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Doc Gynéco accouche à coeur ouvert

Estampillé Sarko en 2007 le rappeur sort -enfin- un nouvel album en 2012. Sans faire campagne. Balade.

« J’ai vendu plus d’un million d’albums, tout pour ma pomme/ Rien pour les chiens, un tiers pour ma mère et pour les frangins » rappaient en 1999, les membres de la Clinique, protégés de Doc Gynéco, sur leur morceau Star.   

Pensaient t-ils à leur Pygmalion Doc Gynéco et à son million de Première Consultation écoulé en écrivant ces rimes ?

Star, Bruno Beausir l’est assurément, à en en juger par les murmures sur son passage, les demandes de photos des 7 à 77 ans,  les regards déférents de ceux qui souhaitent seulement lui serrer la main ou lui faire la bise. 

 « On est à Saint Germain, alors je me suis habillé rive gauche ». Hilare, il débarque au troquet où nous avons rendez vous près de la gare Montparnasse en pointant du doigt son écharpe orange de néo romantique.  « Je ne vais pas pouvoir vous isoler », annonce le chef de rang  d’un air lugubre. Pas grave. Les caprices de star et les carrés VIP, ça n’a jamais été son truc.

 « Viens, on marche. J’aime bien marcher »,  lance-t-il doucement, sitôt fini son Coca.

 

Il marche des kilomètres chaque jour, d’un pas tranquille. « Avant j’avais un scooter mais je ne l’utilise plus. Il était trop high tech, trop moderne, je reviens à des trucs humbles» ; un retour aux sources pour celui qui rappait en 1998 «Je marche tranquille dans la ville, j’évite les civils et reste le patron du style».  

 

 

 

Saint Germain, parcours initiatique

 

Les antiquaires de la rue Jacob le dévisagent sur le pas de leur porte. Il faut admettre qu’avec son épaisse doudoune et son bonnet de rasta rose, il dénote parmi les germanopratines Burburry-Repetto. 

Doc Gynéco n’est pas né ici, entre les Deux Magots et le quartier des éditeurs. On le lui a d’ailleurs assez fait sentir pendant son idylle hyper médiatisée avec Christine Angot, qu’elle dévoilera sans pudeur dans Le marché des amants.

 «Saint Germain est un parcours initiatique. On ne rencontre pas tout de suite Philipe Sollers. On tombe d’abord sur Christine Angot ! Christine c’est une femme brillante, mais elle intellectualise tout. Tu vois il y a  des choses simples, qui glissent. Quand tu manges un grec il n’y a rien de spirituel, Christine ira toujours chercher une profondeur dans certaines choses qui n’en ont pas » 

 

Arrivés à l’Assemblée Nationale, on traverse. La rive droite, l’avenue Montaigne, l’Alma. Changement de décor et d’ambiance. Ici, il est « Bruno ». Loin des murmures et des regards furtifs des passants du boulevard St Germain. Les exclamations sont franches et spontanées, les demandes de photos à l’Iphone s’enchaînent tous les 5 mètres. 

Il se prête volontiers au jeu. Sourire aux lèvres, il distribue les tapes dans le dos de ses fans. D'office, les lascars des Champs Elysées lui serrent la main et les femmes mûres lui font la bise avec tellement de naturel qu’on ne sait plus s'il les connaît vraiment. Devant le Plaza Athénée, un chasseur de stars l’alpague « Wesh Bruno mon poto ! C’est la journée là, y a aussi Bradley Cooper qui est en interview ».

 

 

Le 16ème en refuge anti-bobo

 

On est tout près du Trocadéro ; à quelques pas de chez lui. Alors Bruno, est ce que tu pèses, t’habites dans le 16, tu ne manges plus de guez, t’es à l’aise ?  « Quand j’ai commencé à gagner de l’argent, j’ai voulu vivre à St Germain, le quartier emblématique des artistes. Même après avoir bien vendu mon premier album c'était inaccessible pour moi ! J’étais chez Virgin à l’époque, j’étais jeune. Ils parlaient tous de Saint Germain ou de la place des Vosges. Quand j’ai emménagé dans le 16ème ça a été une catastrophe. Le voisinage a gueulé, prétendant que c’était soit disant mauvais pour l’image du quartier… les bobos de la musique disaient tous  'ouais, Bruno il habite dans le 16e, ça craint, il fait son bourge’. Et moi je me justifiais : « mais les mecs, c'est parce que c'est moins cher ! » »

 

 

C'est facile de compatir à la misère depuis la rive gauche

 

On le sent assez remonté contre l’intelligentsia bobo.

