pas un euro investi par ses soins dans ses affaires n'a une origine illicite. Et l'homme de la nuit est tout prêt à en apporter la preuve. Les quelques 2 millions d'euros investis proviennent tout simplement d'une commission touchée pour avoir réglé un différend entre hôteliers suisses. Reste toutefois à démontrer l'origine des autres fonds qui ont permis la naissance du Cercle et de son restaurant attenant, le Rich…

 

Quant au Cercle en lui-même, les enquêteurs se sont emmêlés les pinceaux. Paul Lantiéri n'en a jamais été dirigeant. Pour preuve, il n'était pas dans les statuts. Tout juste consent-il avoir été désigné maître d'ouvrage par l'Association du Cercle - dont l'objet, pour mémoire, était de promouvoir l'idéal républicain et oeuvrer à la mise en oeuvre des Etats-Unis d'Europe - et avoir assuré le rôle de banquier. «Paul  LANTlERl était  membre  du pool des  banquiers  constitué  à l'initiative  d'Edmond  RAFFALLI  qui  se partageaient  les  gains », décrivent ses avocat, en se pressant d'ajouter « que Paul  LANTIERI  n'avait  encore  retiré  aucun  profit  du Cercle  lorsqu'il  a été  évincé  fin mai  2007».    

 

En somme, pendant son absence, les policiers, juges et autres magistrats ont chargé la mauvaise barque. Que ne s'est-il pas rendu plus tôt à la justice pour éclaircir sa cécité légendaire! 

 

 

Sa reddition, selon les informations glanées par Bakchich, n'est étrangement pas à l'ordre du jour. «Il a toujours peur, des 6 à 8 mois de préventive promis, mais aussi des petites inimités que sa cavale a créées », concèdent ses proches. L'analyse des destinataires de ses courriers en dit long sur les gens qu'il cherche à rassurer. Les avocats de Roland Cassonne, qui a connu son premier séjour en prison à plus de 60 ans avec cette affaire, et d'Ange-Toussaint Fédérici - qui attend le procès en appel de la tuerie des Marronniers pour laquelle il a été condamné en 1ere instance à 28 ans de prison -, ont notamment eu l'heur de recevoir sa missive en même temps que le juge. Pas sûr que cela ait calmé la rancoeur de leurs clients. Ou calmé le courroux des juges marseillais. Et le juge Duchaîne qui se remettait tout juste d'une crise de calculs...

 

Xavier Monnier