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La barmaid du Wagram saoule la police
La proximité de Bernard Squarcini avec l'employée du Cercle crée un certain trouble dans les rangs de la police…et chez les flics en charge de l'enquête sur le Wagram.
Sixième arrondissement de Paris. Quartier chic, parsemé d'avenues aux noms ronflants et garni de bonnes table. Comme rue Grégoire de Tours. La ruelle relie la rue de Buci à celle des quatre vents en traversant le boulevard Saint Germain, tout à côté du carrefour de l'Odéon.
Au 36, se niche sans ostentation, un délicieux restaurant italien, la Casa Bini, où il n'est pas rare de croiser Dominique de Villepin.
Ce 11 janvier, pas trace du candidat poète. Mais des personnalités. Un présentateur de France Inter déjeune avec une journaliste du Monde. Un peu plus loin un chroniqueur du Point.
A une table discrète de l'étage, un homme discute avec une jeune femme brune. Pas un couple. Plutôt un tonton avec sa nièce qui va lui présenter son promis, qui arrive avec quelques minutes de retard. Scène banale d'une adresse branchée des beaux quartiers? Presque, ne serait la personnalité des convives.
Ecoutes levées
A commencer par la jeune femme. Brune, la petite trentaine, venue en voisine dans ce restaurant, Marie-Claire Giacomini est l'un des personnages centraux de l'affaire du Cercle Wagram, établissement de jeux parisien fermé depuis juin. En proie à des luttes entre héritiers du gang corse de la Brise de mer, soupçonné de blanchiment et de fraudes aux Urssaf, le W alimente depuis la chronique judiciaire, occupe le juge Tournaire...et plombe un peu l'ambiance entre les service de police qui ont mis la main dans le dossier. Notamment autour du cas de la barmaid. Chargé de distribuer les enveloppes en liquide aux employés, Marie-Claire, comme tous les acteurs du Cercle a été placé sur écoutes.
«Avec l'écoute de Marie Claire Giacomini, nous avions une vue de l'intérieur du Cercle. Des fastes somptueux de l'ancienne direction avec la bénédiction du président de l'association. De l'usage abusif à des fins personnelles, de la carte bleue du cercle, des voituriers et du personnel», notent les policiers le 24 décembre 2010. Qui comme à regret ne poursuivent pas l'interception…
Garde-à-vue et traitement de faveur
La garde-à-vue de la barmaid sera un peu plus rocambolesque. En voyage à Las Vegas, la demoiselle prend le premier avion pour Paris quand elle apprend que le Cercle a fait l'objet d'une descente, et que son appartement a été perquisitionné. Si son passage dans les locaux de la section course et jeux à Nanterre se déroule sans accroc, ni mise en examen, Marie Claire profite de son passage devant le juge pour râler.

«On aurait dit qu'ils avaient perquisitionné l'appartement d'un trafiquant de drogue. Tout était sens dessus dessous, grogne-t-elle le 14 octobre dernier. Je ne comprends d'ailleurs toujours pas pourquoi certaines perquisition ont été très légères […] et pourquoi mon appartement a été retourné». Un appartement situé à une porte du ministère de l'intérieur, jonché de vêtement de marque ou montre de luxe qui jure un peu avec une feuille de paie de 2000 euros par mois remarquent les enquêteurs.
Particulièrement remontée, la barmaid s'est aussi agacé qu'une journaliste la contacte sitôt sortie du bureau des Courses et Jeux, au point de menacer la scribouillarde de lui couper les mains. Une image.
«J'ai eu l'impression, déclare-t-elle au magistrat, qu'étant corse et ayant des liens d'amitié et de proximité avec Bernard Squarcini, j'ai eu droit à un ''traitement de faveur''. Je ne parle pas de mon audition qui s'est très bien passée, mais des questions qui m'ont été posées le vendredi matin, après ma premier nuit aux geôles de Courbevoie.»
L'aileron du Squale dans les eaux du Wagram
Bernard Squarcini, le patron de la Direction centrale du Renseignement Intérieur? «Je connais donc Bernard Squarcini depuis que j'ai 14 ans ou 15 ans, assume Giacomini devant le juge. Je l'ai toujours vu, tous les étés, soit à Ajaccio soit au village lorsque mon oncle l'invitait à déjeuner, puis à Paris. J'ai son numéro et je peux l'appeler en cas de besoin». Une proximité de village, qui contrairement à ce qu'avancent d'autres témoins, n'a pas justifié son embauche au Wagram. Selon la barmaid, ce serait un autre policier, qui l'aurait fait embauché. Feu François Casanova, flic souvent désigné comme le «meilleur chien de chasse de Squarcini». Ses liens la barmaid ont tout de même fait remué l'aileron du Squale, qui s'est fendu d'un coup de fil vers Christian Lothion, directeur central de la police judiciaire, le 8 juin. « Je suis intervenu pour qu'on évite de lui casser la porte» a expliqué à Libération, le patron de la DCRI. Raté, mais suffisant pour jeter le trouble sur une enquête qui n'en a pas besoin.
L'association qui préside aux destinées du Cercle Wagram grouille déjà de policiers, passés par les RG, particulièrement timides avec leurs collègues. Au point de ne pas leur avoir signalé présence de figures du grand banditisme sur place. A l'instar du président Honoré Renon ou de François Xavier Monti, secrétaire général du Wagram… Des anciens flics et de bonnes connaissances du Squale.
Des déjeuners qui font jaser
Retour à la Casa Bini le 11 janvier. A table, en attendant son damoiseau, Marie Claire Giacomini discute avec son hôte Bernard Squarcini. «Oui, on était trois, on a mangé ensemble et il n'y a rien de mal à cela», a confirmé Bernard Squarcini à Bakchich. Rien de répréhensible certes, mais une ambiance. Le repas sonne comme un écho, à une scène décrite dans l'Espion du Président, livre choc sur la DCRI et son patron paru mercredi 18 janvier.
Le 15 juillet dernier, le Squale invite en Corse Frédéric Péchenard, directeur général de la police national et Christian Lothion, à casser la croûte chez le tonton de Giacomini à Ajaccio. Et la barmaid, un mois après sa garde-à-vue, de se joindre aux agapes. Rien de répréhensible non plus….mais une atmosphère. Un mauvais cliché dont se seraient bien passés les responsables policiers et leurs ouailles « La barmaid a distribué les enveloppes au Cercle, a bossé quinze ans dans un lieu tenu dans le grand banditisme, peut être mise en examen et se retrouve à bouffer avec tous les grands flics, résume un des enquêteurs en charge du Wagram, ça a l'air de quoi?». D'un dîner presque parfait...