«C’est facile de compatir à la misère depuis la rive gauche, dans les quartiers où le mètre carré est hors de prix. Les bobos humanistes qui ont crié au scandale quand j'ai soutenu Sarko me font rire. Ils viennent te parler des problèmes sociaux, depuis leurs bunkers de St Germain, et mettent leurs gosses dans des écoles privées. Attablés au Café de Flore et sans avoir jamais parlé à un scarla de leur vie, ils te racontent que « la banlieue est un trésor »». 

C’est vrai qu’on assènerait bien les paroles de son Viens faire un tour dans les cités à cette gauche dite caviar bien pensante, qui change de trottoir dès qu’elle voit une bande de jeunes « issus de l’immigration » en survet-casquettes…

« Alors oui, ils font de beaux films sur les ouvriers et les petites gens pour se donner bonne conscience. Ce n’est pas pour ca qu’ils ne valent mieux que la droite. Ils appellent leurs boites de prod’ la petite marchande de sable, la petite maison dans la prairie, la petite fille aux allumettes, des noms un peu miséreux. La vérité c’est qu’avec ces gens là, quand t’es artiste, il ne faut jamais parler de cash. Ce qui m’a séduit chez Sarkozy, c’est qu’il parle d’argent franchement. Quand tu vas à un rendez vous pro avec des pontes du ciné pseudo gauchos, on ne parle jamais de thunes, c’est la règle. Qui sera le réal’ qui seront les acteurs… Eux se comprennent dans leurs codes implicites mais si tu parles de sous, ils rient de manière gênée et te font passer pour un sauvage. C’est ce que j’ai appris en étant artiste, dès que tu parles d’argent tu es mal vu, c’est très hypocrite. »

 

«Moi je pensais que la vie, c'était comme dans Will Hunting»

Ce qu’il garde en travers de la gorge ? Cette mise au ban par un monde qui s’autorise à le cataloguer. L’occasion était trop belle d’en faire un cliché de rappeur foncedé sans cause.  « On ne m’a jamais félicité pour ma réussite, pour être sorti du ghetto. Moi je pensais que la vie, c’était comme dans Will Hunting ! Les gens ont pris plaisir à me faire passer pour un vendu, un quasi facho quand j’ai soutenu Sarkozy. Je ne suis pas de gauche, mais j’ai toujours pris soin de garder une part de ce que je gagnais pour les pauvres ; j’ai toujours fait profiter les rejetés du système du moindre voyage, de la moindre émission télé, du moindre concert, pour leur faire connaître l’envers du décor. J’ai sûrement plus donné que des bobos socialistes au grand cœur. A la différence près que moi je n’en parle pas.  En ce qui concerne la rue je n’ai rien à prouver et de leçon à recevoir, je suis un ancien, trop vrai, trop pur sans doute. La violence, seuls ceux qui ne l’ont pas vécue l’aiment, Contrairement à moi, mes détracteurs ne l’ont vue qu’au cinéma.»

Et qu’en est t-il du rap game qui n’a pas manqué de fustiger celui qui s'affirmait « nègre, juif et communiste ? ». 

 

Les rappeurs trop bêtes pour réaliser qu'ils sont de droite

« La plupart des messages véhiculés par les artistes hip hop sont de purs discours capitalistes. Le rap prolétaire a disparu depuis bien longtemps. Les rappeurs  qui cartonnent aujourd’hui ont tous une sensibilité de droite. Ils sont juste trop bêtes pour le réaliser. »

En un mot, Arrêtez de lui prendre la tête, arrêtez de jouer aux zoulettes ?

« Les rappeurs hardcore, « puristes » n’ont pas digéré que ce soit moi qui réussisse, le moins gangster, le pas tatoué, celui qui ne faisait pas de muscu, qui parle à deux à l’heure, regard dans le vide et tête penchée de coté. Alors que c’était justement ça, ma technique pour réussir ! En un mot j’ai jamais flambé. Ils ont voulu être les plus beaux et les plus forts. Moi je voulais être le plus riche, dans tous les sens du terme. 

Bruno, qu’est ce qu’il fait ? Un morceau avec les Rita Mitsouko, la couverture de Têtu, il s’engage avec Sarkozy. Eux ont voulu rester underground, mais pour quel résultat ? Le seul qui jouait avec les codes du monde des blancs c’était moi, et c’est surtout ça qui n’a jamais été accepté. Ces rappeurs hardcore n’ont finalement pas eu l’importance qu’ils espéraient, n’ont pas été des symboles du black power, du ghetto comme ils l’ambitionnaient. En France, c’est le règne des Harry Roselmack et Harlem Désir. Les gangsters rebelles qui tiennent les murs de leur tour, il n’y a pas de place pour eux. Ils ont fini par l’apprendre à leurs dépens.»

