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L'espion du Président va retourner chez le juge

 

Les plaintes en diffamation de Bernard Squarcini contre le livre qui lui est consacré, L'espion du Président, vont contraindre le boss de la DCRI à repasser devant un juge d'instruction.

 

 

Quelques semaines que le bruit courait dans les rédactions. Un livre sur la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) était en préparation. Voire peut-être même des bouquins sur ce «FBI à la française» voulu par Sarko Ier, issu de la fusion des Renseignement généraux et de la DST, pour lutter et centraliser le contre-espionnage, l'anti-terrorisme...et en finir avec la sulfureuse réputation de RG. Raté. 

 

A parcourir les 284 pages de L'espion du Président, portrait au vitriol du patron de la DCRI, Bernard Squarcini par les journalistes Olivia Recasens, Didier Hassoux et Christophe Labbé, se dessinent les contours d'un service de l'Etat dévoyé. «Jamais un service de renseignement n'aura été autant instrumentalisé au profit d'un seul homme Nicolas Sarkozy». Charmant prélude. Au moins un élément à mettre au crédit de l'ex candidat de la rupture...Finie la petite cellule de gendarmes au service de l'Elysée (Mitterand); exit le bricolage du cabinet noir de Chirac; place à un vrai service, la DCRI. 4000 hommes bien entendu pas tous dévoyés, mais avec à leur tête un haut flic (trop?) proche de Nicolas Sarkozy : Bernard Squarcini, alias le Squale.

 

 

Les épreuves passées au feu

 

Un an d'enquête et mille précautions ont été prises par les auteurs. Au point que le livre a été imprimé au Pays-Bas, ses pages relues par une avocate… après une impression sur un ordinateur non connecté à Internet. Sitôt relus, les feuillets ont été passés au feu. Paranoïa?

 

Oui à en croire Bernard Squarcini, joint par Bakchich. « Je fais de l'anti-terrorisme et du renseignement pas de l'espionnage de journaliste ou de la police politique. La preuve, le livre est sorti, un syndicat de gauche défend la DCRI, Dominique de Villepin, qu'on m'accuse d'avoir plombé avec Clearstream, m'a défendu à la télé, alors?» 

 

Loin de là à lire les extraits du livre sur les capacités des services de renseignement, notamment son groupe des opérations spéciales.

 

 

Diffusées dans le Canard Enchaîné et Le Point, les bonnes feuilles n'ont pas tardé à faire réagir. En accroche des extraits sur la surveillance des journalistes, les relations du Squale avec le Cercle Wagram ou l'homme d'affaires (qui n'aime pas qu'on l'appelle intermédiaire) Alexandre Djouhri… Et en réponse des annonces de plainte.

 

De Médiapart. Le site d'information a bien été l'objet d'une attention toute particulère de la part de l'Elysée et de la DCRI, selon les auteurs du livre, qui confirment les soupçons d'Edwy Plenel.

 

De Bernard Squarcini qui a chargé son avocat Me Patrick Maisonneuve, de plaintes en diffamation contre le site web, et contre les plumes de L'espion du président. 

 

Les devoirs d'une partie civile

 

Petit détail amusant, le patron du renseignement n'a pas choisi la citation directe pour ester en justice, mais la consitution de partie civile (CPC). «Si on passe par cette voie là, confie un avocat à Bakchich, c'est pour ne pas tenir un procès à chaud, mais laisser retomber le soufflet avant de régler les choses dans la longueur. Et éviter la mousse médiatique». Une stratégie judiciaire qui a ses inconvénients. La plainte avec constitution de partie civile se dépose auprès du doyen des juges d'instruction du tribunal de grande instance où a été commis le délit. En l'occurence à Paris, le doyen est une doyenne, la juge Sylvia Zimmermann, qui vient de mettre en examen le procureur Courroye dans le cadre de l'enquête dite des "fadettes" de journalistes du Monde.

 

Trois mois plus tôt, Bernard Squarcini lui-même avait également eu l'honneur de visiter le bureau de la doyenne, mis en examen «atteinte au secret des correspondances», «collecte illicite de données» et «recel du secret professionnel».

 

A charge pour Mme Zimmermann de transmettre à un de ses confrères, en vue de l'instruction du dossier, au cours duquel le Squale devra de nouveau s'intaller dans le bureau d'un juge. Une position jamais très agréable. Même comme partie civile.