Difficile de faire la part des choses entre Doc Gynéco l’insolent et Bruno l’incompris dans ce drôle de biz où les mecs se font la bise. 

Il se dit surtout victime des raccourcis d’une opinion simpliste et formatée  incapable de faire la distinction entre son message musical et le jeu médiatique du bon client des plateaux télé qu’il cultive. Le soutien à la droite dure de celui qui rappait Ne raconte pas ce qui se passe dans nos cages d’escaliers apportera du grain à moudre à ses haters. Sa collaboration avec Pierre Sarkozy, fils de son père, constitue leur cerise sur le gâteau.  

Et sa mésaventure avec le fisc, est ce qu’on peut l’évoquer ? Citer des noms, et de toute manière qu’est ce qu’il risque, des maisons de disques, de l’Etat ou du Fisc ? 

 

Amnésie fiscale

Sur le papier, Bruno Beausir aurait été frappé d’amnésie lorsqu’il s’est agi de remplir sa déclaration d’impôts. Sa version à lui diffère légèrement :

Payé par son entreprise dont il était en outre le dirigeant (Doc Communication), qui lui servait notamment à la production de jeunes artistes rap, il a fauté à son insu de son plein gré : « Un jour, j’ai transvasé de l’argent depuis ma boite sur mon compte personnel. Je ne voyais pas le mal, j’étais encore un gamin, sans aucune notion de compta ou de gestion. J’étais tellement insouciant que je ne plaçais pas mon argent qui dormait toujours dans ma banque à Marx Dormoy, au quartier ! 

 Mon comptable m’a incendié, en m’expliquant que c’était de l’abus de bien sociaux. Dans la panique, j’ai remis l’argent sur le compte de mon entreprise pour annuler le transfert. On m’a ensuite condamné à payer une amende double,  du fait des deux opérations. On a  dit communément qu’il s agissait de fraude fiscale, je ne veux pas avoir l’air de pleurnicher sur mon sort mais ce n’est pas exactement comme ça que ça c est passé… »

 Celui qu’il continue d’appeler son « ami » Nico Sarko, s’est fait très discret et n’a esquissé aucun petit geste, ne serait ce que pour lui permettre d’échelonner le paiement du million d’euros qu’il doit payer au fisc. On a connu le président plus actif, Le coup de fil à un ami ne vaut peut être qu’au royaume des vrais gros chiffres ? N’est pas Liliane Bettencourt ou Ziad Takkiedine qui veut. Une Sarkozie à deux vitesses, en somme. 

Et la série noire continue : « Tout fonctionnait selon un système d’avances. J’étais payé  en permanence sur les albums à paraître. Virgin, ma maison de disques a ensuite été vendue une première fois, à EMI. Quand ils vendent, ils se séparent des gros contrats et licencient à la pelle. Le mien était un énorme contrat, avec 5 albums en prévision. Des millions d’euros d’avance. Ils ont voulu annuler les contrats juteux comme le mien. Ne touchant plus d’avance, j’ai évidemment été en difficulté pour payer ce que je devais aux impôts. Au procès, la maison de disques a sous entendu que c’est parce que je bossais avec le fils de Sarkozy que je m’étais cru au dessus des lois… »

 

«Soutenir Sarko en 2012? 

Je suis pas un Wonderbra!»

De maîtresse en maîtresse, esquive les bassesses, à la recherche d’une vie meilleure. Loin de se complaire dans le passé, Bruno sourit de ses mésaventures et conclut en souriant « Mais tout va bien, grâce à Dieu » 

En parlant de Dieu, il évoque sans s’étendre, un réel intérêt pour l’étude de la Torah et la religion juive. Un ‘Return to Zion’ très personnel, comme le clame la musique reggae dont il est fan absolu. Sur son iphone, il fait défiler les interviews de Bob Marley qu’il connaît par cœur pour les avoir écoutés en boucle, Levant la tête, il salue les plongeurs du Pizza Pino fumant leur clope sur le trottoir et l’ayant gratifié d’un « salut chef » 

On aura aussi droit en exclu à l’écoute de quelques extraits très prometteurs de son prochain album à paraître en 2012. Il n’y a donc pas que pour Nicolas Sarkozy que 2012 va être un enjeu majeur. Avant de le laisser disparaître dans la nuit qui descend sur le Triangle d’Or, on revient à la charge : la campagne, il la sent comment ?

 « Je crois qu’à l’avenir je garderai mes convictions pour moi, m’impliquer en politique a  été trop risqué, trop violent. Soutenir Sarkozy en 2012 ? j’suis pas un Wonderbra… »